Etes-vous prêt.e à respecter la parité entre les sexes ?

Depuis le 28 mars, Paris donne l’exemple en matière de respect de la parité : le Conseil de Paris impose au réseau municipal d’affichage de la capitale de ne placarder aucune publicité sexiste ou discriminatoire.

J’en suis heureux et j’espère que cela sera suivi d’effets à une vaste échelle.

Quant à suivre cet exemple au quotidien, comment allons-nous nous exprimer pour ne trahir aucun sexisme ? Qu’allons-nous devoir changer à notre style ?

Car c’est sûr, en matière d’expression écrite et orale, le respect de la parité homme femme impose des petits changements. Oh, pas bien méchants, vous verrez. Sauf que, comme tous les changements, ceux-ci vont faire grimacer certains.

Je vais vous les énoncer tels qu’ils sont préconisés par les institutions. Mais vous verrez que je m’octroie quelques libertés et que je vous invite à faire de même.

Le français, langue genrée

Les Français.es doivent particulièrement veiller à ce respect de la parité, car le français est une langue genrée.

Genré, qu’est-ce que c’est ? L’hebdo N°1 du 8 mars 2017 publie une intéressante interview de Marie Darrieussecq. L’auteur de « Truismes » explique le phénomène :

« En Angleterre, je me souviens moins souvent que je suis une femme. Quand je dis I am happy, ce n’est pas je suis heureuse. Le français m’oblige à me souvenir en permanence que je suis une femme. Ce n’est pas rien. Les langues espagnole ou française m’obligent à être genrée. Je suis persuadée que cela a un effet sur le cerveau, sur la façon d’être. »

Or, pour éviter tout sexisme en français, il convient de rappeler les genres dans les phrases.

Rappelons qu’en français, un mot n’est jamais neutre. Il est soit féminin, soit masculin. Par conséquent, quand on dit « les Français » en sous-entendant que cela inclut les femmes, on est sexiste. Quand on néglige le genre féminin pour ne pas alourdir la phrase, on l’est doublement !

Cela ne réglera pas les affaires de Marie Darrieussecq. Quoi que l’on fasse, le français ne nous laissera pas oublier notre genre. Or, du genré au sexiste, il n’y a qu’un pas. Nous serons toujours à la lisière de la ligne à ne pas franchir.

La nouvelle linguistique parviendra-t-elle à nous en éloigner ?

Des points à la place de parenthèses

Que pensez-vous du passage suivant ?

« Les rédacteur.rice.s auxquel.le.s s’adresse ce texte, respectueux.ses des nouvelles règles linguistiques seront les acteur.rice.s essentiel.le.s  de la parité entre les sexes. Elles.ils seront etc. »

Ça fait bizarre, non ?

Avant, j’avais l’habitude d’écrire « rédacteurs(trices) », « respectueux(ses) » ou « essentiel(le)s ». À présent ce sont des points…

Eh bien, à la réflexion, je trouve ça mieux ! C’est totalement subjectif, je sais, mais d’un point de vue esthétique, je trouve que les parenthèses créent des obstacles, tandis que les points égalisent.

Quoi que vous en pensiez, c’est ainsi que les acteurs des services publics sont tenus de rédiger, à présent. Moi-même, je me suis mis à pratiquer ce mode de présentation (mais parfois j’oublie, comme dans la phrase précédente).

On va s’habituer à le voir sur les affiches. Cela va s’étendre.

L’important est de ne pas en abuser. Un texte truffé de points est indigeste. Il est important de varier les procédés. Par exemple, quand on peut écrire « celles et ceux », on évite d’écrire « celles.ceux ».

Les nouvelles règles de bienséance

Voici un ensemble de règles qui devraient permettre d’éviter toute bévue.

Elles sont tirées du « guide pratique pour une communication publique sans stéréotype de sexe » (nov 2015), publié par le Haut conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes (que vous pouvez télécharger ici). C’est parti :

Bannir les stéréotypes de sexe, du type « les femmes sont douces, les hommes sont doués d’autorité ». Il est facile de comprendre pourquoi : ces affirmations sonnent comme des certitudes alors qu’elles sont discutables.

Oublier les expressions désuètes, telles que, mademoiselle, nom de jeune fille, nom d’épouse, chef de famille

Parler « des femmes » plutôt que « de la femme » et des « droits humains » plutôt que des « droits de l’Homme ». Ainsi, la « journée de la femme » devient la « journée du droit des femmes » ; et la « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen » devient la « Déclaration des droits humains des citoyennes et des citoyens ».

Dans un document, faire référence à un partage équilibré de femmes et d’hommes, dans les textes aussi bien que dans les illustrations.

Dans lesdites illustrations, éviter les couleurs douces pour les femmes et sombres pour les hommes.

Doit-on dire « les hommes et les femmes » ou « les femmes et les hommes » ? Le deuxième cas est privilégié, car il convient de respecter l’ordre alphabétique dans les énumérations. La galanterie n’y est pour rien. D’ailleurs, en matière de parité, la galanterie n’est pas encouragée, elle pourrait semer la confusion…

Par conséquent, nous écrirons les « formateur.rice.s » « travailleur.euse.s » et « elles.ils ».

En revanche, il n’y a pas encore de règle établie, concernant l’accord de l’adjectif avec le masculin et le féminin associés.

Écrit-on « les femmes et les hommes sont beaux » ou « belles » ?  Cela continue à faire débat. Certains préconisent d’accorder en fonction du nombre, ce qui donne : « ces femmes et cet homme sont belles » ; cela sonne aussi bizarrement que « ces hommes et cette femme sont beaux »… Personnellement, je m’arrangerais pour écrire « tout le monde est beau ! »

Et vous, quelle forme d’accord vous met d’accord ?

Quelques libertés à prendre

Ces règles ne sont pas à suivre au pied de la lettre. Vous allez les adapter aux contextes rencontrés. Car il n’y a pas de règle absolue quand vous vous adressez à une personne en particulier ou à un groupe, étant donné que chacun est sensible à un type de formule.

Pour le moment, ces règles sont peu respectées dans le langage courant.

Dans les médias, des femmes et des hommes disent encore « les droits de l’Homme » et « la journée de la femme ».

Aux élections présidentielles qui se déroulent pendant que j’écris ce billet, des candidat.e.s disent « les Français », sans ajouter « les Françaises ».

Et tout le monde dit « la parité homme femme » plutôt que « la parité femme homme ».

Dans notre société en perpétuelle transformation, de nouvelles règles et de nouveaux modes d’emploi, il y en a plein ! Même avec la meilleure volonté, on ne peut pas les connaître tous. Alors, on prend ceci, on laisse cela…

Mon conseil, à vous mesdames et messieurs, c’est que vous sachiez faire preuve de respect et de civilité. Cela aidera toujours à pallier les écarts de conduite, souvent avec succès !

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avril 27th, 2017 par