La peur d'écrire a cent visages
juillet 4th, 2017 par JérômeDuez

Si vous avez du mal à écrire librement, de manière fluide, ces lignes vous concernent.

Ils vous font rêver, ces individus dont les doigts courent sur le clavier, sans s’arrêter, comme si les mots venaient en toute simplicité. Ils vous semblent doués d’un pouvoir inné…

Bonne nouvelle, je vais vous donner de bonnes raisons de vous détromper !

Il est possible pour chacun d’écrire aussi librement. Afin d’y parvenir, il s’agit d’abord de regarder en face la cause de votre blocage, au moment de rédiger quoi que ce soit.

Je ne vous promets pas que cette première étape soit agréable, parce qu’il faut bien appeler les choses par leur nom… Or, le nom adéquat à la situation est plutôt glaçant…

C’est le mot PEUR.

Cette peur qui paralyse l’écriture est présente chez un grand nombre de personnes. En fait, il ne s’agit pas d’une peur, mais d’une multitude de peurs. À vous de reconnaître la vôtre.

Et tout de suite après ce passage anxiogène, je vous promets une récompense.

Les cent visages de la peur d’écrire

En vrai, je ne me suis pas amusé à compter, mais j’imagine que la peur a au moins cent visages. Ce ne sont pas les mêmes pour chacun. Je vais vous en présenter quelques-uns.

(Avertissement : à la lecture de l’exposé suivant, des personnes sensibles sont susceptibles d’être victimes de malaise ou de manifestations physiques indésirables : sueurs froides, suffocations, désordre cardiaque, irritations cutanées, etc. Afin d’éviter tout désagrément, je les prie de bien vouloir gagner le chapitre suivant, que j’assure chaleureux et bienveillant.)

Voici donc, disais-je, différents visages hideux. Je vais me limiter à vous en montrer cinq. À vous de voir lequel vous effraie le plus :

La peur du jugement, peur du regard d’autrui sur vos écrits. Le trac avant d’écrire ! Comme si le fait d’écrire « Veuillez agréer, Madame, mes salutations distinguées » allaient révéler un secret intime…

La peur de réaliser un texte truffé de fautes. C’est vrai que ça fait sale, et qu’il n’est pas question de laisser sortir un texte dans cette tenue ! De là à s’interdire d’écrire…

La peur de la panne d’inspiration, dite « angoisse de la page blanche« . Si cela vous est déjà arrivé, vu qu’il s’agit d’un chapitre véritablement terrifiant dans la vie d’un être humain, jamais plus vous ne voulez éprouver ce sentiment d’infinie solitude et de détresse…

La peur de manquer de style, une peur qui vous incite à copier à droite à gauche, sans jamais connaître la satisfaction de vous affirmer. C’est trop triste !

La peur de manquer d’organisation. Une idée en entraîne une autre, et encore une autre, aïe aïe aïe ! Vous ignorez comment aligner toutes ces idées qui vous encombrent rapidement, jusqu’à saturation. Autant ne pas commencer à réfléchir !

Toutefois, souvent, l’écriture demeure une obligation dans la vie professionnelle. Une obligation à laquelle il faut se plier. Cette obligation (j’écris ce mot pour la troisième fois ; là, vous retiendrez, j’espère !) suppose un défi : surmonter sa peur d’écrire !

L’autre côté du voile

Oui, parce qu’il ne faut pas croire que la planète est divisée en deux parties : celle des gens sans peur d’écrire, et celle des super-trouillards.

Non, la vérité, c’est que tout le monde a peur des défis. Aller vers l’autre, aller vers l’inconnu, physiquement ou par écrit, ce sont de sacrés défis !

Cependant, le monde peut quand même être divisé en deux parties : celles des gens qui se laissent envahir par leur peur ; et celle des gens qui savent la dominer.

Beaucoup arrivent à la surmonter, vous en connaissez sûrement autour de vous.

