Cessons de nous remettre en question !

Cessez de vous remettre en question

« Remise en question », encore un terme affreux pour nommer un acte magnifique ! En communication, tout est signifiant. Alors, pourquoi attribuer un terme désagréable à une si belle initiative ? Avant de répondre à cette question, arrêtons-nous sur ce fameux processus de la remise en question.

Un signe d’évolution

Je me souviens de mes premières BD d’enfant. Je les adorais et je me promettais de les garder toujours avec moi. Mais un jour, je me suis passionné pour les revues de cinéma et les disques 33 tours, et il a fallu faire de la place pour les accueillir dans mon armoire. Alors j’ai donné mes BD au petit frère d’un ami.

Ce fut un jour à la fois triste et valorisant. Je faisais le deuil de mes BD et d’une partie de ma vie, mais j’étais fier d’entamer un nouveau cycle. Mes parents me félicitaient pour ce changement. Ils disaient « tu es en train de devenir un grand garçon », c’était flatteur.

Enfant, on croit qu’on restera fidèle à ce qu’on aime. Sur ce point comme sur bien d’autres, on se trompe. À chaque étape de la croissance, ce ne sont pas que les objets que l’on remplace, ce sont les opinions, les croyances, les styles de défense, les attitudes… Tout change, comme notre corps se transforme.

En bref, nous évoluons, nous progressons, nous grandissons. J’aime ces mots-là pour parler des multiples mutations de notre vie.

Cela ne cesse jamais. En prenant de l’âge, les changements continuent. Nous changeons de métier, de manières de penser et d’agir. Nous tirons de nouvelles leçons de la vie, notre corps continue à nous transmettre de nouveaux messages, et nous nous adaptons au monde qui change autant que nous-mêmes.

Mais, alors que les transformations de l’enfant sont jugées positives et sont encouragées, celles de l’adulte sont accueillies avec froideur. On cesse d’en parler en termes d’évolution ; à la place, on évoque une série de « remises en question ».

« Remise en question », un terme peu vendeur

D’un point de vue com’, « remise en question », c’est lamentable ! Penchons-nous sur les mots. Remise. Question… Il me vient des images d’enfermement, de tortures, de torsions…

Parlez de remise en question à un entêté, il se sent insulté. Comme s’il entendait l’accusation : « Tu te poses les questions à l’envers, tu es totalement désorienté, tu dois tout remettre droit ! »

Au bout du compte, moi, en entendant « remise en question », j’ai bien envie d’envoyer valdinguer la question au fond de la remise !

Ceux qui ont la chance de se remettre en question le savent : c’est un moment d’expérience pure et lumineuse ! C’est le moment où nous portons un nouvel éclairage sur des choses qui nous sont vitales, et où nous trouvons le moyen de progresser. Quelle réussite !

Une action antisociale

Dans un précédent article, je disais tout le mal que je pensais du terme « lâcher-prise ». L’acte a un point commun avec la « remise en question » : les deux sont des initiatives individuelles épanouissantes. Dans la pratique, les deux sont liés : une remise en question suppose l’abandon d’anciennes habitudes et un passage à vide, qu’il convient d’accueillir sans résistance et avec curiosité, car nous savons qu’ensuite, notre inspiration nous enverra de nouveaux messages constructifs. C’est du développement Personnel avec un P majuscule. Alors, pourquoi leur donner des noms aussi peu stimulants ?

Je soupçonne la réponse. Le « lâcher-prise » et la « remise en question », apparaissent comme des attitudes anticonformistes. Cela consiste à prendre du recul, à cesser de suivre le troupeau et les habitudes, à cesser d’écouter l’opinion publique pour, à la place, s’ouvrir à soi-même et n’écouter que soi. Forcément, c’est une phase de retrait et d’isolement. À ces moments-là, nous n’y sommes plus pour personne. Serait-ce perçu comme dangereux par la collectivité ? Une attitude socialement indésirable ?

Si c’est le cas, je m’insurge. Et je milite pour valoriser ces belles expériences et pour imposer d’autres expressions, afin de donner envie d’évoluer toujours.

Alors aujourd’hui, je vous demande : à la place de la dissuasive « remise en question » quelle expression plus sexy vous vient à l’esprit ?

décembre 12th, 2019 par