Bon sens intemporel
novembre 15th, 2017 par JérômeDuez

Les leçons intemporelles font du bien. Dans une société en perpétuelle mutation, il est réconfortant de vérifier que des classiques restent d’actualité. Nicolas Boileau est de ceux-là. Comme son titre l’indique, « L’art poétique » s’adresse principalement aux poètes et aux dramaturges. Mais beaucoup des conseils contenus dans l’ouvrage sont aussi valables pour réussir nos écrits professionnels.

Voici quelques extraits de l’ouvrage : en italiques, le texte original ; et en caractères normaux, mon adaptation en langage d’aujourd’hui.

Chant I.

(…) Craignez d’un vain plaisir les trompeuses amorces,

Et consultez longtemps votre esprit et vos forces.

Prenez le temps de réfléchir avant de parler ou d’écrire.

 

(…) Quelque sujet qu’on traite, ou plaisant, ou sublime,

Que toujours le bon sens s’accorde avec la rime ;

(…) Aimez donc la raison ; que toujours vos écrits

Empruntent d’elle seule et leur lustre et leur prix.

La raison et le bon sens doivent prédominer. Sans cela, le texte est sans valeur.

 

La plupart, emportés d’une fougue insensée,

Toujours loin du sens vont chercher leur pensée

Ils croiraient s’abaisser, dans leurs vers monstrueux,

S’ils pensaient ce qu’un autre a pu penser comme eux.

Beaucoup cherchent à briller par trop d’originalité, pour un résultat insensé…

 

(…) Un auteur quelquefois, trop plein de son objet,

Jamais sans l’épuiser n’abandonne un sujet.

S’il rencontre un palais, il m’en dépeint la face ;

Il me promène après de terrasse en terrasse ;

Ici s’offre un perron ; là règne un corridor ;

Là ce balcon s’enferme en un balustre d’or.

(…)Fuyez de ces auteurs l’abondance stérile,

Et ne vous chargez point d’un détail inutile.

Tout ce qu’on dit de trop est fade et rebutant ;

L’esprit rassasié le rejette à l’instant,

Qui ne sait se borner ne sut jamais écrire.

…D’autres s’écoutent parler et gonflent leur discours sans rien dire de pertinent. Élaguez vos textes, débarrassez-vous du rébarbatif.

 

(…) On lit peu ces auteurs, nés pour nous ennuyer,

Qui toujours sur un ton semblent psalmodier.

D’autres encore radotent toute leur vie le même discours.

 

(…) Le vers le mieux rempli, la plus noble pensée

Ne peut plaire à l’esprit, quand l’oreille est blessée.

Le fond et la forme sont liés. Une pensée juste doit être bien exprimée.

 

(…) Si le sens de vos vers tarde à se faire entendre,

Mon esprit aussitôt commence à se détendre ;

Et, de vos vains discours prompt à se détacher,

Ne suit point un auteur qu’il faut toujours chercher.

Ouvrez votre discours avec une bonne accroche et annoncez d’emblée votre sujet. Sinon, vous perdez l’attention de vos lecteurs ou de votre auditoire.

 

Il est certains esprits dont les sombres pensées

Sont d’un nuage épais toujours embarrassées ;

Le jour de la raison ne le saurait percer.

Avant donc que d’écrire, apprenez à penser.

Selon que notre idée est plus ou moins obscure,

L’expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.

Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,

Et les mots pour le dire arrivent aisément.

À parler trop vite, le propos est creux et confus. La beauté du texte reflète la profondeur de la pensée. La clarté du discours est le fruit d’une solide réflexion.

 

(…) Travaillez à loisir, quelque ordre qui vous presse,

Et ne vous piquez point d’une folle vitesse.

Un style si rapide, et qui court en rimant,

Marque moins trop l’esprit que peu de jugement.

(…) Hâtez-vous lentement, et, sans perdre courage,

Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :

Polissez-le sans cesse et le repolissez ;

Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

Prenez le temps nécessaire pour rédiger. Ne vous faites pas avoir par un environnement de stress. Nous accordons peu de crédit aux textes écrits à la va-vite. Écrivez en plusieurs fois, relisez-vous, soignez la précision et la concision.