Il est possible de composer avec la peur. Cela devient même facile, à partir du moment où vous comprenez le principe simple qui suit. 

Ce principe est limpide et vous l’avez déjà entendu. Mais pour une fois, prenez le temps de vous arrêter, et d’accepter son sens pour pouvoir l’intégrer. Le voici :

Quelle que soit votre peur, celle-ci est infondée.

Comme le dit Guy Finley, un auteur dont la lecture m’a fait un bien fou (je conseille particulièrement « Pensées pour lâcher prise »), la peur est un effet spécial produit par le cerveau. C’est toujours une illusion par rapport à la réalité du moment. C’est l’appréhension d’un moment qui n’existe qu’en esprit. C’est comme un voile peuplé de monstres et de fantômes, qui aveugle et paralyse.

Mais, dès que nous nous recentrons sur l’ici et maintenant, grâce à des exercices simples que Guy Finley propose dans son livre, le voile disparaît et fait place à une vue dégagée sur une route bien tracée.

Le plus beau, c’est qu’à présent, vous n’avez pas besoin de vivre une retraite de plusieurs années dans un monastère pour atteindre cet état prodigieux : vous avez des outils et des livres efficaces pour vous aider et vous soutenir.

Oui, il existe des moyens simples pour se libérer ! Commencez par accepter l’idée de leur existence, de leur efficacité et de leur accessibilité. N’en doutez pas !

Voici quelques pistes pour laisser derrière vous votre peur d’écrire.

Surmonter l’ensemble de vos peurs

La peur d’écrire est souvent révélatrice d’autres peurs, plus enfouies. Êtes-vous décidé.e à les apprivoiser ? Dans ce cas, il se peut que la lecture d’un auteur spécialiste du développement personnel ou de la spiritualité vous aide.

En revanche, s’il est trop dur pour vous de mener la bataille en solitaire, c’est vers un coach qu’il convient de vous tourner.

Si vous souhaitez simplement vaincre la peur d’écrire, ruez-vous sur « Osez l’écriture ! », mon petit livret à télécharger gratuitement.

Trouver l’inspiration

L’inspiration créatrice n’est pas utile dans les écrits professionnels. Donc, le frein à l’écriture n’est jamais imputable à un manque d’idée, mais au fait que vous vous interdisez d’exprimer votre point de vue.

Ainsi, le syndrome de la page blanche n’est pas une peur, mais la résultante de la peur. Quand vous aurez atteint la bonne distance vis-à-vis de votre peur, vous serez en pleine possession de votre discours. 

L’important est de ne pas vous déprécier, avec des pensées du genre « je n’ai jamais d’idées » ou « je n’ai aucun style ».

Vous parviendrez à évacuer la peur de manquer de style, quand vous prendrez conscience de deux vérités.

La première est que vous avez une façon particulière de parler. Donc, à l’oral, vous avez un style.

Je vous conseille de commencer par utiliser un dictaphone pour vous enregistrer. La retranscription vous mettra face à votre style. Toucher du doigt cette réalité vous étonnera positivement.

Si votre style vous choque en vous écoutant parler, vous progresserez plus rapidement en soignant votre style à l’oral ; et votre écriture en bénéficiera forcément.

La seconde vérité est que les effets de style ne sont pas souhaités dans les écrits professionnels. On doit s’en passer ! De ce fait, écrire dans le cadre du travail est souvent plus simple pour ceux qui n’ont pas d’affinité avec la littérature.

Résoudre des problèmes techniques

Pour résoudre les problèmes d’orthographe et de grammaire, vous pouvez vous équiper d’un logiciel performant, facile à manier, qui détecte la moindre faute de français. J’en mentionne un ici et ici.

Sachez que rédiger et corriger sont deux activités différentes. Beaucoup de grands auteurs font des fautes, car ils concentrent leurs efforts sur la beauté des mots, non sur les règles qui les lient.

