avril 27th, 2017 par JérômeDuez

Depuis le 28 mars, Paris donne l’exemple en matière de respect de la parité : le Conseil de Paris impose au réseau municipal d’affichage de la capitale de ne placarder aucune publicité sexiste ou discriminatoire.

J’en suis heureux et j’espère que cela sera suivi d’effets à une vaste échelle.

Quant à suivre cet exemple au quotidien, comment allons-nous nous exprimer pour ne trahir aucun sexisme ? Qu’allons-nous devoir changer à notre style ?

Car c’est sûr, en matière d’expression écrite et orale, le respect de la parité homme femme impose des petits changements. Oh, pas bien méchants, vous verrez. Sauf que, comme tous les changements, ceux-ci vont faire grimacer certains.

Je vais vous les énoncer tels qu’ils sont préconisés par les institutions. Mais vous verrez que je m’octroie quelques libertés et que je vous invite à faire de même.

Le français, langue genrée

Les Français.es doivent particulièrement veiller à ce respect de la parité, car le français est une langue genrée.

Genré, qu’est-ce que c’est ? L’hebdo N°1 du 8 mars 2017 publie une intéressante interview de Marie Darrieussecq. L’auteur de « Truismes » explique le phénomène :

« En Angleterre, je me souviens moins souvent que je suis une femme. Quand je dis I am happy, ce n’est pas je suis heureuse. Le français m’oblige à me souvenir en permanence que je suis une femme. Ce n’est pas rien. Les langues espagnole ou française m’obligent à être genrée. Je suis persuadée que cela a un effet sur le cerveau, sur la façon d’être. »

Or, pour éviter tout sexisme en français, il convient de rappeler les genres dans les phrases.

Rappelons qu’en français, un mot n’est jamais neutre. Il est soit féminin, soit masculin. Par conséquent, quand on dit « les Français » en sous-entendant que cela inclut les femmes, on est sexiste. Quand on néglige le genre féminin pour ne pas alourdir la phrase, on l’est doublement !

Cela ne réglera pas les affaires de Marie Darrieussecq. Quoi que l’on fasse, le français ne nous laissera pas oublier notre genre. Or, du genré au sexiste, il n’y a qu’un pas. Nous serons toujours à la lisière de la ligne à ne pas franchir.

La nouvelle linguistique parviendra-t-elle à nous en éloigner ?

Des points à la place de parenthèses

Que pensez-vous du passage suivant ?

« Les rédacteur.rice.s auxquel.le.s s’adresse ce texte, respectueux.ses des nouvelles règles linguistiques seront les acteur.rice.s essentiel.le.s  de la parité entre les sexes. Elles.ils seront etc. »

Ça fait bizarre, non ?

Avant, j’avais l’habitude d’écrire « rédacteurs(trices) », « respectueux(ses) » ou « essentiel(le)s ». À présent ce sont des points…

Eh bien, à la réflexion, je trouve ça mieux ! C’est totalement subjectif, je sais, mais d’un point de vue esthétique, je trouve que les parenthèses créent des obstacles, tandis que les points égalisent.

Quoi que vous en pensiez, c’est ainsi que les acteurs des services publics sont tenus de rédiger, à présent. Moi-même, je me suis mis à pratiquer ce mode de présentation (mais parfois j’oublie, comme dans la phrase précédente).

On va s’habituer à le voir sur les affiches. Cela va s’étendre.

L’important est de ne pas en abuser. Un texte truffé de points est indigeste. Il est important de varier les procédés. Par exemple, quand on peut écrire « celles et ceux », on évite d’écrire « celles.ceux ».

Les nouvelles règles de bienséance

Voici un ensemble de règles qui devraient permettre d’éviter toute bévue.

Elles sont tirées du « guide pratique pour une communication publique sans stéréotype de sexe » (nov 2015), publié par le Haut conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes (que vous pouvez télécharger ici). C’est parti :

Bannir les stéréotypes de sexe, du type « les femmes sont douces, les hommes sont doués d’autorité ». Il est facile de comprendre pourquoi : ces affirmations sonnent comme des certitudes alors qu’elles sont discutables.

Oublier les expressions désuètes, telles que, mademoiselle, nom de jeune fille, nom d’épouse, chef de famille

Parler « des femmes » plutôt que « de la femme » et des « droits humains » plutôt que des « droits de l’Homme ». Ainsi, la « journée de la femme » devient la « journée du droit des femmes » ; et la « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen » devient la « Déclaration des droits humains des citoyennes et des citoyens ».

