Catégorie Interview

Bloguer avec Mehdi de BlogBooster
octobre 24th, 2017 par JérômeDuez

La tagline du site est limpide et directe : BlogBooster booste le trafic de ton blog, simplement.

Mehdi, l’auteur de BlogBooster, a l’âme d’un leader. Quand il montre la direction, vous avez envie de le suivre. Son style a la pêche et il vous l’insuffle ! Ses conseils sont concis et avisés, vous voulez les mettre en pratique, tout de suite, sans perdre une minute !

Le phénomène est suffisamment rare pour être signalé : BlogBooster mérite le détour !

Comme vous allez le voir dans l’interview qui suit, l’enthousiasme de Mehdi à communiquer ses connaissances est nourri par l’ambition de défendre une noble cause. Et je me mets à rêver d’une nouvelle société, pour très bientôt, initiée par une nouvelle génération de blogueurs inspirés… Qui sait ?

Parlez-nous de vous et de BlogBooster, comme vous en avez envie.

Je déteste l’injustice. Et notre monde est profondément injuste. 

Je pense que le meilleur moyen de moins subir l’injustice c’est de créer un monde dans lequel on joue avec nos propres règles. La meilleure solution à mes yeux est la création d’un business et la génération d’un revenu par ses propres moyens.

Et on vit dans une ère ou ça sera de plus en plus simple et moins cher, il faut en profiter 😉

(L’autre solution est de vivre dans la forêt, mais j’aime trop le confort je dois l’admettre 🙂 )

Mon rêve ultime étant d’avoir assez d’argent (ou de super-pouvoirs) pour abolir l’injustice dans le monde. 

Parfois je me demande comment je réagirais si j’avais cet argent / ce pouvoir, justement. Je pense sincèrement que j’atteindrai mon objectif et que je resterai un chic type ahah 🙂

Quel âge a BlogBooster ?

L’idée de BlogBooster a 2 ans, mais le blog lui n’a que 10 mois. D’ailleurs, j’ai commencé à bloguer environ 1 an après avoir acheté le nom de domaine…

Quand j’y pense j’ai honte, j’aurais dû commencer directement y’a 2 ans.

Je pense qu’on attend trop. Tout le temps. On fait des plans à 10 ans. Je suis justement en train de lire « Tools of Titans » de Tim Ferriss, et il a interviewé un célèbre entrepreneur (j’ai oublié lequel) qui lui pose cette question : « Si tu avais le couteau sous la gorge et que tu devais le faire dans les 3 prochains mois, comment ferais-tu ? »

J’aime cette question. Elle pousse à penser différemment.

Souvent on attend d’être prêt, par exemple. Alors qu’on n’est jamais vraiment prêt. Il vaut mieux se lancer vite, pour apprendre et progresser vite.

Avez-vous créé d’autres blogs avant ?

Avant BlogBooster j’ai créé 2 blogs, des échecs totaux.

– un premier blog sur les jeux mobiles (ma passion à l’époque)

– un blog sur le webmarketing. J’ai appris énormément avec celui-là notamment, ce qui m’a permis de beaucoup mieux lancer BlogBooster.

Mes 2 principales erreurs je dirais : 

1/ bloguer dans mon coin sans parler à personne. Aucun autre blogueur de ma thématique.

2/ ne pas assumer ma différence. J’écrivais comme un bourgeois du moyen-âge et ça sonnait faux. Je ne prenais aucun plaisir.

Avant de devenir blogueur, quel était votre rapport à l’écriture ?

Je pensais que c’était un don réservé à une élite. Comme le dessin.

(Si ça se trouve, je peux aussi apprendre à dessiner ?!)

Du coup, j’avais vraiment l’impression d’être nul et que personne n’aurait jamais envie de me lire.

 

Quel a été le cheminement pour arriver à vous sentir bien dans vos écrits ? Est-ce que cela ressemble à une pente douce et progressive, ou à une série chaotique de hauts et de bas ?

Quand j’ai lancé BlogBooster j’ai craqué j’me suis dit : ok ça passe ou ça casse mais je vais écrire exactement comme je parle. 

J’ai eu très peur de publier mon 1er article avec ce ton. Cette voix.

Je me disais qu’on allait m’insulter dans les commentaires, me traiter d’illettré.