 

C’est peu qu’en un ouvrage où les fautes fourmillent,

Des traits d’esprit, semés de temps en temps, pétillent.

Les défauts d’un texte l’emportent sur ses qualités.

 

Il faut que chaque chose y soit mise en son lieu ;

Que le début, la fin, répondent au milieu ;

Que d’un art délicat les pièces assorties

N’y forment qu’un seul tout de diverses parties,

Que jamais du sujet le discours s’écartant

N’aille chercher trop loin quelque mot éclatant.

Suivez la ligne, respectez la notion d’unité. Traitez d’un sujet à la fois en évitant les digressions.

 

Craignez-vous pour vos vers la censure publique ?

Soyez-vous à vous-même un sévère critique.

Soyez exigeant si vous souhaitez être irréprochable.

 

L’ignorance toujours est prête à s’admirer.

Faites-vous des amis prompts à vous censurer ;

Qu’ils soient de vos écrits les confidents sincères,

Et de tous vos défauts les zélés adversaires.

Ne vous contentez pas des premiers résultats. Faites corriger vos textes, de préférence par des amis exigeants et pointilleux (1).

 

Dépouillez devant eux l’arrogance d’auteur,

Mais sachez de l’ami discerner le flatteur :

Tel vous semble applaudir, qui vous raille et vous joue.

Aimez qu’on vous conseille, et non pas qu’on vous loue.

Suivez leurs critiques constructives sans monter sur vos grands chevaux. Ne soyez pas dans l’attente de leurs compliments. Mieux vaut recevoir la critique de face que la subir dans le dos.

 

(…) Un sage ami, toujours rigoureux, inflexible,

Sur vos fautes jamais ne vous laisse paisible :

(…) Il réprime des mots l’ambitieuse emphase ;

Ici le sens le choque, et plus loin c’est la phrase.

S’il ne laisse passer aucune facilité, c’est un ami fiable !

 

(…) L’ouvrage le plus plat a, chez les courtisans,

De tout temps rencontré de zélés partisans ;

Et, pour finir par un trait de satire,

Un sot trouve toujours un plus sot qui l’admire.

La médiocrité plait aux médiocres et les flatteurs appartiennent au camp des petits.

 

Chant III :

(…) Vos froids raisonnements ne feront qu’attiédir

Un spectateur toujours paresseux d’applaudir,

Et qui, des vains efforts de votre rhétorique

Justement fatigué, s’endort ou vous critique.

Les longs raisonnements ennuient. Les faits sont plus importants que les considérations personnelles…

 

(…) Sans tous ces ornements le vers tombe en langueur,

La poésie est morte ou rampe sans vigueur,

Le poète n’est plus qu’un orateur timide,

Qu’un froid historien d’une fable insipide.

…En revanche, le texte doit être enrichi par des détails qui lui insufflent vie et lui donnent du relief. En art, l’enrichissement tient du style et des effets poétiques. En matière d’écrits professionnels, il convient de défendre ses affirmations à l’aide d’une solide argumentation, notamment afin de parer les objections. Sans cela, l’auteur manque de cordes à son arc et son discours est nu.

 

(…) Donnez à votre ouvrage une juste étendue.

Que le début soit simple et n’ait rien d’affecté.

N’allez pas dès l’abord, sur Pégase monté,

Crier à vos lecteurs, d’une voix de tonnerre

« Je chante le vainqueur des vainqueurs de la terre. »

Que produira l’auteur, après tous ces grands cris ?

La montagne en travail enfante une souris.

Soyez à la hauteur de votre ambition et tenez vos promesses. Dans votre introduction, n’annoncez rien de plus grand que le texte qui suit.

 

(…) Un poème excellent, où tout marche et se suit,

N’est pas de ces travaux qu’un caprice produit :

Il veut du temps, des soins ; et ce pénible ouvrage

Jamais d’un écolier ne fut l’apprentissage.

La qualité est le résultat d’un travail soigné et d’une certaine maturité.