Dans un document, faire référence à un partage équilibré de femmes et d’hommes, dans les textes aussi bien que dans les illustrations.

Dans lesdites illustrations, éviter les couleurs douces pour les femmes et sombres pour les hommes.

Doit-on dire « les hommes et les femmes » ou « les femmes et les hommes » ? Le deuxième cas est privilégié, car il convient de respecter l’ordre alphabétique dans les énumérations. La galanterie n’y est pour rien. D’ailleurs, en matière de parité, la galanterie n’est pas encouragée, elle pourrait semer la confusion…

Par conséquent, nous écrirons les « formateur.rice.s » « travailleur.euse.s » et « elles.ils ».

En revanche, il n’y a pas encore de règle établie, concernant l’accord de l’adjectif avec le masculin et le féminin associés.

Écrit-on « les femmes et les hommes sont beaux » ou « belles » ?  Cela continue à faire débat. Certains préconisent d’accorder en fonction du nombre, ce qui donne : « ces femmes et cet homme sont belles » ; cela sonne aussi bizarrement que « ces hommes et cette femme sont beaux »… Personnellement, je m’arrangerais pour écrire « tout le monde est beau ! »

Et vous, quelle forme d’accord vous met d’accord ?

Quelques libertés à prendre

Ces règles ne sont pas à suivre au pied de la lettre. Vous allez les adapter aux contextes rencontrés. Car il n’y a pas de règle absolue quand vous vous adressez à une personne en particulier ou à un groupe, étant donné que chacun est sensible à un type de formule.

Pour le moment, ces règles sont peu respectées dans le langage courant.

Dans les médias, des femmes et des hommes disent encore « les droits de l’Homme » et « la journée de la femme ».

Aux élections présidentielles qui se déroulent pendant que j’écris ce billet, des candidat.e.s disent « les Français », sans ajouter « les Françaises ».

Et tout le monde dit « la parité homme femme » plutôt que « la parité femme homme ».

Dans notre société en perpétuelle transformation, de nouvelles règles et de nouveaux modes d’emploi, il y en a plein ! Même avec la meilleure volonté, on ne peut pas les connaître tous. Alors, on prend ceci, on laisse cela…

Mon conseil, à vous mesdames et messieurs, c’est que vous sachiez faire preuve de respect et de civilité. Cela aidera toujours à pallier les écarts de conduite, souvent avec succès !

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mars 21st, 2017 par JérômeDuez

La nouvelle écriture, c’est la fin des phrases longues et du style ampoulé. À la place, ce sont des mises en page plus aérées pour faciliter le survol et un style plus simple. De quand date la nouvelle écriture ? Elle a émergé avec le numérique et j’ai l’impression qu’elle s’est affirmée avec l’emploi généralisé du mot « Cordialement ».

Évolution de la pratique du survol

Le survol d’un texte permet d’en repérer les points principaux. C’est aujourd’hui une pratique naturelle, alors qu’elle n’était pas courante il y a quelques années. La gymnastique oculaire a commencé dans les années 80, à l’apparition de la télécommande.

On peut dire que le zapping est à l’audiovisuel ce que le survol est au texte. En zappant, l’homme s’est habitué à décrypter rapidement l’information et à choisir aussi vite son programme.

Par ailleurs, le montage des films est devenu plus rapide, avec l’arrivée de la vidéo puis du numérique. Le montage façon clip est devenu un jeu d’enfant.

Ainsi, à partir des années 90, l’enchaînement rapide des plans est devenu la nouvelle écriture audiovisuelle et nos yeux se sont habitués à distinguer les plans brefs.

Les conséquences de cette évolution sur les pratiques de la lecture et de la rédaction ont été immédiates.

La nouvelle écriture, de son apparition à son affirmation

Les premiers ordinateurs à l’attention du grand public sont apparus au milieu des années 80. Une petite dizaine d’années plus tard, tout le monde a eu un PC à la maison. Le traitement de texte, avec sa mise en page rapide et son précieux correcteur d’orthographe, a facilité l’écriture. Mais il faudra attendre la fin des années 90 pour être témoin d’une simplification du style, avec l’Internet et l’e-mailing.