Je fais très peu de fautes de français à l’écrit (même si j’en fais plus qu’avant à cause de whatsapp), mais à l’oral c’est une catastrophe.

J’ai mon langage, je parle vite et j’invente des mots tous les 2 jours.

Je veux communiquer vite.

L’extase pour moi c’est quand un ami me comprend en un regard. Quel gain de temps et d’énergie.

Me lancer comme ça sans réfléchir, relâcher la pression, lâcher prise.

C’est ce qui m’a fait me sentir bien dans mes écrits.

Ensuite, j’ai demandé conseil à d’autres blogueurs et proches. Et finalement, j’ai lissé mes textes pour les rendre plus lisibles.

C’est ce chemin qui a été progressif. 

Passer de : écrire n’importe comment, avec des contractions partout. 

à : trouver le juste milieu entre style, ton et lisibilité.

J’ai encore beaucoup à apprendre.

Y a-t-il eu un déclic, grâce à une rencontre, un livre, ou autre chose ? 

Le déclic c’était un ras le bol d’avoir peur de m’exposer, de me mettre à nu. 

C’est ça qui m’a fait sauter le pas d’écrire comme je parle.

Ensuite, les lectures m’ont énormément aidé. Notamment à comprendre qu’on peut s’améliorer. Qu’il y a des méthodes, des techniques, des astuces. 

Rien que de le savoir, ça motive pour s’y mettre.

Le livre qui m’a vraiment donné goût à l’écriture : Made to Stick

Il explique tellement simplement comment communiquer, faire passer des idées, et les ancrer dans l’esprit des gens.

 

Quels conseils donneriez-vous aux personnes qui ont un « bas niveau » en écriture et qui veulent devenir blogueurs ?

Apprenez à écrire. C’est pas négociable.

Ayez un niveau minimum. Il y a beaucoup trop de concurrence aujourd’hui pour pouvoir faire l’impasse sur l’écriture.

En 1 mois de lecture et d’entraînement, vous aurez un niveau convenable.

Je conseille ce super blog qui m’a beaucoup aidé et duquel j’ai repris des idées dans mes articles : https://www.enchantingmarketing.com/

Lisez, et écrivez. 

Demandez toujours un avis extérieur honnête. 

Si vos proches sont étonnés et vous disent : « euh, c’est toi qui as réussi à écrire ça ? ». 

Vous tenez un truc.

 

Dans le site BlogBooster, je vois un onglet qui m’intrigue, en haut de la page : « Changer le monde »…Sérieux ?

Ahah, c’est mon rêve fou.

Je crois sincèrement qu’un changement a déjà eu lieu. Et qu’il va s’accélérer.

Les gens ont changé. Ils ont les outils maintenant pour changer le monde. Au fond, les « petites gens » en ont toujours eu envie, mais ils n’ont jamais eu le pouvoir.

Avec les réseaux sociaux, de grandes choses arrivent déjà (voir l’exemple de Jérôme Jarre sur mon blog). Et ça va continuer.

Les gens sont moins égoïstes, plus conscients. Les échecs du capitalisme ont marqué une génération. Cette génération qui ne voit plus le monde pareil. Et qui a le pouvoir de le changer.

J’ai envie de participer à ce mouvement. Aider ceux qui le veulent à vivre de leurs idées et à les propager. Les aider à créer leur propre monde. Grâce à leur business en ligne. 

Sortir de la prison des esprits que peut représenter la société parfois.

Pour qu’ils réalisent de grandes choses.

(Propos recueillis par correspondance, le 1er août 2017)

Ce billet vous a plu ? Alors, partagez ou… Si vous aimez ce billet, faites un geste !

Et lisez cette autre interview passionnante d’une blogueuse professionnelle, en cliquant ici.

Publié dans Conseil, Ecrire sur le Net, Interview Marqué avec : , , ,

le blog de la contentologue
septembre 28th, 2017 par JérômeDuez

La contentologue vous aide à créer un blog qui vous rapportera de l’argent. Elle n’est pas la seule, me direz-vous. Oui, mais contentologue.com se distingue aisément de la masse des blogs, par son style.

Je vous invite à visiter l’univers de la Contentologue. Car il s’agit bien de cela, d’un univers particulier. Dès la page d’accueil, vous sentez que Sophie Gauthier, la propriétaire des lieux, a pris soin d’aménager son blog comme d’autres leur appartement.