Par conséquent, quand vous écrivez le premier jet, ne vous souciez jamais du français. Laissez filer comme ça vient. Et seulement une fois que c’est fini, faites appel à votre compétence de correcteur, ou confiez ce travail à quelqu’un d’autre, après avoir corrigé le principal grâce à une appli.

Dernier conseil au sujet du français : si vous avez une mémoire photographique, mettez-la à profit en lisant plus souvent. Cela vous amènera à mémoriser l’orthographe des mots.

Quant à savoir mettre en forme vos propos, trouver un plan pour aligner le discours, c’est une question de technique. Elle est simple, mais, étonnamment, peu de gens la connaissent. Je vous transmets cette technique dans mon ouvrage indispensable : « Organiser ses idées, structurer ses propos ».

Enfin, dernier conseil : prêtez-vous à l’exercice de manière récurrente. Plus vous écrirez, plus cela sera simple. Écrire est une gymnastique comme les autres. Et comme dans toute gymnastique, les progrès sont mesurables : vous allez constater que vous écrivez mieux et avec plus d’aisance.

Alors, bientôt, très bientôt, ce sera à votre tour de faire courir vos doigts sur le clavier à une vitesse impressionnante !

 

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avril 27th, 2017 par JérômeDuez

Depuis le 28 mars, Paris donne l’exemple en matière de respect de la parité : le Conseil de Paris impose au réseau municipal d’affichage de la capitale de ne placarder aucune publicité sexiste ou discriminatoire.

J’en suis heureux et j’espère que cela sera suivi d’effets à une vaste échelle.

Quant à suivre cet exemple au quotidien, comment allons-nous nous exprimer pour ne trahir aucun sexisme ? Qu’allons-nous devoir changer à notre style ?

Car c’est sûr, en matière d’expression écrite et orale, le respect de la parité homme femme impose des petits changements. Oh, pas bien méchants, vous verrez. Sauf que, comme tous les changements, ceux-ci vont faire grimacer certains.

Je vais vous les énoncer tels qu’ils sont préconisés par les institutions. Mais vous verrez que je m’octroie quelques libertés et que je vous invite à faire de même.

Le français, langue genrée

Les Français.es doivent particulièrement veiller à ce respect de la parité, car le français est une langue genrée.

Genré, qu’est-ce que c’est ? L’hebdo N°1 du 8 mars 2017 publie une intéressante interview de Marie Darrieussecq. L’auteur de « Truismes » explique le phénomène :

« En Angleterre, je me souviens moins souvent que je suis une femme. Quand je dis I am happy, ce n’est pas je suis heureuse. Le français m’oblige à me souvenir en permanence que je suis une femme. Ce n’est pas rien. Les langues espagnole ou française m’obligent à être genrée. Je suis persuadée que cela a un effet sur le cerveau, sur la façon d’être. »

Or, pour éviter tout sexisme en français, il convient de rappeler les genres dans les phrases.

Rappelons qu’en français, un mot n’est jamais neutre. Il est soit féminin, soit masculin. Par conséquent, quand on dit « les Français » en sous-entendant que cela inclut les femmes, on est sexiste. Quand on néglige le genre féminin pour ne pas alourdir la phrase, on l’est doublement !

Cela ne réglera pas les affaires de Marie Darrieussecq. Quoi que l’on fasse, le français ne nous laissera pas oublier notre genre. Or, du genré au sexiste, il n’y a qu’un pas. Nous serons toujours à la lisière de la ligne à ne pas franchir.

La nouvelle linguistique parviendra-t-elle à nous en éloigner ?

Des points à la place de parenthèses

Que pensez-vous du passage suivant ?

« Les rédacteur.rice.s auxquel.le.s s’adresse ce texte, respectueux.ses des nouvelles règles linguistiques seront les acteur.rice.s essentiel.le.s  de la parité entre les sexes. Elles.ils seront etc. »

Ça fait bizarre, non ?

