Tournez le dos aux contraintes scolaires

Les écrits professionnels n’ont rien à voir avec l’écriture scolaire. Parce que le milieu professionnel est un autre monde, beaucoup plus confortable que l’école et le collège.

La rédaction et la dissertation sont les seules épreuves scolaires qui demandent de montrer un savoir-faire technique, tout en exprimant un propos qui sort de nous. La note sur 20 porte à la fois sur la forme et sur le fond. En cas de mauvaise note, les conséquences sont souvent blessantes et dans l’esprit de l’élève, c’est son propos – une part de lui-même – qui a été rejeté.

Heureusement, nous ne sommes plus à l’école ! Voici trois exemples démontrant l’écart immense entre la rudesse de l’écriture en milieu scolaire et le confort de l’écriture en milieu professionnel :

Le problème du grand style

À l’école, pour faire connaissance avec l’écriture, nous avons reçu des dictées souvent extraites de textes de grands auteurs. Nous avons écrit des mots inconnus, des phrases aux tournures compliquées et intimidantes. Avec les récitations c’était pareil, nous avons dû apprendre des textes d’une perfection littéraire inaccessible. Donc, pour beaucoup, la découverte de la littérature a provoqué un complexe d’infériorité quasi insurmontable ; et écrire est devenu synonyme d’écrire avec style.

Les écrits professionnels sont le contraire de la littérature, dans le sens où ils doivent être dépourvus d’effets de style. Pourtant, nombre d’entre vous qui êtes restés sur une idée fausse de la « maîtrise de l’écriture » passent trop de temps à soigner le style. Or, l’attente du lecteur se situe ailleurs, au niveau du plan. Autrement dit, le lecteur attend certaines informations, présentées dans un ordre précis.

Le problème de devoir se montrer

En classe de 6ème, pour nos premiers devoirs de rédaction, le prof nous donnait comme sujet : « Racontez vos vacances » ou « Racontez vos week-ends ». Les sujets touchaient donc à l’intimité. Pour peu que notre rédaction ait été exemplaire par son excellence ou par sa médiocrité, elle était lue à la classe, ce qui nous valait des plaisanteries des copains sur notre façon d’occuper nos loisirs. Certaines personnes ne se sont pas remises de ce genre d’épisode et pour elles, écrire est une violente mise à nue.

Dans le contexte professionnel, nous nous exprimons rarement pour raconter notre vie ou pour donner un point de vue intime. Nous nous exprimons principalement pour mentionner deux choses : les faits et notre analyse des faits. Notre objectivité est de rigueur. Notre personnalité apparaît dans le choix, la pertinence et la clarté de nos informations, non dans leur interprétation. Et notre analyse repose surtout sur notre expérience professionnelle et sur notre expertise. Ceci est une certitude : la violation de la sphère privée n’a aucune légitimité dans la sphère professionnelle.

Le problème de la page blanche

Les jours de composition écrite en classe, nous commencions par sortir du papier, puis nous notions en haut d’une feuille le sujet de la rédaction ou de la dissertation que le (la) prof nous dictait et enfin, nous réfléchissions devant une feuille blanche.

Dans le contexte professionnel, réfléchir face à une feuille ou allumer l’ordinateur avant de savoir ce que nous allons écrire est un geste aussi absurde que celui consistant à saisir son téléphone avant de savoir quoi dire. Pour une raison simple : écrire à l’école, c’était pour apprendre à écrire, alors qu’écrire en milieu professionnel, c’est de l’action pure ! Et toute action se fait en deux temps : 1 – nous pensons ; 2 – nous agissons.

Pourtant, trop de monde conserve la feuille pour réfléchir ; si ce geste convient à certains, à d’autres il crée la fameuse angoisse de la page blanche.

Écrire c’est agir

Pour mener à bien la phase préparatoire de réflexion, il convient à certains de prendre des notes de façon classique, tandis que d’autres ont besoin de tracer des mind maps (que nous verrons plus loin), d’autres préfèrent marcher ou gribouiller de petits dessins, parler au dictaphone ou rester tranquilles à ne rien faire d’apparent. Si bien qu’au moment de sortir la feuille, les idées sont déjà en place et l’angoisse de la page blanche n’existe plus.

Pour beaucoup, le mot rédaction évoque le collège ou la littérature. Ces associations d’idées n’ont pas de sens dans un contexte professionnel, où écrire est exclusivement une action, au même titre que prendre son téléphone.

(Ce texte est un extrait du manuel « Osez l’écriture ! », en téléchargement gratuit sur cette page. S’il vous a plu, partagez-le !)

mai 9th, 2017 par