Ses phrases, elle les tourne comme on sert le thé, pleine d’égards pour ses hôtes. Ses illustrations participent à sa marque de fabrique. Vous reconnaîtrez ses pages entre mille.

Pour employer un terme réservé aux auteurs, Sophie Gauthier a une patte ! Je dirais : une patte féline, toutes griffes dedans, câline et joueuse, mais qui sait vous tenir fermement pour que vous appliquiez ses leçons.

Vous êtes là pour apprendre des choses, et la Contentologue met tout en œuvre pour que l’expérience soit joyeuse et stimulante.

Quand vous la lisez, vous sentez qu’elle est totalement impliquée dans son sujet ! Et l’interview qui suit le confirme.

Nous nous sommes entretenus par un splendide après-midi de septembre. Sophie Gauthier a eu la gentillesse de m’accueillir dans ses quartiers d’automne, son endroit de prédilection pour écrire. J’y ai passé une fin de journée inoubliable.

 

Où sommes-nous ?

Nous sommes installés sur la terrasse en bois de mon immense maison traditionnelle, que j’ai fait construire dans la campagne japonaise. Nous buvons un thé à l’orge grillé, en contemplant les érables que l’automne commence à faire rougir. Leurs ombres s’étirent jusque sur la falaise, qui surplombe la forêt millénaire. Là, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté. Oh, notre bonne vieille Mikoto nous apporte le dîner. Chouette, des sushis !

 

Vous êtes passée de chef d’entreprise à blogueuse… Comment s’est faite la transition ? Avez-vous préparé Contentologue.com comme on crée une entreprise ?

Contentologue est une entreprise. Blogueur a d’ailleurs obtenu un code NAF. Je suis donc passée de chef d’entreprise à chef d’entreprise. (Rires.)

Considérer un blog pro comme un projet « à part », qui ne serait pas une véritable entreprise, est à mon avis la pire erreur que commettent beaucoup de blogueurs.

Et qu’est-ce qu’une entreprise ? Est-ce la législation qui la définit ou l’énergie qu’on y met ? Est-ce que le youtubeur Norman voyait ses vidéos comme une entreprise ? Peu importe au final.

Cela soulève une question philosophique : Doit-on partir de l’envie ou de la nécessité de gagner sa vie ? L’idéal est de cumuler les deux, je pense. Aujourd’hui, j’ai des tonnes d’envies et de passions, et je considère certaines d’entre elles comme génératrices de revenus.

Je dirais que dans un projet professionnel, on devrait s’amuser intensément et avec grand sérieux.

 

Vous avez dirigé une équipe de rédacteurs… Je connais des entrepreneurs qui rêvent de créer un blog et de déléguer la rédaction de tous les billets à un rédacteur professionnel. Les conseillez-vous de se lancer dans cette voie ? 

Je ne déléguerai jamais mon blog à qui que ce soit, car cette entreprise est construite autour de ma personnalité. Les gens viennent sur Contentologue pour me lire moi, ce que je pense, ce que j’ai à leur apprendre, et la manière personnelle dont je vais le faire.

Lorsque je dirigeais l’équipe de rédacteurs, c’était pour des articles orientés SEO. Descriptions de produits, communiqués de presse, descriptions d’annuaires. La grande époque pré-pinguin. J’étais très liée à la communauté SEO black hat, et je pourvoyais en textes formatés selon la technique du content-spinning (Google est ton ami).

Tout était automatisé. De l’embauche de rédacteurs ultra compétents à la livraison au client. J’avais fini par ne plus travailler que 2h par semaine. Mais tout ça a nécessité une énorme préparation derrière, pendant laquelle je n’ai pas compté mes heures. Je ne pourrais plus faire ça aujourd’hui, car ça ne me passionne plus du tout. Je n’aurais pas l’énergie pour rebâtir un tel process.

Je conseille à tout le monde de se lancer avec passion et démesure dans n’importe quel projet qui lui plaît. Il faut tout de même vérifier s’il y a un marché. 5 onces de liberté et 1 dose de pragmatisme.

 

Quel est votre rapport à l’écriture ? Je devine que vous avez fait de hautes études… Alors j’ai tendance à imaginer qu’écrire a toujours été facile pour vous. J’ai raison ?