____________________

Le haut degré d’exigence de Boileau visait l’art et le bon. Ailleurs dans son texte, il conseillait à ceux qui manquaient de talent de choisir un autre métier. Nous n’en sommes pas là, s’agissant des écrits professionnels : dans ce domaine, l’acte d’écrire concerne tout le monde. Donc, on ne peut pas en exiger autant. Toutefois, écrire a beau être devenu plus facile aujourd’hui qu’hier, des règles et des principes sont toujours à suivre. Notamment, nous ne pouvons pas faire l’économie de la réflexion et d’un effort de bon sens. Rassurant, n’est-ce pas ?

(1) La correction peut être sympathique, ce billet vous le confirme.

Publié dans Conseil Marqué avec : , ,

préférer le tu ou le vous ?
septembre 12th, 2017 par JérômeDuez

Vaut-il mieux utiliser le « tu » ou le « vous » dans son blog ? Le tutoiement et la familiarité sont courants dans la culture-blog. Alors, je m’interroge : vais-je épouser cette tendance et changer ma façon de m’adresser à vous… Heu, à toi ?

Montre-moi ton style, je te dirai ton âge

En créant biendanssesecrits.fr et en rédigeant mes premiers billets, j’ai naturellement employé le « vous », parce que cela m’était naturel.

J’ai succombé aux charmes du vouvoiement dès l’adolescence. J’aime la sonorité sensuelle et veloutée du « vous ».

De plus, le vouvoiement est préférable dans mon métier de formateur. Comme j’ai beaucoup de consignes à transmettre, le « vous » contribue à les faire passer plus en douceur. En l’employant, j’ai la sensation d’enfiler des gants de velours.

Question de génération?

Les premières fois que j’ai lu des blogs qui me tutoyaient, j’ai pensé : « Ils sont jeunes ! ». Ça me rappelait la lecture des magazines rock de mon adolescence. Vague sensation de régression…

J’ai laissé passer du temps, avant de me pencher sérieusement sur la question… À présent, je vais y réfléchir devant vous !

Car je ne dois pas rester fermement ancré dans le vouvoiement, au prétexte que c’est plus joli, ou que ce serait plus de mon âge… Je dois y regarder de plus près, et peser le pour et le contre.

Le « tu » pour une intimité qui coule de source

C’est un conseil répandu, à juste titre : il convient que l’auteur.e [1] d’un blog traite chaque lecteur ou lectrice comme quelqu’un d’unique. Cette règle du marketing confère au style un ton plus personnel.

Un blog professionnel doit être créé comme une entreprise. C’est à dire que, préalablement à la création, l’auteur.e du blog effectue une étude de marché. Dans ce cadre, certain.e.s vont cerner le profil de leur follower privilégié.e, jusqu’à dessiner son portrait-robot : sexe, âge, taille, poids, métier, vie familiale, loisirs, intérêts, orientation politique, attentes et besoins, et plus encore !

Sachant tout cela de son lecteur ou de sa lectrice privilégié.e, l’auteur.e tutoie. C’est la moindre des choses.

Donc, si je veux créer un cadre intime à travers mon blog, je n’ai aucune raison valable de continuer à te vouvoyer, vois-tu ?

Pourtant, j’hésite encore.

Le « vous » ouvre le champ des possibles

À la radio et à la télé, il arrive qu’une émission réunisse des personnes qui se connaissent et qui ont l’habitude de se tutoyer. Or, au micro ou devant les caméras, ces personnes se vouvoient. C’est une règle, laquelle répond à une réalité : le public se sent exclu des échanges, quand les intervenant.e.s parlent en se tutoyant.

Je respecte cette règle dans mes interviews. Souvent, nous nous tutoyons lors de l’entretien, puis, au moment de la retranscription, j‘applique au dialogue le mode du vouvoiement …

Nous pourrions étendre cette règle des médias à la rédaction des billets.

Parce que le tutoiement réduit le cercle d’audience. C’est une manière de faire sentir une appartenance. Donc, tout le monde n’est pas le bienvenu sur un blog qui tutoie. Tu adhères ou tu sors.

Je ne vois pas la pertinence d’adopter cette politique, pour ce qui concerne mon blog. En effet, si vous suivez ce blog, c’est parce qu’avant de le découvrir, vous vous êtes engagé.e à progresser en écriture.