Avant, j’avais l’habitude d’écrire « rédacteurs(trices) », « respectueux(ses) » ou « essentiel(le)s ». À présent ce sont des points…

Eh bien, à la réflexion, je trouve ça mieux ! C’est totalement subjectif, je sais, mais d’un point de vue esthétique, je trouve que les parenthèses créent des obstacles, tandis que les points égalisent.

Quoi que vous en pensiez, c’est ainsi que les acteurs des services publics sont tenus de rédiger, à présent. Moi-même, je me suis mis à pratiquer ce mode de présentation (mais parfois j’oublie, comme dans la phrase précédente).

On va s’habituer à le voir sur les affiches. Cela va s’étendre.

L’important est de ne pas en abuser. Un texte truffé de points est indigeste. Il est important de varier les procédés. Par exemple, quand on peut écrire « celles et ceux », on évite d’écrire « celles.ceux ».

Les nouvelles règles de bienséance

Voici un ensemble de règles qui devraient permettre d’éviter toute bévue.

Elles sont tirées du « guide pratique pour une communication publique sans stéréotype de sexe » (nov 2015), publié par le Haut conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes (que vous pouvez télécharger ici). C’est parti :

Bannir les stéréotypes de sexe, du type « les femmes sont douces, les hommes sont doués d’autorité ». Il est facile de comprendre pourquoi : ces affirmations sonnent comme des certitudes alors qu’elles sont discutables.

Oublier les expressions désuètes, telles que, mademoiselle, nom de jeune fille, nom d’épouse, chef de famille

Parler « des femmes » plutôt que « de la femme » et des « droits humains » plutôt que des « droits de l’Homme ». Ainsi, la « journée de la femme » devient la « journée du droit des femmes » ; et la « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen » devient la « Déclaration des droits humains des citoyennes et des citoyens ».

Dans un document, faire référence à un partage équilibré de femmes et d’hommes, dans les textes aussi bien que dans les illustrations.

Dans lesdites illustrations, éviter les couleurs douces pour les femmes et sombres pour les hommes.

Doit-on dire « les hommes et les femmes » ou « les femmes et les hommes » ? Le deuxième cas est privilégié, car il convient de respecter l’ordre alphabétique dans les énumérations. La galanterie n’y est pour rien. D’ailleurs, en matière de parité, la galanterie n’est pas encouragée, elle pourrait semer la confusion…

Par conséquent, nous écrirons les « formateur.rice.s » « travailleur.euse.s » et « elles.ils ».

En revanche, il n’y a pas encore de règle établie, concernant l’accord de l’adjectif avec le masculin et le féminin associés.

Écrit-on « les femmes et les hommes sont beaux » ou « belles » ?  Cela continue à faire débat. Certains préconisent d’accorder en fonction du nombre, ce qui donne : « ces femmes et cet homme sont belles » ; cela sonne aussi bizarrement que « ces hommes et cette femme sont beaux »… Personnellement, je m’arrangerais pour écrire « tout le monde est beau ! »

Et vous, quelle forme d’accord vous met d’accord ?

Quelques libertés à prendre

Ces règles ne sont pas à suivre au pied de la lettre. Vous allez les adapter aux contextes rencontrés. Car il n’y a pas de règle absolue quand vous vous adressez à une personne en particulier ou à un groupe, étant donné que chacun est sensible à un type de formule.

Pour le moment, ces règles sont peu respectées dans le langage courant.

Dans les médias, des femmes et des hommes disent encore « les droits de l’Homme » et « la journée de la femme ».

Aux élections présidentielles qui se déroulent pendant que j’écris ce billet, des candidat.e.s disent « les Français », sans ajouter « les Françaises ».

Et tout le monde dit « la parité homme femme » plutôt que « la parité femme homme ».

Dans notre société en perpétuelle transformation, de nouvelles règles et de nouveaux modes d’emploi, il y en a plein ! Même avec la meilleure volonté, on ne peut pas les connaître tous. Alors, on prend ceci, on laisse cela…

Mon conseil, à vous mesdames et messieurs, c’est que vous sachiez faire preuve de respect et de civilité. Cela aidera toujours à pallier les écarts de conduite, souvent avec succès !