Oh là là, j’ai au moins 4 doctorats ! Non, je plaisante, j’ai juste une licence de Japonais, que j’ai faite par passion, sans véritable but professionnel. Je ne suis vraiment pas une étudiante. L’école et moi, ça fait deux. J’apprends par moi-même depuis toujours.

J’ai certaines facilités à écrire, car j’ai toujours beaucoup lu. Par contre, pour ce qui est de mettre en forme ce que je veux, comme j’en ai envie, cela n’a pas toujours été simple. J’ai lu beaucoup sur l’art d’écrire aussi.

 

Vous écrivez une heure tous les matins. Uniquement pour votre blog ? Ou écrivez-vous d’autres choses aussi ? (Si ce n’est pas trop indiscret…)

Justement, la réponse à cette question poursuit la réponse précédente. J’ai appris à écrire, ou disons à me lâcher vraiment dans l’écriture en écrivant 1h chaque matin. Je n’écris absolument pas pour mon blog, ni pour qui que ce soit. C’est 1h en roue libre, à écrire avec une écriture qui ferait pâlir de jalousie les meilleurs médecins, des inepties totales avec parfois un trait de génie. J’ai acquis dans cette pratique la fulgurance et la nonchalance. Je me fiche de la qualité de ce que je suis en train d’écrire, puisque ces écrits ne seront jamais montrés à qui que ce soit. De toute façon c’est illisible, même parfois pour moi, quand j’essaie de temps à autre de relire ce que j’ai écrit. Du coup, j’écris de manière plutôt organique, une écriture qui me ressemble, très proche de mon langage parlé.

 

En devenant blogueuse et en aidant les rédacteurs à mieux écrire pour leur blog, votre style d’écriture a-t-il changé ?

Un peu. Quand je relis mes premiers billets, je me trouve hystérique. (Rires.) Mon écriture est plus posée aujourd’hui. Je crois que j’avais ce côté un peu m’as-tu-vu, pour épater la galerie. C’est mon côté metteur en scène, actrice qui ressort. Aujourd’hui, j’ai confiance en ma capacité à attirer des lecteurs et je me soucie avant tout de la qualité de ma production.

 

À votre avis, la manière d’écrire un blog va-t-elle influencer les autres formes d’écriture ? Je pense aux œuvres romanesques, mais aussi aux essais universitaires… En gros, la culture-blog est-elle en passe de devenir une révolution culturelle ?

C’est une question qui m’intéresse beaucoup. Je pense que nous avons toujours écrit en suivant le niveau de langage de notre époque. Par le passé, les classes éduquées étaient très aisées. Le langage courant de ces classes était châtié. On vouvoyait les enfants et on leur disait « Charles, qu’avez-vous dit à votre sœur ? Elle est venue me trouver toute chagrine, m’assurant que vous l’aviez frappée. Est-ce vrai ? »

Les enfants passaient de longues heures avec des précepteurs, et étaient assommés d’une quantité incroyable de devoirs. On les maltraitait, les torturait. Ils apprenaient sous les coups. Il est évident que ce traitement favorise une excellence, mais surtout dans l’apparence.

Ce traitement visait avant tout à conserver le savoir dans un cercle fermé. Un langage, une grammaire et une orthographe hermétiques, qui ont longtemps préservé un système de castes. Et c’est encore le cas aujourd’hui. Les personnes qui rejettent l’écriture web font partie de l’élite, ou y aspirent.

Mais regardez : les auteurs anciens et connus sont une infime proportion des auteurs de leur époque. Il y a eu aussi de très nombreux auteurs, qui s’exprimaient avec un langage tout aussi complexe, mais nuls en tant qu’artistes. C’est un peu comme les acrobates de cirque chinois, dressés avec une grande violence : on peut admirer leur souplesse, leurs prouesses, mais la majorité d’entre eux provoquent l’ennui.

J’ai donc beaucoup d’enthousiasme vis-à-vis de l’écriture web. Elle symbolise la liberté, et l’accès à l’information pour tous. Ce n’est pas un nivellement par le bas, bien au contraire. Les personnes qui aspirent à l’excellence dans un domaine, le feront librement, et accéderont à toute l’étendue du langage, par curiosité. Et ceux qui n’aspirent pas à l’écriture en tant qu’art, mais uniquement pour communiquer leurs méthodes et leurs idées (fabriquer une maison, ou cultiver un potager par exemple), pourront aussi bien le faire.