Les premiers e-mails se terminaient comme des courriers : « je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression na-na-na ».

Puis un jour, ce mot qui me fit sursauter : « Cordialement », émanant d’une personne que je ne connaissais qu’à peine ! Cela semblait déplacé. Dans le doute, j’allai chercher la définition dans le dico, qui me confirma l’aberration : « Cordial : qui vient du cœur. V. Affectueux, amical, bienveillant, chaleureux, (…) ». Logiquement, nous dirions « cordialement » à une personne que nous aurions envie de serrer contre nous.

Mais ce n’est pas nouveau. Quand nous disons je t’embrasse avec l’intention d’échanger de chastes bises, alors que le sens premier de l’expression est je te serre dans mes bras, quelle différence ? Dans les deux cas, les expressions Je t’embrasse et Cordialement dépassent souvent notre pensée… Qu’importe, elles font plaisir !

Ces dix dernières années, la société a été divisée en deux camps : les pro et les anti-cordialement. Le débat dure mais il devrait bientôt cesser. Car dans les grandes entreprises, des mauvais échanges d’e-mails génèrent des conflits. Entre autres sales pratiques menant au clash, l’absence de formule de politesse. Ne serait-ce que le mot « cordialement » et la discorde serait évitée ! 

Ainsi, ce mot devient indispensable. C’est comme un bouton sur lequel il convient d’appuyer pour conditionner la bonne entente.

À partir de ce moment, nous pouvons considérer que la nouvelle écriture – fonctionnelle avant tout – a atteint l’âge de la maturité.

Après la nouvelle écriture, quel nouveau monde ?

Ce que privilégie la nouvelle écriture, ce n’est pas la belle tournure de phrase mais la justesse des informations. C’est livrer le contenu attendu à l’endroit attendu. Il n’est plus besoin d’y mettre les formes (sauf situations et destinataires spéciaux). Pour le rédacteur, l’effort est concentré sur la pertinence et l’ordre des informations.

Nous serons toujours libres de nous ressourcer dans la littérature pour savourer le beau style enchanteur et enrichissant. Mais en ce qui concerne les écrits professionnels, que la qualité du contenu l’emporte sur la qualité du style, cela me réjouit. C’est une victoire de la démocratie, car le beau style est élitiste.

Et je me prends à espérer de tout cœur (cordialement) l’apparition d’une société nouvelle, où le travailleur le plus compétent ne sera plus reconnu pour avoir reçu la meilleure éducation, avoir suivi les meilleures études ou appartenir au meilleur milieu, mais pour son esprit de jugeote, sa créativité et son efficacité…

A quand cette nouvelle ère ? La nouvelle écriture en est peut-être le signe précurseur…

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décembre 16th, 2016 par JérômeDuez

Nous sommes de plus en plus nombreux à commettre des fautes d’orthographe et de grammaire. Le sachant, ne serait-il pas temps de devenir indulgents, les uns vis-à-vis des fautes des autres ? Malheureusement, non.

Gare à ceux qui diffusent des textes non corrigés ! Cela relève de l’impolitesse, du manque de correction !

Pour l’éviter, je conseille de généraliser la pratique de la correction entre collègues ou ami(e)s, avec bienveillance et dans la bonne humeur.

La faute d’orthographe est une faute de style

Qu’est-ce qu’un excellent style professionnel ? C’est celui qui privilégie l’information. Le lecteur lit le texte sans effort et quand il a terminé, il pense : « C’était facile à lire ! J’ai tout compris et j’ai tout retenu ! ».

Pour réussir ce prodige, c’est simple : il suffit d’écrire des phrases courtes, séparées par des mots de liaison (du type mais, or, de plus, en revanche, car, etc.).

À la limite, quand en lisant vous pensez « Comme ce texte est bien écrit ! », c’est raté ; car dans ce cas, le style l’emporte sur l’information, il vous distrait et donc certains éléments importants peuvent vous échapper.

C’est pareil avec les fautes d’orthographe. Chaque faute remarquée détourne le lecteur du contenu. Chacune est un motif de distraction, qui peut s’avérer lourde de conséquences.