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avril 11th, 2017 par JérômeDuez

J’entends souvent des gens dire « pas de souci » ou « pas de problème ». C’est la mode. Ils le disent à la place de « ça marche ! », « c’est ok », « ça sera fait » ou simplement « oui ». S’ils le disent une fois exceptionnellement, ce n’est pas grave. Mais si cela devient un tic de langage, je m’inquiète : ils sont en train de s’auto-hypnotiser dans l’échec. Vous en doutez ? Lisez donc la suite…

Mécanisme de l’échec

Notre subconscient est incapable de comprendre les expressions négatives.

Si je vous demande de ne pas penser à un éléphant – à tout ce que vous voulez mais surtout pas à un éléphant ! –, aussitôt le pachyderme envahit votre esprit.

Et si vous vous donnez l’ordre d’arrêter de fumer (« arrêter » étant un verbe d’action négative), seul le mot « fumer » vous hante et il devient quasiment impossible d’arrêter dans ces conditions. Pour arrêter de fumer, il est préférable de visualiser le résultat séduisant et se dire : « je vais raffermir mon cœur, améliorer mon souffle, etc. ».

Quand « pas de problème » est répété à longueur de temps, seul le mot « problème problème problème » s’inscrit dans le cerveau, façon méthode Coué.

Quand je passe une commande au café et que le serveur me répond « pas de problème », je prévois un contretemps, un café froid ou une bière éventée… ce qui ne manque pas d’arriver. Je renvoie alors ma commande – à condition de ne pas être pressé…

Pas plus tard que la semaine dernière, au téléphone, je demande à une standardiste de me passer Untel. « Pas de problème ! », dit-elle ; et je tombe sur la tonalité occupée, comme si elle venait de raccrocher.

C’est quasiment systématique, cet affreux tic de langage produit le contraire de ce qu’il annonce !

Prévenir ou guérir ?

Un ami provocateur prend plaisir à violenter la personne qui laisse échapper un « pas de problème ». Il réplique avec un soupçon d’agressivité : « Pourquoi parlez-vous d’un problème ? Vous voyez un problème ? Oubliez ce que je vous ai demandé, je ne veux pas de problèmes ! »

Il est persuadé de vacciner l’autre de cette façon. Il a peut-être raison… Moi, je ne dis rien… jusqu’à ce que le problème survienne. Car c’est un fait : il survient très souvent.

Vérifiez par vous-même et dites-m’en des nouvelles. Que vous est-il arrivé la dernière fois que quelqu’un vous a annoncé une absence de problème ? Et avez-vous un truc pour remédier à la situation ?

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mars 21st, 2017 par JérômeDuez

La nouvelle écriture, c’est la fin des phrases longues et du style ampoulé. À la place, ce sont des mises en page plus aérées pour faciliter le survol et un style plus simple. De quand date la nouvelle écriture ? Elle a émergé avec le numérique et j’ai l’impression qu’elle s’est affirmée avec l’emploi généralisé du mot « Cordialement ».

Évolution de la pratique du survol

Le survol d’un texte permet d’en repérer les points principaux. C’est aujourd’hui une pratique naturelle, alors qu’elle n’était pas courante il y a quelques années. La gymnastique oculaire a commencé dans les années 80, à l’apparition de la télécommande.

On peut dire que le zapping est à l’audiovisuel ce que le survol est au texte. En zappant, l’homme s’est habitué à décrypter rapidement l’information et à choisir aussi vite son programme.

Par ailleurs, le montage des films est devenu plus rapide, avec l’arrivée de la vidéo puis du numérique. Le montage façon clip est devenu un jeu d’enfant.

Ainsi, à partir des années 90, l’enchaînement rapide des plans est devenu la nouvelle écriture audiovisuelle et nos yeux se sont habitués à distinguer les plans brefs.