Votre engagement est personnel, il ne concerne que vous et n’a rien à voir avec l’engagement à un collectif. Il n’y a pas d’enjeu d’appartenance à un groupe. Et je ne suis le chef d’aucun mouvement. Je suis un pédagogue, accueillant toutes celles et tous ceux qui souhaitent se perfectionner.

Derniers arguments en faveur du « tu »

Je suis donc enclin à rester fidèle au « vous ». Mais j’ai oublié de tenir compte d’une dernière petite chose : mon sujet.

Cette année, je ne vais pas vous parler simplement d’écriture, mais de l’écriture sur le Net. Et ce n’est pas pareil. Le Net impose ses propres règles.

Quant au blog, c’est toute une culture ! Une culture jeune, fondée par des jeunes qui s’adressent majoritairement à des jeunes. Et d’une certaine manière, peu importe ton âge ! Si le monde du Net t’intéresse, alors tu es jeune dans ta tête !

En t’impliquant dans ta propre aventure sur le Net, la jeunesse éternelle tu gagneras. Toujours sur ta route tu évolueras, à travers tes recherches et tes échanges. Et toujours les fruits de ta connaissance et de ta créativité tu offriras.

Oui, je suis d’accord avec ça. Mais est-ce une raison pour parler geek ? Je n’ai pas cru remarquer de règlement qui me l’impose… Mieux que ça, personne n’a institué l’usage du tutoiement comme un principe de bienséance.

Je ne vais pas me mettre à vous taper sur le dos et à vous inviter à boire dans mon verre. Nous conserverons des rapports cordiaux, j’espère complices, mais jamais familiers.

À votre tour d’y réfléchir

C’est fait, j’ai pris ma décision : je conserve le « vous » !

Mais cela ne veut pas dire grand-chose, en ce qui vous concerne, vous et votre blog.

Allez-vous choisir le « tu » ou le « vous » ? C’est au cas par cas.

Cela dépend de : votre sujet ; votre âge ; votre histoire personnelle ; l’image que vous souhaitez véhiculer ; l’âge de votre lecteur ou lectrice privilégié.e ; le type de rapport que vous souhaitez instaurer avec vos followers, etc.

Si votre sujet touche à la défense d’une cause précise, et si vous attendez de vos followers un grand degré d’implication dans un projet collectif, privilégiez le tutoiement. Idem si votre blog est une sorte de club. L’esprit club impose le tutoiement.

Autrement, il n’y a pas de règle pour trouver le ton juste… Réfléchissez à la question comme je viens de le faire, et écoutez-vous intimement pour décider des réponses. Parce que c’est aussi une question de sensibilité.

Réservez un moment à cette réflexion. Cela vous aidera à façonner votre identité et à bâtir un univers cohérent.

[1] Si cette manière d’inclure le féminin vous surprend, lisez ce billet sur de nouvelles règles d’écriture en matière de parité des sexes.

Ce billet vous a plu ? Alors, partagez ou… Si vous aimez ce billet, faites un geste !

 

Publié dans Conseil, Ecrire sur le Net Marqué avec : , , , , , ,

mars 14th, 2017 par JérômeDuez

Aujourd’hui en France, les personnels de la fonction publique sont tenus d’écrire aux usagers dans un langage compréhensible par tous, et les maîtres des universités sont priés d’abandonner les jargons. Pourtant,  beaucoup de startuppers et d’ambassadeurs des nouvelles technologies, plutôt que de briser la glace, préfèrent faire du ice breaking.

Sommes-nous à ce point attachés à la culture de castes qu’il est impossible d’adopter un langage accessible au plus grand nombre ?

Une tradition solidement ancrée

En matière de langage, les personnels des administrations sont partagés entre l’ancienne génération et la nouvelle.

Les gens proches de la retraite (même à plus de dix ans, certains en sont proches en esprit) et qui n’ont pas envie de se former à de nouvelles pratiques, écrivent toujours des courriers aux tournures alambiquées, avec des débuts de phrases bourrés de références juridiques… Leurs courriers nous tombent des mains !

Heureusement, la jeune génération suit la nouvelle norme et pratique un style administratif plus proche du langage courant.