L’écriture a été inventée pour communiquer un savoir ! À l’origine, c’était pour les transactions commerciales et la comptabilité.

Je n’ai donc pas cette culture de la chasse à la faute d’orthographe ou de syntaxe, dans la mesure où celles-ci seront inutiles. Par exemple, je trouve qu’il est très drôle de lire des échanges entre ados sur des forums. Je me dis qu’ils se foutent complètement de ce que les adultes peuvent penser, et c’est tant mieux, car le but d’écrire en langage sms entre eux, c’est de communiquer uniquement entre eux.

Par contre, si quelqu’un m’écrit « Sa va ? », je le classe immédiatement dans la catégorie des gens que je ne fréquenterai pas. Mais je n’aurai aucune envie de lui dire « on écrit ça, pas sa ! » Je m’en fiche.

Je suis personnellement attachée à la précision du vocabulaire, mais uniquement pour moi. Parce que j’aime exprimer le plus précisément possible ce que je pense. Je veux être fidèle à moi-même. Mais j’apprécie lire un article qui m’explique simplement comment réaliser un gâteau aux pommes, et je suis reconnaissante à l’auteur s’il écrit pour que je puisse faire le meilleur gâteau possible, non pour me montrer ses compétences littéraires.

 

Qu’est-ce qui est le plus important : qu’un blog contribue à enrichir la connaissance du lecteur, ou qu’il le plonge dans un univers fascinant ? Qu’il nous éclaire ou qu’il nous envoûte ?

La question se pose aussi avec un livre. Est-ce qu’un livre de fitness doit nous envoûter ? L’écriture n’est qu’un support. On tape sur internet, on cherche quelque chose et on le trouve. Mais comme dans toute relation humaine, la personnalité de l’auteur transparaîtra toujours derrière les écrits. C’est ce qui crée la rencontre.

Comme dans la vie. Nous cherchons un travail pour gagner notre vie, et nous tombons amoureux de notre collègue, parce qu’elle a cette manière si personnelle et sensuelle de poser les dossiers sur la table. Nous prenons le train pour aller rendre visite à notre vieille tante et nous découvrons un ami en notre voisin de compartiment, parce qu’il prend les difficultés du voyage avec légèreté.

C’est le mystère de l’être humain. Chaque écrit ne doit exister que pour servir la recherche, mais si l’on n’existe pas derrière, la magie ne se produira jamais.

Oui, il est possible de gagner sa vie en ligne, sans passion, sans se livrer, en mettant à la disposition des gens uniquement ce qu’ils recherchent au premier niveau : une méthode de fabrication, un secret de régime… Mais cela ne nourrit pas la créativité, qui est un élément essentiel de la vie sur cette Terre.

Il y a toujours eu parmi les gens des morts et des vivants. Celui qui s’est levé chaque matin à 5h pour emmener son troupeau au pré, a travaillé dans ses champs puis a dîné sa soupe de légume et son pain, puis s’est mis au lit chaque jour à 18h, sans jamais se demander si cette vie lui convenait. Celui qui a étudié le notariat par ordre de son père, et parle comme un livre juridique, même quand il s’agit de sentiments.

De la même façon, il y a les blogueurs morts et les blogueurs vivants. Il y a ceux qui écrivent un conseil marketing en suivant leurs connaissances de marketing apprises en école de marketing, et il y a ceux qui ont une vision, ou une envie de changer la vie des autres, ou encore une joie, un feu sacré, une douceur, n’importe quoi qui ressemble plus à eux-mêmes qu’à la machine.

Du coup, cela revient à demander : « Qu’est-ce qui est le mieux chez un être humain ? Qu’il nous serve ou qu’il nous fascine ? » Question à laquelle je répondrai : ni l’un ni l’autre, l’être humain ne devrait pas avoir de but, on ne peut que constater les effets de son existence.

Personnellement, je constate avec joie les effets de l’existence du web, de la quantité et de la richesse des échanges. J’ai hâte de voir sur le long terme disparaître l’ignorance au profit du savoir. Quand je lis des articles écrits par des Maliens ou des Camerounais faire le tour de Facebook, je comprends que l’on s’éloigne sûrement de l’époque ou le mépris colonialiste était une norme.

