lâcher prise et chuter
novembre 11th, 2019 par Jérôme Duez

La première fois que l’on m’a conseillé de “lâcher prise”, une image m’a frappé l’esprit : celle d’un homme, le corps dans le vide, s’accrocher désespérément à une corniche, puis, à bout de force, lâcher et chuter.

"Lâcher prise" fait penser à ça

Cette image cauchemardesque m’a éloigné du sujet pendant quelques années. J’ai refusé de prêter attention aux gourous qui prônaient le lâcher-prise.

« Lâcher prise », une horrible expression…

Précédemment, j’ai parlé du choix de certains termes néfastes pour notre bien-être. J’ai mentionné des tics de langage à la mode, tels que « du coup » et « pas de problème ». Mais « Lâcher prise » est pire. C’est un terme aberrant, car utilisé dans le langage du développement personnel, alors qu’il n’engage pas au mieux-être.

Outre l’image morbide que cela me renvoie, « Lâcher prise » est une expression tordue. Car « prise » est le participe passé du verbe « prendre ». Donc, on peut entendre dans l’expression le double geste de lâcher et de prendre : cette antinomie freine tout mouvement, c’est le blocage assuré !

…Alors que l’exercice est merveilleux

Un jour, il y a plus de 10 ans, une amie m’a offert un livre de Guy Finley, un enseignant spirituel américain. Le livre a changé ma vie. Grâce à lui, j’ai fait mes premiers pas sur la voie de la spiritualité, et j’ai découvert cette merveilleuse pratique consistant à abandonner toute tension.

Par tension, entendez les tensions physiques, et aussi les pensées néfastes susceptibles de provoquer et d’alimenter ces tensions. Donc, s’entraîner à cette forme d’abandon provoque un délice sensoriel et inspire une nouvelle philosophie de vie.

En Anglais dans le texte

Guy Finley a publié une série de livres consacrés au lâcher-prise… Du moins, c’est ce que les titres en français laissent supposer. Voici quelques-uns de ces titres : « Lâcher prise – la clé de la transformation intérieure », « Pensées pour lâcher prise », « Vivre et lâcher prise », « Lâcher prise pour vaincre la dépendance »…

Mais en Anglais, ces mêmes titres donnent ceci : « The secret of Letting Go », « Designing your own Destiny », « Let Go and Live the Now », « Breaking Dependancy »…

Et je me demande : quel traducteur pervers a eu l’idée de traduire « let go » par « lâcher prise » ? Et surtout, pourquoi les éditeurs ont approuvé cette traduction ?

Non au “lâcher-prise”, oui au “laisser-aller”

C’est donc « Let go » que l’on a traduit par “lâcher prise”. Sans doute s’est-on interdit la traduction littérale, à cause de la connotation péjorative du « laisser-aller » en français. L’expression accuse une absence de rigueur ou de tenue.

Les profs de jadis prenaient un air pincé pour dire aux parents : « Il y a du laisser-aller dans le travail de votre fils ». Heureusement, de nos jours, les profs sont plus cool. Donc désormais, rien ne nous interdit de traduire « let go » par « laisser aller » et d’oublier le sens ancien du terme.

“Laisser aller” sonne comme une invitation à quelque chose d’agréable : un pas de danse, une glissade grisante, un mouvement de détente libératrice.

"laisser aller" au lieu de "lâcher priseé

Pour nommer cette action propre à la relaxation et à la méditation, “laisser aller” me semble l’expression idéale ! (1)

Hérésie culturelle

En privilégiant le terme « lâcher prise », la langue française ne nous aide pas. Ce n’est pas une exception. Un autre cas est le terme « remise en question », une appellation méprisable (sur laquelle je reviendrai bientôt) pour nommer une attitude remarquable.

En France, nous sommes dans la culture de l’effort et du mérite. « Passe ton bac d’abord », « Fais tes devoirs et tu auras droit au dessert ». L’idée de s’octroyer des plages de « laisser-aller » au milieu de nos travaux déplaît à l’esprit français.