Dans la même logique, quand j’ouvre un essai de philo ou de socio écrit il y a quarante ans par un ponte de l’université française, je n’y comprends rien, un vocabulaire savant me refusant l’accès au savoir. Alors que je n’ai aucun problème pour lire le même type d’ouvrage écrit à la même époque par un Américain.

Aujourd’hui avec la mondialisation entraînant une obligation d’ouverture au plus vaste public, les choses changent et les essais français deviennent plus abordables.

Or, alors que dans la fonction publique et l’enseignement supérieur, ce sont les jeunes qui donnent l’exemple en employant un langage simple, dans les nouveaux métiers ils font le contraire et, entre les termes techniques et l’anglais, s’ingénient à peaufiner un langage abscons.

« Pour améliorer mon asset management, un contact m’a fowardé sur mon mail corporate un training center qui va me coacher au day to day ».

Oui, des gens existent aujourd’hui, qui s’expriment réellement comme ça ! Cette année, j’ai entendu deux conférenciers parler ainsi. L’un présentait un système d’e-learning, l’autre parlait des bonnes pratiques sur les réseaux sociaux. 

L’ordre des priorités

Dans mes formations, j’encourage l’utilisation du Mind mapping. C’est ainsi que je l’appelle, en précisant que l’invention est anglaise. Nous pouvons traduire mind map par carte mentale ou carte de la pensée, parce que ces cartes-là reproduisent le tracé d’un raisonnement.

La première traduction française du terme mind map a été carte heuristique (ou euristique). Pourquoi avoir choisi un mot de racine remontant à l’antiquité, alors que l’invention est récente ? – Mystère ! Heuriskein signifie trouver (eurêka = j’ai trouvé). Or, en plus d’être pompeux, ce mot grec est limitatif.

En effet, les mind maps servent en partie à trouver plus facilement des idées, mais pas seulement : elles servent aussi à mémoriser, à illustrer un exposé ou à échanger des idées plus vite.

Même chose quand je parle de storytelling : j’utilise le terme anglais, car l’engouement pour cette pratique est récent et nous vient des Etats-Unis (ou des Australiens David Epston et Michaël White selon certains, à moins que cela remonte à Confucius ou à Socrate…).

Le storytelling dépasse le simple fait de raconter une histoire. Je pourrais remplacer par communication narrative, mais storytelling est un terme plus courant et je ne suis pas Québécois pour faire de la traduction systématique.

En somme, je choisis la langue en fonction de la nature du mot et de son origine. Je n’ai pas de mal à prononcer des termes anglais ou latins, allemands, arabes et italiens, conscient du fait que ma langue est la combinaison d’une variété d’emprunts ; de là à utiliser autant de mots anglais que français dans mes phrases, il y a une marge.

Il semble que cela rassure de faire partie d’un cercle fermé et balisé par un langage spécifique. Cela permet aux grands de marquer leur pouvoir et aux petits de se sentir au chaud en s’introduisant dans un groupe restreint. Du langage des jeunes au jargon des mandarins, il n’y a pas grande différence : il est toujours question de protection et de démarcation…

Sauf qu’aujourd’hui plus que jamais, tout jargon frôle le ridicule, dès lors que l’on s’adresse à des non-initiés. Parler franglish  entre collègues et dans l’intimité du bureau, pourquoi pas ? Mais si vous visez un large public, évitez !

Publié dans Enjeux Marqué avec : , , , ,

janvier 12th, 2017 par JérômeDuez

On sait que bien écrire fait gagner du temps. Mais chacun associe à cette affirmation un sens particulier.

Voici quatre facteurs de gain de temps, tous différents, tous importants :

1 – La clarté

Gagner du temps, c’est commencer par ne pas en perdre. Or, le manque de clarté engendre des malentendus. Un message mal compris déclenche une avalanche de mauvaises manœuvres. Que de temps perdu !

Le langage clair évite les détours. C’est un outil d’ouverture et un facteur de sympathie. C’est la première condition d’adhésion du lecteur. Cela mérite de s’y exercer !

