Obsolescence programmée de nos pratiques ?

Obsolescence programmée de nos pratiques ?

Comme nous le savons, nos instruments électriques et électroniques ont été conçus pour tomber en panne assez rapidement, suivant des protocoles d’obsolescence programmée.

Il semble que le phénomène s’étende à l’ensemble de nos pratiques. En effet, à peine avons-nous appris à maîtriser un outil ou une application, un mode de pensée ou de communication, voilà qu’on nous dit que c’est désuet, et qu’il convient de se tourner vers la nouveauté… Vraiment ?

Obsolescence programmée du PowerPoint ?

Il paraît que PowerPoint, ce sera bientôt du passé. D’autres moyens d’accompagner le discours le remplaceront, plus souples que cet enchaînement de slides qui cloisonnerait la pensée.

Entre autres nouveautés : Prezi (mind map animée et zoomable, intégrant du texte, de l’image et de la vidéo) et TED (on parle sans filet, sans images, avec son seul charisme pour tout support)… jusqu’à ce que le public s’en lasse. Parce le public est encouragé à se lasser de tout.

Il est vrai que PowerPoint est limitatif, peu favorable aux échanges. Mais j’en connais qui l’utilisent avec brio. Au prétexte que l’outil est jugé ridicule à présent, vont-ils perdre un temps fou à se familiariser avec autre chose ?

Sont-ils obligés d’en passer par cette remise en question ?

Obsolescence programmée du smartphoning ?

L’autruche ne plongerait plus la tête dans le sable, mais dans son smartphone.

Des services de désintoxication aux outils numériques émergent et tirent le signal d’alarme : « Le trop-plein d’applis dans vos smartphones est une drogue dure ! »

Bientôt, grâce à l’action de ces bienfaiteurs qui réapprennent aux utilisateurs à observer un rapport sain aux outils numériques, ceux qui marchent courbés sur leur écran seront montrés du doigt comme des curiosités.

Mais, est-ce à dire que les applis cesseront d’être inventées ?

Obsolescence programmée de l’e-mail ?

Nous déplorons les mauvaises pratiques du courriel qui ruinent le quotidien des cadres.

Trop d’e-mails reçus (des centaines par jour dans les grandes entreprises), trop peu d’ouverts, trop de copies jointes, des messages écrits trop vite et non relus, l’oubli des formules de politesse… Le tout générant des conflits…

…Je développe ce sujet ici.

Bientôt, le principe de réactivité immédiate dans les échanges de courriels sera condamné. Mais le courriel disparaîtra-t-il ?

Obsolescence programmée du marteau ?

Le nouveau supplante-t-il toujours l’ancien ? L’image au détriment de l’écrit ? La télé au détriment du ciné ? Le numérique au détriment du papier ? L’auto au détriment du vélo ? Bataille d’outils…

Il est étrange, ce débat-là. A priori, tous les outils et les supports sont intéressants. Et quand un outil est bon, il disparaissait rarement.

Est-ce qu’un bricoleur remet en question l’invention du marteau ? Non, il apprend à s’en servir sans se taper sur les doigts. Et à condition d’en avoir besoin. Nous devrions suivre ce même raisonnement concernant tous les outils.

Gloire aux bonnes pratiques ! 

Nous sommes d’infatigables pionniers, tantôt effrayés, tantôt émerveillés devant la nouveauté. Pensez, en 50 ans à peine, le monde est passé du train à vapeur au TGV, de la plume Sergent Major à l’ordinateur, de l’opératrice téléphonique au smartphone…

C’est vertigineux et cela permet de comprendre que certains jours, on se sente largué.

L’enchaînement des outils à une vitesse effrénée tend à nous faire perdre de vue l’essentiel : l’acquisition et la valorisation des bonnes pratiques.

L’outil empoisonne la vie quand son utilisateur s’en sert mal. Il empoisonne l’entreprise quand il n’y a pas eu de concertation en son sein sur la manière d’en faire usage.

Les bonnes pratiques n’ont pas à devenir obsolètes. Elles témoignent d’une expertise. Tandis que les outils adoptés sans réflexion cristallisent les abus et les aliénations. Par conséquent, un appel à la modération et à la formation s’impose, mais pas au remplacement et à la disparition.

Vu que la société tend à généraliser le principe d’obsolescence à l’ensemble de nos habitudes et qu’il n’est pas question de nous laisser faire, je propose que l’on n’oublie pas de se raccrocher aux questions fondamentales du type : « Ai-je besoin de monter dans ce train-là ? », « Dois-je manger de ce pain-là ? », « Cette chose-là contribue-t-elle à mon mieux vivre ? ».

N’oublions pas d’interroger nos désirs et nos intérêts. Et affirmons durablement nos choix, par l’exemplarité de nos bonnes pratiques !

décembre 18th, 2017 par