C’est pourquoi les Français sont si peu talentueux pour formuler des objectifs motivants. Parce que, comme je l’ai expliqué (notamment dans mon livre à télécharger gratuitement : “Osez l’écriture !“), un objectif est une récompense. Se fixer un objectif consiste à visualiser la récompense avant de fournir l’effort pour l’atteindre. Mais on ne l’encourage pas chez nous ! Si bien que beaucoup se fixent des objectifs en termes de travaux (faire ceci, se mettre à cela…) ; en s’y prenant ainsi, ils perdent de vue la récompense et l’obtiennent rarement.

Eh bien, je dis non ! Je refuse cet état d’esprit. J’aime la culture française, mais il arrive à toutes les cultures de perdre pied, parfois. C’est donc à nous d’y remédier.

C’est pourquoi, dès que vous parlez d’une pratique délicieuse, je vous conseille de choisir des mots séduisants pour la nommer.

Alors, c’est compris ? Ne lâchez rien ! Quand la prise est bonne, tenez bon ! Et aspirez au laisser-aller !

(1) Vous pouvez trouver “laisser aller” aussi déplaisant que “lâcher prise”. Dans ce cas, quelle expression aimeriez-vous voir et entendre à la place ?

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Photo médicament pour addict
septembre 25th, 2019 par Jérôme Duez

Fédération Addiction rassemble des professionnels qui soignent les victimes de certaines formes d’addiction. Elle a choisi un nom approprié. En revanche, que penser du nom de ce site pour les passionnés de lecture, Livraddict ? Ou de Publi-addict qui propose de monnayer vos données personnelles ? Tapez “addict” dans Google : il y en a des pages ! Petits Pois Addict, Addict Immobilier, Addict Galerie, We are Addict, Guitars Addicts, Coiffure Addict, Data Addict, Loulou Addict… L’addiction n’est plus une maladie, c’est un motif de fierté !

Incontournable, l’addict attitude ?

Rendre addict serait-il devenu une qualité ? En tout cas, c’est vendeur ! Chefs d’entreprises, adoptez la dealer attitude ! Et toi public, toi qui t’avoues volontiers addict à telle série, à ton portable, aux films d’horreur, à ton travail, à tes loisirs, épouse donc la junky attitude !

Remarquez : de tout temps, le vocabulaire choisi pour caractériser nos engouements a suivi une orientation malsaine.

Par exemple,  on dit “j’adooore !!!” ; or, tomber en adoration est une attitude de fanatique frôlant l’hystérie – mais ça nous plaît toujours en 2019 !

Pour ma part, j’avoue être sensible à la notion de “passion”, laquelle est souvent dévorante. Je me dis passionné d’écriture. Ado, je me prétendais “carrément fou” ou “totalement dingue” de cinéma et de littérature.

Un lien existe entre le choix lexical et la vérité profonde qu’il trahit, je ne crois pas au hasard en la matière. Derrière l’addiction, il y a l’idée que nous ne sommes plus maîtres de nous, que nous sommes dépendants à un truc plus fort que nous.

Et il y a l’idée de poison. À petite dose, beaucoup de produits sont des bienfaits, tandis qu’à dose addictive, certains deviennent mortels… D’ailleurs, le mot « mortel » ne sert-il pas à qualifier quelque chose d’excellent ?

Pourquoi pas Addict Formation ?

Si j’avais eu l’audace de baptiser mon activité « Addict Formation », j’aurais été en contradiction avec mon ambition de formateur. Car la formation est une invitation à l’indépendance (une fois que vous avez appris à faire, vous ne dépendez plus de ceux qui savent).

Avant de former les autres, j’ai plaisir à me former moi-même, car cela me hisse vers le haut et je ne m’en lasse pas. Mais cette absence de lassitude ne me domine pas à la manière d’une drogue.

Parfois, au moment où me tombent dessus certaines révélations, je peux sentir une montée d’adrénaline, un certain vertige, comme lorsqu’on atteint un sommet ; mais je n’entame pas une formation dans l’attente de ce type de sensation forte, laquelle ne se produit que trop rarement.

De plus, mon goût pour l’élévation a beau être prononcé, je prends  plaisir à marquer des pauses régulièrement. Parfois, des pauses de plusieurs semaines ! Comprenez qu’il m’est impossible de me hisser 24h/24 !

Se former tout au long de la vie demande des efforts qui ne répondent pas à un besoin compulsif. Il est donc possible d’apprécier, voire d’aimer très fort quelque chose, sans être condamné à l’addiction.

En finir avec l’addict-culture ?