Alors, si je pouvais donner un seul conseil, ce serait de continuer à écrire et à transmettre, quel que soit le niveau de langage, en suivant sa propre route.

Ce billet vous a plu ? Alors, partagez ou… Si vous aimez ce billet, faites un geste !

Pour connaître l’envers du décor de cette interview, cliquez ici.

Publié dans Ecrire sur le Net, Interview Marqué avec : , , , ,

écriture
septembre 19th, 2017 par JérômeDuez

Il y a quelques mois, j’ai écrit un billet enthousiaste sur le livre d’Olivier Roland : « Tout le monde n’a pas eu la chance de rater ses études ». Depuis, le livre est devenu un best-seller : 35.000 exemplaires imprimés vendus, et 25.000 exemplaires des versions numériques (ebook et audio confondus). Alors, vous imaginez ma joie, quand Olivier Roland a accepté de me parler d’écriture !

Il l’a fait, en sachant que l’interview serait uniquement destiné à une publication écrite.

Pour lui, c’était dommage de ne pas proposer l’interview sous trois supports : la vidéo (nous discutions sur Skype, ça aurait été facile), le podcast et le texte. Il m’explique : « On obtient trois fois plus de portée avec la même quantité de travail ».

Je lui réponds que je me suis lancé un défi : en tant que défenseur de l’écriture, je veux démontrer qu’il est possible de capter une audience avec le simple support du texte.

Il a dit « Ok » et on a démarré.

 

J’aimerais connaître votre rapport à l’écriture. Vous dites que vous avez commencé jeune, avec l’écriture d’un roman. Donc, vous avez toujours eu un rapport facile… ?

Ai-je une écriture facile ? Comment savoir ? En comparant avec la plupart des gens, qui ont un rapport à l’écriture plus difficile…? Alors, je dirais que oui.

J’ai toujours adoré lire. Depuis tout jeune, pendant longtemps, je me voyais écrivain de fiction, de science-fiction, plus exactement. J’ai même publié une nouvelle de science-fiction en 2006, dans un recueil de nouvelles…

Mais voilà, finalement j’ai choisi de me consacrer à ma carrière d’entrepreneur, ce qui est une manière « valorisante » de dire que j’ai procrastiné à fond sur mon projet d’écrire un bouquin de science-fiction. (Rires)

J’ai un début de roman qui est quelque part dans mon disque dur, faudrait que j’y revienne… Donc en tout cas, j’avais une certaine facilité, c’est clair.

C’est aussi ça qui m’a attiré dans le fait de lancer des blogs. Une de mes motivations, c’était justement de pouvoir me consacrer à cette passion de l’écriture, que je ne pratiquais pas assez.

 

Peut-on dire que l’écriture est une carte maîtresse dans votre réussite ?

Maintenant, je fais beaucoup plus de vidéos que d’écrits, mais c’est vrai qu’on peut dire ça.

 

Au sujet de la vidéo, parfois vous en réalisez qui peuvent atteindre ou dépasser les 20 minutes, vous parlez face à la caméra tout du long, et ça semble venir aisément. Quelle est la part d’écriture, dans la préparation d’une telle vidéo ?

Alors typiquement, sur une vidéo classique que je vais faire pour ma chaîne YouTube, une vidéo qui va durer 5 minutes, elle va me demander 10 minutes en tout et pour tout, avec la préparation, le tournage et tout ça.

C’est pour ça que j’adore ce format, c’est que pour dire la même chose par écrit, il me faudrait deux heures, alors qu’en vidéo, 10 minutes suffisent. Donc ça, c’est fantastique. Ensuite, j’ai un mode de production de vidéos qui est particulier, je ne fais pas de vidéos super chiadées. En fait, c’est comme si on me posait la question dans un événement ou dans un bar, « Ah Olivier, qu’est-ce que tu penses de ça ? », je répondrais. Là, je fais un peu pareil, mais devant une caméra.

 

Ah, aussi spontanément ?

Exactement. Le truc, c’est que ça fait des années que j’étudie des tas de sujets, que j’ai pratiqué moi-même plusieurs choses, et du coup, je peux parler assez facilement d’un grand nombre de sujets.