Un cas exceptionnel où je pardonne les fautes

En me promenant à Vincennes, je m’arrête devant une pâtisserie très attirante. Sa vitrine réveille ma gourmandise. Je m’approche des étiquettes devant les rangées de gâteaux et je suis frappé par le nombre impressionnant de fautes d’orthographe. Biscuit amende, crème émulsionné, chocolat noire… 

orthographe

Cela ne me choque pas. Au contraire, ces fautes m’apparaissent comme une touche poétique, une façon de dire « mon talent et mon énergie, je les réserve exclusivement à la création de mes pâtisseries ». Car le résultat est devant mes yeux et il est très appétissant ! Il s’agit bien là d’une exception.

En revanche, que dire du profil plein de fautes de ce plombier sur les réseaux sociaux ? Le problème, au contraire du pâtissier vincennois, c’est que nous ne voyons pas son travail. Nous pourrions penser qu’étant plombier, il n’est pas censé maîtriser le français et que c’est déjà courageux de sa part de publier un profil sur le Net. Nous pourrions trouver les maladresses attendrissantes…

Hélas, les écrits reflètent l’image de leur signataire. A la lecture d’un texte, nous tirons des conclusions hâtives sur l’auteur, à tort ou à raison. Si le texte est mal bâti, on en déduit que le travail du signataire est bancal ; s’il est salement présenté, on imagine l’auteur produire un sale travail ; quant au texte bourré de fautes, il trahit du je-m’en-foutisme.

C’est pourquoi il est important de confier ses textes à corriger. Pas nécessairement par un correcteur professionnel, mais par un collègue ou un ami qui connaît les règles du français et avec qui l’on s’entend bien. Parce qu’il est toujours plus facile de corriger les fautes des autres que les siennes.

Une correction peut être amusante !

Ce ne sont pas les mêmes parties du cerveau qui fonctionnent quand vous rédigez et quand vous corrigez votre texte. Personnellement, j’avoue avoir beaucoup de mal à me corriger. Au moment de la relecture, je suis toujours plus soucieux de la clarté et de la précision de mon propos, que des règles du français ! Aussi ai-je fini par assumer mes fautes… Mais sans complaisance ! Je n’aime pas les laisser traîner !

Dans un premier temps, je corrige au mieux, sachant que ce ne sera pas parfait. Mais au moins, j’élague, je débroussaille, j’arrache les mauvaises herbes. Puis je me fais corriger par un tiers.

Il fut un temps où cette épreuve de la correction était pénible. C’était au temps où les éducateurs frappaient les enfants pour leur bien. Correcteurs et correctrices à l’école ou au sein de la famille avaient la fâcheuse habitude d’accompagner l’épreuve de remarques désobligeantes, parfois avec violence. « Comment peux-tu commettre encore des fautes pareilles ?! ».

Peut-être est-ce en souvenir des correcteurs pervers que tant de personnes négligent de donner leurs textes à corriger… Les pauvres, elles ignorent que la correction peut devenir une partie agréable !

Désormais, l’aventure a changé du tout au tout. Mes correcteurs me font découvrir le caractère risible de mes fautes, lesquelles révèlent parfois des traits de mon humeur.

Figurez-vous que chez moi, les fautes évoluent par groupes. Il n’en apparaît aucune dans certains paragraphes, alors que d’autres en sont truffés. Dans ce cas, leur présence dénonce toujours quelque chose de plus profond : soit mon idée n’est pas claire, soit je me suis levé du pied gauche et je fais du mauvais esprit qu’il vaut mieux gommer.

En somme, mes fautes sont des signaux d’alarme, révélateurs comme des actes manqués. Souvent, elles ne méritent pas d’être corrigées, car c’est tout le paragraphe qui est concerné. Je peux les remercier de me l’avoir fait remarquer.

C’est ainsi que j’ai appris à traiter mes fautes en amies, chères traîtresses, mauvaises fréquentations auxquelles je suis pourtant attaché ! Elles se donnaient des airs impitoyables quand je les connaissais mal ; mais depuis que je sais les lire entre les lignes, j’ai compris qu’elles sont souvent prévenantes.

À part mes fautes « groupées », je commets aussi des fautes solitaires. Celles-là ne signifient pas grand-chose. Je les appelle coquilles ou distractions. Souvent, je ne les vois pas à la relecture et il leur arrive d’échapper au regard de mes correcteurs…

Chère lectrice, cher lecteur, il se peut qu’une ou deux d’entre elles se soient égarées dans ce texte ou d’autres de ce blog. Si vous les remarquez, ayez la gentillesse de me les signaler. 

 

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