Les conséquences de cette évolution sur les pratiques de la lecture et de la rédaction ont été immédiates.

La nouvelle écriture, de son apparition à son affirmation

Les premiers ordinateurs à l’attention du grand public sont apparus au milieu des années 80. Une petite dizaine d’années plus tard, tout le monde a eu un PC à la maison. Le traitement de texte, avec sa mise en page rapide et son précieux correcteur d’orthographe, a facilité l’écriture. Mais il faudra attendre la fin des années 90 pour être témoin d’une simplification du style, avec l’Internet et l’e-mailing.

Les premiers e-mails se terminaient comme des courriers : « je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression na-na-na ».

Puis un jour, ce mot qui me fit sursauter : « Cordialement », émanant d’une personne que je ne connaissais qu’à peine ! Cela semblait déplacé. Dans le doute, j’allai chercher la définition dans le dico, qui me confirma l’aberration : « Cordial : qui vient du cœur. V. Affectueux, amical, bienveillant, chaleureux, (…) ». Logiquement, nous dirions « cordialement » à une personne que nous aurions envie de serrer contre nous.

Mais ce n’est pas nouveau. Quand nous disons je t’embrasse avec l’intention d’échanger de chastes bises, alors que le sens premier de l’expression est je te serre dans mes bras, quelle différence ? Dans les deux cas, les expressions Je t’embrasse et Cordialement dépassent souvent notre pensée… Qu’importe, elles font plaisir !

Ces dix dernières années, la société a été divisée en deux camps : les pro et les anti-cordialement. Le débat dure mais il devrait bientôt cesser. Car dans les grandes entreprises, des mauvais échanges d’e-mails génèrent des conflits. Entre autres sales pratiques menant au clash, l’absence de formule de politesse. Ne serait-ce que le mot « cordialement » et la discorde serait évitée ! 

Ainsi, ce mot devient indispensable. C’est comme un bouton sur lequel il convient d’appuyer pour conditionner la bonne entente.

À partir de ce moment, nous pouvons considérer que la nouvelle écriture – fonctionnelle avant tout – a atteint l’âge de la maturité.

Après la nouvelle écriture, quel nouveau monde ?

Ce que privilégie la nouvelle écriture, ce n’est pas la belle tournure de phrase mais la justesse des informations. C’est livrer le contenu attendu à l’endroit attendu. Il n’est plus besoin d’y mettre les formes (sauf situations et destinataires spéciaux). Pour le rédacteur, l’effort est concentré sur la pertinence et l’ordre des informations.

Nous serons toujours libres de nous ressourcer dans la littérature pour savourer le beau style enchanteur et enrichissant. Mais en ce qui concerne les écrits professionnels, que la qualité du contenu l’emporte sur la qualité du style, cela me réjouit. C’est une victoire de la démocratie, car le beau style est élitiste.

Et je me prends à espérer de tout cœur (cordialement) l’apparition d’une société nouvelle, où le travailleur le plus compétent ne sera plus reconnu pour avoir reçu la meilleure éducation, avoir suivi les meilleures études ou appartenir au meilleur milieu, mais pour son esprit de jugeote, sa créativité et son efficacité…

A quand cette nouvelle ère ? La nouvelle écriture en est peut-être le signe précurseur…

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janvier 5th, 2017 par JérômeDuez

La respiration, cet élément moteur de la relaxation et du bien-être, joue un rôle dans l’écriture. En effet, bien respirer peut se révéler utile pour évaluer la qualité de votre style.

Style littéraire et style professionnel

En littérature et plus généralement en art, le contenu n’a qu’une importance relative. Ce qui compte n’est pas ce qui est dit, mais la façon dont cela est dit. Et l’artiste se distingue par son style inimitable, sa patte. Le style littéraire est en soi un effet de surprise, par son invention et son caractère insolite.

Au contraire, en matière d’écrits professionnels, ce qui prime est la valeur de l’information. Et l’excellent style est l’absence apparente de style. C’est, dans l’idéal, la fluidité absolue, la parfaite transparence au service du contenu.