2 – La bonne conduite

La correspondance écrite repose sur un vocabulaire réduit et quelques principes simples : l’objectivité, la diplomatie, l’absence d’effets de style…

Mais parfois, nos vies trépidantes peuvent nous faire oublier le b.a.-ba des règles de bonne conduite… Et un simple e-mail peut déclencher un conflit…

Les techniques adoptées pour maîtriser son sens de la formulation sont en partie liées à l’écriture, en partie seulement. Le reste repose sur une bonne gestion du stress.

3 – Le savoir-faire technique

Combien de temps pour rédiger un compte rendu de réunion ou un rapport ? 3 jours pour celui qui ignore la technique ; une demi-journée pour celui qui la possède. Calculez la différence de coût du document !

Le savoir-faire en matière d’écrits professionnels repose sur une technique simple, qui peut être assimilée rapidement. En formation individuelle, 1 jour peut suffire pour l’acquérir.

4 – L’automatisation

La version moderne du gain de temps est arrivée ! Une machine qui s’occupe du suivi de vos prospects et de vos clients à votre place ! Vous rédigez des textes et la machine les adresse à vos contacts, à dates programmées.

Autrement dit, quelques jours de travail pour des mois d’activité en votre absence ! Cela vous laisse libre d’accorder plus de temps à votre activité principale et à vos loisirs !

Je vous reparlerai bientôt de ce procédé révolutionnaire, que pratiquent de plus en plus d’entreprises et de freelances, et que j’expérimente actuellement.

Et pour vous, quel est le principal facteur de gain de temps lié à l’écriture ?

 

Si ce billet vous a plu, partagez ou… Si vous aimez ce billet, faites un geste !

Publié dans Enjeux Marqué avec : , , , , , ,

janvier 5th, 2017 par JérômeDuez

La respiration, cet élément moteur de la relaxation et du bien-être, joue un rôle dans l’écriture. En effet, bien respirer peut se révéler utile pour évaluer la qualité de votre style.

Style littéraire et style professionnel

En littérature et plus généralement en art, le contenu n’a qu’une importance relative. Ce qui compte n’est pas ce qui est dit, mais la façon dont cela est dit. Et l’artiste se distingue par son style inimitable, sa patte. Le style littéraire est en soi un effet de surprise, par son invention et son caractère insolite.

Au contraire, en matière d’écrits professionnels, ce qui prime est la valeur de l’information. Et l’excellent style est l’absence apparente de style. C’est, dans l’idéal, la fluidité absolue, la parfaite transparence au service du contenu.

En cela, le rédacteur ne doit pas être reconnaissable. Si c’est le cas, son style personnel l’emporte, détournant le lecteur de l’essentiel.

Dans les documents professionnels, à commencer par les emails, nous sommes heurtés à la lecture d’un effet de style, d’un trait d’humour, d’énervement, voire de poésie. Comment l’éviter ?

Les ennemis de l’excellent style professionnel 

Techniquement, l’excellent style professionnel est simple : il suffit de rédiger des phrases courtes, séparées par des mots de liaison (et, mais, cependant, car, or, etc.).

Ce qui est difficile est de respecter cette consigne, car plusieurs ennemis nous en empêchent, les plus courants étant : le stress et l’euphorie.

Les effets du stress sont agressifs. Ils sont marqués par un vocabulaire violent, voire insultant. C’est un exposé empreint de jugement, souvent subjectif et dévalorisant par une orientation négative.

L’euphorie conduit à commettre des effets d’humour – vexants pour ceux qui n’y sont pas sensibles – ou de poésie – avec des métaphores parfois blessantes. Par exemple, écrire pour illustrer un drame au Japon : « L’Empire du soleil levant est couché pour un bon moment » (lu dans une épreuve de concours à la note de synthèse, au sujet de la crise économique nippone).

L’euphorie est cousine du stress, elle accompagne l’anxiété. Elle se produit, par exemple, quand nous écrivons sous la contrainte d’une échéance : dans un premier temps, nous sommes anxieux, craignant d’échouer ; puis en cours de rédaction, voyant que nous y arrivons, l’anxiété s’envole et l’euphorie prend le relais.

Sachant la réussite du texte assurée, nous sommes tellement heureux et fiers que nous voulons le faire savoir au monde entier – alors nous commettons un effet de style.