Pourquoi associer des mots toxiques à notre consommation de biens culturels ? Cela traduit-il un désir d’autodestruction par overdose ? Ou une volonté de dénoncer la nocivité de nos loisirs et leur pouvoir d’abrutissement ? Ou un appel au secours, un besoin d’être soigné ? Pour l’heure, je n’ai pas la réponse.

L’addict-culture va-t-elle rester longtemps politiquement correcte ? Ici, j’ose me prononcer : je vous prédis le contraire ! L’addict-attitude a démarré dans les années 80, avec l’ultralibéralisme, la culture du productivisme et du consumérisme. Or, l’époque à changé, l’heure n’est plus à ces excès, nous sommes tournés vers le raisonné.

Si je comprends bien le terme “raisonné”, nous serions tenus d’emprunter la voie de la raison… Pour beaucoup, ce sera une première !

Et j’en entends s’écrier : Super ! Allons-y ! Demain, le monde sera plus sain !

Mais il faut bien l’avouer, nous sommes pauvres en vocabulaire adapté à ce nouveau mouvement. Si l’on nommait nos entreprises Petits Pois Raisonnés, Raison Immobilier, Raison Galerie, We are Reasoned, Guitars Raisonnées, Raison Coiffure, Data Raison ou Loulou Raison, cela sonnerait nettement moins bien qu’avec Addict.

Avez-vous des mots sexy à proposer, pour insuffler de la séduction à une attitude raisonnée ?

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Ces deux articles soulignent le lien entre d’autres expressions toxiques et leurs conséquences sur notre attitude :

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Quand cela devient un tic de langage, l'expression "du coup" matraque l'esprit et entraîne une souffrance.
novembre 13th, 2018 par Jérôme Duez

On dit “du coup” au lieu de dire “donc”, “alors”, “de ce fait” ou, parfois, simplement “et”. Cette sale expression veut battre toutes les locutions !

Certains abusent en la répétant des centaines de fois par jour. Oui, des centaines ! C’est facile à vérifier, ils en balancent plusieurs à la minute.

Entendu ce matin, de la bouche d’un interne à l’hôpital :

« – Il a un saignement des gencives. Du coup, faut faire une radio. Du coup, on ne va pas intervenir tout de suite. Du coup, on devrait s’occuper de l’autre patient, là… Il est toujours à l’accueil ? Non ? Du coup, on fait quoi ?

– Du coup, je ne sais pas », répliqua l’assistante, lui rendant coup pour coup.

Les jeunes sont particulièrement touchés. Et ça gagne les plus vieux. Dans toutes les professions, parmi les plus nobles : journalistes, médecins, profs, politiciens… Comme ils font autorité, ça impressionne et ça se répand. Nous frôlons la pandémie !

Du coup, les conséquences…

Le dire est français. Mais dans un cas seulement : pour parler des conséquences d’un choc. Exemple : « Il s’est mangé des gnons. Du coup, il a la tête comme une pastèque. »

Mais quand l’expression est lancée à tout bout de champ, ce n’est plus du bon français, cela relève du tic et cela trahit un problème.

Comme je l’ai dit dans l’article Pas de problème, hélas si !, il n’y a pas de tic de langage innocent. Chaque tic peut nuire à la personne qui l’emploie.

Dans le cas d’un abus de “du coup”, cela trahit clairement que la victime de ce tic s’en reçoit “plein la gueule”.

On ne dira jamais assez combien la vie est dure, en ce moment. La société ne nous fait pas de cadeaux. Alors… Il faut s’en sortir, à coups de poing, de pied, de ce que vous voulez.

“Du coup” est un signe des temps. Nous ne nous offrons plus le loisir de savourer des liaisons de quatre syllabes, du type “par conséquent”. Faut aller vite, faut du brutal !

(Pourtant, dire “donc” est plus rapide que “du coup”. Mais “donc” manque de caractère dans ce monde de brutes. “Du coup” percute mieux.)

Seulement voilà, répéter “du coup” sans cesse, oui ça fait mal.

Un remède existe

En effet, trop de “du coup” trahit une souffrance. Et c’est un phénomène bien connu : quand on exprime sa souffrance, on en fait porter le poids à l’autre ; mais il ne faut pas croire que l’on s’en déleste pour autant ! Au contraire, la souffrance exprimée devient plus présente, elle occupe l’espace de notre corps et l’espace de parole, et donc, elle pèse plus lourd.