En cela, le rédacteur ne doit pas être reconnaissable. Si c’est le cas, son style personnel l’emporte, détournant le lecteur de l’essentiel.

Dans les documents professionnels, à commencer par les emails, nous sommes heurtés à la lecture d’un effet de style, d’un trait d’humour, d’énervement, voire de poésie. Comment l’éviter ?

Les ennemis de l’excellent style professionnel 

Techniquement, l’excellent style professionnel est simple : il suffit de rédiger des phrases courtes, séparées par des mots de liaison (et, mais, cependant, car, or, etc.).

Ce qui est difficile est de respecter cette consigne, car plusieurs ennemis nous en empêchent, les plus courants étant : le stress et l’euphorie.

Les effets du stress sont agressifs. Ils sont marqués par un vocabulaire violent, voire insultant. C’est un exposé empreint de jugement, souvent subjectif et dévalorisant par une orientation négative.

L’euphorie conduit à commettre des effets d’humour – vexants pour ceux qui n’y sont pas sensibles – ou de poésie – avec des métaphores parfois blessantes. Par exemple, écrire pour illustrer un drame au Japon : « L’Empire du soleil levant est couché pour un bon moment » (lu dans une épreuve de concours à la note de synthèse, au sujet de la crise économique nippone).

L’euphorie est cousine du stress, elle accompagne l’anxiété. Elle se produit, par exemple, quand nous écrivons sous la contrainte d’une échéance : dans un premier temps, nous sommes anxieux, craignant d’échouer ; puis en cours de rédaction, voyant que nous y arrivons, l’anxiété s’envole et l’euphorie prend le relais.

Sachant la réussite du texte assurée, nous sommes tellement heureux et fiers que nous voulons le faire savoir au monde entier – alors nous commettons un effet de style.

Ce sont les jeux de mots bas de gamme que nous lisons dans les journaux. Parce que le journaliste qui réussit à boucler son papier à temps écrit sous euphorie, et qu’en plus il lui est permis de faire de l’esprit.

Comment éviter les fautes de style ?

Sous le stress ou l’anxiété, la respiration est courte, les mains sur le clavier sont fébriles. Et sous l’euphorie, vous vous faites rire ou sourire. En écrivant dans ces conditions, il surgit toujours des mots malheureux. C’est systématique.

Soyez attentif à cela, c’est facile à remarquer : soyez conscient de votre respiration et de vos réactions au moment de la rédaction et de la relecture. (1)

Que cela ne vous interdise pas de rédiger, mais dans ce cas, imposez-vous un temps avant de vous relire et d’expédier votre texte. Car la relecture dans la sérénité vous mettra en évidence les mots malheureux.

À l’écrit comme à l’oral

L’exercice peut se révéler aussi utile à l’oral, au cours d’un entretien. Au moment où l’autre pose une question qui nous dérange, notre respiration s’accélère. Si nous ne prenons pas soin d’attendre, nous fournissons malgré nous une réponse précipitée, que nous regrettons plus tard. C’est pourquoi, autant que possible, il convient de marquer un temps d’arrêt.

Le temps de reprendre une respiration régulière, nous comprenons la nature de notre malaise et nous trouvons la réplique appropriée.

Comme il est plus facile de contrôler sa respiration à l’écrit qu’à l’oral (parce que personne n’attend de réponse immédiate et ne surveille nos réactions), je conseille d’y veiller particulièrement lors de la rédaction des e-mails.

Ne les envoyez pas tout de suite. Si, je vous assure, il n’y a pas d’urgence ! N’oubliez pas, l’envoi d’un mot malheureux fait perdre plus de temps en gestion de conflit, que le temps accordé à une relecture.

(1) Le livre « Osez l’écriture ! » vous en dit plus à ce sujet. Il est gratuit. Vous y trouverez notamment des exercices pour vous entraîner à respirer sereinement.

 

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