« Du coup », oui ça fait mal !

l'expression "du coup"

« Du coup » cherche à battre toutes les locutions ! On dit « du coup » au lieu de dire « donc », « alors », « de ce fait » ou, parfois, simplement « et ».

Certains abusent en le répétant des centaines de fois par jour. Oui, des centaines ! C’est facile à vérifier, ils balancent plusieurs « du coup » à la minute.

Entendu ce matin, de la bouche d’un interne à l’hôpital :

« – Il a un saignement des gencives. Du coup, faut faire une radio. Du coup, on ne va pas intervenir tout de suite. Du coup, on devrait s’occuper de l’autre patient, là… Du coup, je me souviens plus son nom… Il est toujours à l’accueil ? Non ? Du coup, on fait quoi ?

– Du coup, je ne sais pas », répliqua l’assistante, lui rendant coup pour coup.

Les jeunes sont particulièrement touchés. Et ça gagne les plus vieux. Dans toutes les professions, parmi les plus nobles : journalistes, médecins, profs, politiciens… Comme ils font autorité, ça impressionne et ça se répand. Nous frôlons la pandémie !

Du coup, les conséquences…

« Du coup » est français. Mais dans un cas seulement : pour parler des conséquences d’un choc. Exemple : « Il s’est mangé des gnons. Du coup, il a la tête comme une pastèque. »

Mais quand « du coup » est lancé à tout bout de champ, ce n’est plus du bon français, cela relève du tic et cela trahit un problème.

Comme je l’ai dit dans l’article Pas de problème, hélas si !, il n’y a pas de tic de langage innocent. Chaque tic peut nuire à la personne qui l’emploie.

Dans le cas d’un abus de « du coup », cela trahit clairement que la victime de ce tic s’en reçoit « plein la gueule ».

On ne dira jamais assez combien la vie est dure, en ce moment. La société ne nous fait pas de cadeaux. Du coup… Il faut s’en sortir, à coups de poing, de pied, de ce que vous voulez.

« Du coup » est un signe des temps. Nous ne nous offrons plus le loisir de savourer des liaisons de quatre syllabes, du type « par conséquent ». Faut aller vite, faut du brutal !

(Pourtant, dire « donc » est plus rapide que « du coup ». Mais « donc » manque de caractère dans ce monde de brutes. « Du coup » percute mieux.)

Seulement voilà, répéter « du coup » sans cesse, oui ça fait mal.

Du coup, un remède existe

En effet, trop de « du coup » trahissent une souffrance. Et c’est un phénomène bien connu : quand on exprime sa souffrance, on en fait porter le poids à l’autre ; mais il ne faut pas croire que l’on s’en déleste pour autant ! Au contraire, la souffrance exprimée devient plus présente, elle occupe l’espace de notre corps et l’espace de parole, et donc, elle pèse plus lourd.

Inversement, dès que l’on perd l’habitude d’exprimer sa souffrance, jusque dans le choix de ses mots, on lui accorde moins de place, donc moins d’importance. Alors, on s’allège.

Vous remarquerez que les personnes qui évoluent dans un environnement violent utilisent un langage brutal, qui ne fait qu’attiser cette violence. Bien sûr, « du coup » est moins violent que les insultes ; mais quand « du coup » est trop souvent prononcé, cela matraque l’esprit.

Je vous conseille de vous modérer dans son emploi. Pour votre confort, pour votre bon développement personnel, et aussi pour votre image.

Ne le prenez pas à la légère. Surveillez la fréquence de vos « du coup ». Et entraînez-vous à varier les plaisirs, en les remplaçant par nos bonnes vieilles locutions :

– ainsi…

– alors…

– en conséquence…

– de ce fait…

– dès lors…

– donc…

– par conséquent…

– en dernier lieu…

– de là…

– en fin de compte…

– enfin…

– finalement…

– il résulte…

– pour cette raison…

– si bien que…

Oui, si bien que vous allez vous rendre la vie plus douce !

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Voici un autre article percutant pour mettre K.O. ce vilain tic ! Pour le lire, cliquez ici 

novembre 13th, 2018 par