Le jargon tient chaud
mars 14th, 2017 by Jerome92y

Pourquoi tant de jargons ? Pourquoi, plutôt que briser la glace, préférer faire du ice breaking.

Sommes-nous à ce point attachés à la culture de castes qu’il est impossible d’adopter un langage accessible au plus grand nombre ?

Le jargon, une tradition solidement ancrée

Deux mondes sont traditionnellement ancrés dans leur jargon : l’administration et l’université. Aujourd’hui, ces mondes sont partagés entre l’ancienne génération et la nouvelle.

Dans l’administration, ceux de la vieille école, qui n’ont pas envie de se former à de nouvelles pratiques, écrivent toujours des courriers aux tournures alambiquées, avec des débuts de phrases bourrés de références juridiques… Leurs courriers nous tombent des mains !

Heureusement, la jeune génération suit la nouvelle norme et pratique un style administratif plus proche du langage courant.

Dans la même logique, quand j’ouvre un essai de philo ou de socio écrit il y a quarante ans par un ponte de l’université française, je n’y comprends rien, un vocabulaire savant me refusant l’accès au savoir. Alors que je n’ai aucun problème pour lire le même type d’ouvrage écrit à la même époque par un Anglo-saxon.

Avec la mondialisation entraînant une obligation d’ouverture au plus vaste public, les choses changent et les essais français deviennent plus abordables.

Or, alors que dans la fonction publique et l’enseignement supérieur, ce sont les jeunes qui donnent l’exemple en employant un langage simple, dans les nouveaux métiers ils font le contraire et, entre les termes techniques et l’anglais, s’ingénient à peaufiner leur jargon.

« Pour améliorer mon asset management, un contact m’a fowardé sur mon mail corporate un training center qui va me coacher au day to day ».

Oui, des gens existent, qui s’expriment comme ça ! Cette année, j’ai entendu deux conférenciers de cette espèce. L’un présentait un système d’e-learning, l’autre parlait des bonnes pratiques sur les réseaux sociaux. 

L’ordre des priorités dans l’emploi de l’anglais

Dans mes formations, j’encourage l’utilisation du Mind mapping. C’est ainsi que j’appelle le procédé, en précisant que l’invention est anglaise. Nous pouvons traduire mind map par carte mentale ou carte de la pensée, parce que ces cartes-là reproduisent le tracé d’un raisonnement.

La première traduction française du terme mind map a été carte heuristique (ou euristique). Pourquoi avoir choisi un mot de racine remontant à l’antiquité, alors que l’invention est récente ? – Mystère ! Heuriskein signifie trouver (eurêka = j’ai trouvé). Or, en plus d’être pompeux, ce mot grec est limitatif.

En effet, les mind maps servent en partie à trouver plus facilement des idées, mais pas seulement : elles servent aussi à mémoriser, à illustrer un exposé ou à échanger des idées plus vite.

Même chose quand je parle de storytelling : j’utilise le terme anglais, car l’engouement pour cette pratique est récent et nous vient des Etats-Unis (ou des Australiens David Epston et Michaël White selon certains, à moins que cela remonte à Confucius ou à Socrate…).

Le storytelling dépasse le simple fait de raconter une histoire. Je pourrais remplacer par communication narrative, mais storytelling est un terme plus courant et je ne suis pas Québécois pour faire de la traduction systématique.

En somme, je choisis la langue en fonction de la nature du mot et de son origine. Je n’ai pas de mal à prononcer des termes anglais ou latins, allemands, arabes et italiens, conscient du fait que ma langue est la combinaison d’une variété d’emprunts. De là à utiliser autant de mots anglais que français dans mes phrases, il y a une marge.

Le jargon, une protection dérisoire

Il semble que cela rassure de faire partie d’un cercle fermé et balisé par un langage spécifique. Cela permet aux grands de marquer leur pouvoir et aux petits de se sentir au chaud en s’introduisant dans un groupe restreint. Du langage des jeunes au jargon des mandarins, il n’y a pas grande différence : il est toujours question de protection et de démarcation…

Sauf qu’aujourd’hui plus que jamais, tout jargon frôle le ridicule, dès lors que l’on s’adresse à des non-initiés. Parler franglish  entre collègues et dans l’intimité du bureau, pourquoi pas ? Mais si vous visez un large public, évitez !

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