Inversement, dès que l’on perd l’habitude d’exprimer sa souffrance, jusque dans le choix de ses mots, on lui accorde moins de place, donc moins d’importance. Alors, on s’allège.

Vous remarquerez que les personnes qui évoluent dans un environnement violent utilisent un langage brutal, qui ne fait qu’attiser cette violence. Bien sûr, “du coup” est moins violent que les insultes ; mais quand on le dit trop souvent, cela matraque l’esprit.

Je vous conseille de vous modérer dans son emploi. Pour votre confort, pour votre bon développement personnel, et aussi pour votre image.

Ne le prenez pas à la légère. Surveillez la fréquence de vos “du coup”. Et entraînez-vous à varier les plaisirs, en les remplaçant par nos bonnes vieilles locutions :

– ainsi…

– alors…

– en conséquence…

– de ce fait…

– dès lors…

– donc…

– par conséquent…

– en dernier lieu…

– de là…

– en fin de compte…

– enfin…

– finalement…

– il résulte…

– pour cette raison…

– si bien que…

Oui, si bien que vous allez vous rendre la vie plus douce !

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Voici un autre article percutant pour mettre K.O. ce vilain tic ! Pour le lire, cliquez ici 

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Et cet article souligne le lien entre une autre expression toxique et ses conséquences sur notre attitude : L’addict-attitude, toujours d’actualité en 2020 ?

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Résoudre les problème d'écriture pro
avril 11th, 2017 par Jérôme Duez

J’entends souvent des gens dire « pas de souci » ou « pas de problème ». C’est la mode. Ils le disent à la place de « ça marche ! », « c’est ok », « ça sera fait » ou simplement « oui ». S’ils le disent une fois exceptionnellement, ce n’est pas grave. Mais si cela devient un tic de langage, je m’inquiète : ils sont en train de s’auto-hypnotiser dans l’échec. Vous en doutez ? Lisez donc la suite…

Mécanisme de l’échec

Notre subconscient est incapable de comprendre les expressions négatives.

Si je vous demande de ne pas penser à un éléphant – à tout ce que vous voulez mais surtout pas à un éléphant ! –, aussitôt le pachyderme envahit votre esprit.

Et si vous vous donnez l’ordre d’arrêter de fumer (« arrêter » étant un verbe d’action négative), seul le mot « fumer » vous hante et il devient quasiment impossible d’arrêter dans ces conditions. Pour arrêter de fumer, il est préférable de visualiser le résultat séduisant et se dire : « je vais raffermir mon cœur, améliorer mon souffle, etc. ».

Quand « pas de problème » est répété à longueur de temps, seul le mot « problème problème problème » s’inscrit dans le cerveau, façon méthode Coué.

Quand je passe une commande au café et que le serveur me répond « pas de problème », je prévois un contretemps, un café froid ou une bière éventée… ce qui ne manque pas d’arriver. Je renvoie alors ma commande – à condition de ne pas être pressé…

Pas plus tard que la semaine dernière, au téléphone, je demande à une standardiste de me passer Untel. « Pas de problème ! », dit-elle ; et je tombe sur la tonalité occupée, comme si elle venait de raccrocher.

C’est quasiment systématique, cet affreux tic de langage produit le contraire de ce qu’il annonce !

Prévenir ou guérir ?

Un ami provocateur prend plaisir à violenter la personne qui laisse échapper un « pas de problème ». Il réplique avec un soupçon d’agressivité : « Pourquoi parlez-vous d’un problème ? Vous voyez un problème ? Oubliez ce que je vous ai demandé, je ne veux pas de problèmes ! »

Il est persuadé de vacciner l’autre de cette façon. Il a peut-être raison… Moi, je ne dis rien… jusqu’à ce que le problème survienne. Car c’est un fait : il survient très souvent.

Vérifiez par vous-même et dites-m’en des nouvelles. Que vous est-il arrivé la dernière fois que quelqu’un vous a annoncé une absence de problème ? Et avez-vous un truc pour remédier à la situation ?

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Ces deux articles soulignent le lien entre d’autres expressions toxiques et leurs conséquences sur notre attitude :

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