Ce sont les jeux de mots bas de gamme que nous lisons dans les journaux. Parce que le journaliste qui réussit à boucler son papier à temps écrit sous euphorie, et qu’en plus il lui est permis de faire de l’esprit.

Comment éviter les fautes de style ?

Sous le stress ou l’anxiété, la respiration est courte, les mains sur le clavier sont fébriles. Et sous l’euphorie, vous vous faites rire ou sourire. En écrivant dans ces conditions, il surgit toujours des mots malheureux. C’est systématique.

Soyez attentif à cela, c’est facile à remarquer : soyez conscient de votre respiration et de vos réactions au moment de la rédaction et de la relecture. (1)

Que cela ne vous interdise pas de rédiger, mais dans ce cas, imposez-vous un temps avant de vous relire et d’expédier votre texte. Car la relecture dans la sérénité vous mettra en évidence les mots malheureux.

À l’écrit comme à l’oral

L’exercice peut se révéler aussi utile à l’oral, au cours d’un entretien. Au moment où l’autre pose une question qui nous dérange, notre respiration s’accélère. Si nous ne prenons pas soin d’attendre, nous fournissons malgré nous une réponse précipitée, que nous regrettons plus tard. C’est pourquoi, autant que possible, il convient de marquer un temps d’arrêt.

Le temps de reprendre une respiration régulière, nous comprenons la nature de notre malaise et nous trouvons la réplique appropriée.

Comme il est plus facile de contrôler sa respiration à l’écrit qu’à l’oral (parce que personne n’attend de réponse immédiate et ne surveille nos réactions), je conseille d’y veiller particulièrement lors de la rédaction des e-mails.

Ne les envoyez pas tout de suite. Si, je vous assure, il n’y a pas d’urgence ! N’oubliez pas, l’envoi d’un mot malheureux fait perdre plus de temps en gestion de conflit, que le temps accordé à une relecture.

(1) Le livre « Osez l’écriture ! » vous en dit plus à ce sujet. Il est gratuit. Vous y trouverez notamment des exercices pour vous entraîner à respirer sereinement.

 

Si ce billet vous a plu, partagez ou… Si vous aimez ce billet, faites un geste !

Publié dans Conseil Marqué avec : , , , ,

décembre 16th, 2016 par JérômeDuez

Nous sommes de plus en plus nombreux à commettre des fautes d’orthographe et de grammaire. Le sachant, ne serait-il pas temps de devenir indulgents, les uns vis-à-vis des fautes des autres ? Malheureusement, non.

Gare à ceux qui diffusent des textes non corrigés ! Cela relève de l’impolitesse, du manque de correction !

Pour l’éviter, je conseille de généraliser la pratique de la correction entre collègues ou ami(e)s, avec bienveillance et dans la bonne humeur.

La faute d’orthographe est une faute de style

Qu’est-ce qu’un excellent style professionnel ? C’est celui qui privilégie l’information. Le lecteur lit le texte sans effort et quand il a terminé, il pense : « C’était facile à lire ! J’ai tout compris et j’ai tout retenu ! ».

Pour réussir ce prodige, c’est simple : il suffit d’écrire des phrases courtes, séparées par des mots de liaison (du type mais, or, de plus, en revanche, car, etc.).

À la limite, quand en lisant vous pensez « Comme ce texte est bien écrit ! », c’est raté ; car dans ce cas, le style l’emporte sur l’information, il vous distrait et donc certains éléments importants peuvent vous échapper.

C’est pareil avec les fautes d’orthographe. Chaque faute remarquée détourne le lecteur du contenu. Chacune est un motif de distraction, qui peut s’avérer lourde de conséquences.

Un cas exceptionnel où je pardonne les fautes

En me promenant à Vincennes, je m’arrête devant une pâtisserie très attirante. Sa vitrine réveille ma gourmandise. Je m’approche des étiquettes devant les rangées de gâteaux et je suis frappé par le nombre impressionnant de fautes d’orthographe. Biscuit amende, crème émulsionné, chocolat noire… 

orthographe

Cela ne me choque pas. Au contraire, ces fautes m’apparaissent comme une touche poétique, une façon de dire « mon talent et mon énergie, je les réserve exclusivement à la création de mes pâtisseries ». Car le résultat est devant mes yeux et il est très appétissant ! Il s’agit bien là d’une exception.

En revanche, que dire du profil plein de fautes de ce plombier sur les réseaux sociaux ? Le problème, au contraire du pâtissier vincennois, c’est que nous ne voyons pas son travail. Nous pourrions penser qu’étant plombier, il n’est pas censé maîtriser le français et que c’est déjà courageux de sa part de publier un profil sur le Net. Nous pourrions trouver les maladresses attendrissantes…

Hélas, les écrits reflètent l’image de leur signataire. A la lecture d’un texte, nous tirons des conclusions hâtives sur l’auteur, à tort ou à raison. Si le texte est mal bâti, on en déduit que le travail du signataire est bancal ; s’il est salement présenté, on imagine l’auteur produire un sale travail ; quant au texte bourré de fautes, il trahit du je-m’en-foutisme.

C’est pourquoi il est important de confier ses textes à corriger. Pas nécessairement par un correcteur professionnel, mais par un collègue ou un ami qui connaît les règles du français et avec qui l’on s’entend bien. Parce qu’il est toujours plus facile de corriger les fautes des autres que les siennes.

Une correction peut être amusante !

Ce ne sont pas les mêmes parties du cerveau qui fonctionnent quand vous rédigez et quand vous corrigez votre texte. Personnellement, j’avoue avoir beaucoup de mal à me corriger. Au moment de la relecture, je suis toujours plus soucieux de la clarté et de la précision de mon propos, que des règles du français ! Aussi ai-je fini par assumer mes fautes… Mais sans complaisance ! Je n’aime pas les laisser traîner !

Dans un premier temps, je corrige au mieux, sachant que ce ne sera pas parfait. Mais au moins, j’élague, je débroussaille, j’arrache les mauvaises herbes. Puis je me fais corriger par un tiers.

Il fut un temps où cette épreuve de la correction était pénible. C’était au temps où les éducateurs frappaient les enfants pour leur bien. Correcteurs et correctrices à l’école ou au sein de la famille avaient la fâcheuse habitude d’accompagner l’épreuve de remarques désobligeantes, parfois avec violence. « Comment peux-tu commettre encore des fautes pareilles ?! ».

Peut-être est-ce en souvenir des correcteurs pervers que tant de personnes négligent de donner leurs textes à corriger… Les pauvres, elles ignorent que la correction peut devenir une partie agréable !

Désormais, l’aventure a changé du tout au tout. Mes correcteurs me font découvrir le caractère risible de mes fautes, lesquelles révèlent parfois des traits de mon humeur.

Figurez-vous que chez moi, les fautes évoluent par groupes. Il n’en apparaît aucune dans certains paragraphes, alors que d’autres en sont truffés. Dans ce cas, leur présence dénonce toujours quelque chose de plus profond : soit mon idée n’est pas claire, soit je me suis levé du pied gauche et je fais du mauvais esprit qu’il vaut mieux gommer.

En somme, mes fautes sont des signaux d’alarme, révélateurs comme des actes manqués. Souvent, elles ne méritent pas d’être corrigées, car c’est tout le paragraphe qui est concerné. Je peux les remercier de me l’avoir fait remarquer.

C’est ainsi que j’ai appris à traiter mes fautes en amies, chères traîtresses, mauvaises fréquentations auxquelles je suis pourtant attaché ! Elles se donnaient des airs impitoyables quand je les connaissais mal ; mais depuis que je sais les lire entre les lignes, j’ai compris qu’elles sont souvent prévenantes.

À part mes fautes « groupées », je commets aussi des fautes solitaires. Celles-là ne signifient pas grand-chose. Je les appelle coquilles ou distractions. Souvent, je ne les vois pas à la relecture et il leur arrive d’échapper au regard de mes correcteurs…

Chère lectrice, cher lecteur, il se peut qu’une ou deux d’entre elles se soient égarées dans ce texte ou d’autres de ce blog. Si vous les remarquez, ayez la gentillesse de me les signaler. 

 

Ce billet vous a plu ? Alors, partagez ou… Si vous aimez ce billet, faites un geste !

Publié dans Conseil Marqué avec : , , , , ,