En termes de préparation, en général, ce sont des listes à puces. Elles pointent les points principaux et après, je sais ce que je vais dire dessus. Pour certaines vidéos, il m’arrive de préparer plus, mais c’est assez rare.

 

Et cette vidéo, une fois retranscrite, c’est du texte !

Exactement. Ce n’a pas la même qualité qu’un vrai texte écrit. Mais ça reste un texte, avec un contenu intéressant.

 

Et donc, pour écrire le livre « Tout le monde n’a pas eu la chance de rater ses études », comment avez-vous procédé ? Ce livre a été écrit après je ne sais combien de vidéos réalisées et de textes accumulés. Cela veut dire que vous aviez déjà une matière très riche. Avez-vous récupéré cette matière, l’avez-vous « recyclée » pour parvenir à cette forme littéraire finale ?

C’est intéressant, comme question. Parce que quand on regarde la relation que j’avais entre le livre et les vidéos de ma chaîne YouTube, en fait, parfois j’écrivais à propos de choses dont j’avais déjà parlé, mais souvent, je parlais plutôt de sujets sur lesquels j’étais en train d’écrire. Alors c’est vrai que, en tenant compte de cela, il y avait peut-être plus de préparation que ce que j’ai dit…

En fait, clairement, je pense qu’à partir des années 2010 et au-delà, écrire à l’ancienne manière, c’est-à-dire seul chez soi, en mode tour d’ivoire, moine dans son monastère, etc., c’est une erreur. Aujourd’hui, on a des outils de communication qui nous permettent de partager en temps réel le contenu de notre bouquin et de notre audience. Donc en fait, je pense que n’importe quel auteur devrait écrire en se connectant et en bâtissant son audience au fur et à mesure de l’écriture du livre.

D’abord, comment le faire ? Il y a plusieurs possibilités. Moi, ce que j’ai fait, tout simplement, c’est que, quand je voyais des choses intéressantes dont je voulais parler dans le bouquin, je commençais à écrire dessus et je faisais une vidéo sur le sujet, que je publiais à peu près au même moment sur ma chaîne YouTube. Et ça avait plusieurs avantages.

Le premier, c’est que j’avais un feed-back en temps réel de ma communauté. Et ça, c’est très intéressant. Je ne me suis pas contenté d’écrire mon bouquin dans mon coin, il a été enrichi par les apports des gens qui me suivaient sur ma chaîne YouTube, qui me disaient « je suis d’accord avec ça, ou pas d’accord avec ça, tu aurais peut-être dû parler de ça », etc. Donc, ça enrichit.

Aussi, je voyais aussi ce qui était populaire ou pas. Parfois, il y avait des choses dont je voulais parler dans le bouquin, et je me rendais compte que tout le monde s’en foutait, donc c’était un des facteurs pour les retirer du livre… qui était quand même déjà assez gros.

Et en plus de ça, l’énorme avantage, c’est que je me constituais au fur et à mesure une audience de gens déjà intéressés par le sujet du bouquin. Ce qui fait que quand je l’ai sorti, j’avais déjà une audience qui était prête pour le message de mon livre, et qui donc allait l’acheter, sans doute l’apprécier et en parler autour.

Il y a d’autres méthodes. Par exemple, le blogueur Jean-Philippe Touzeau, du blog « Révolution personnelle ». Lui a eu un modèle très intéressant.

À la base, c’est un blog sur le développement personnel, mais Jean-Philippe est un passionné de fiction, donc il voulait écrire des romans. Et il s’est dit : « Non, mais attends, on est en 2010 (c’est là qu’il a commencé), c’est fini la machine à écrire, on va essayer de faire un truc original ». Et ce qu’il a fait, c’est qu’il a commencé par écrire son roman en feuilleton, en épisodes qu’il a publiés sur son blog, au fur et à mesure. Et ça a eu tous les avantages que j’ai donnés. La communauté l’a aidé à améliorer le texte au fur et à mesure, il a eu des feed-back qui donnaient des orientations et des idées pour la suite. Et il s’est constitué une communauté de gens intéressés par son livre. Puis, arrivé à la moitié du livre, quand il a vu que ça avait du succès, il a dit : « Merci beaucoup ! Du coup pour la deuxième moitié, je vais me concentrer sur l’écriture, et je vous dirai quand le livre sortira ». C’est ce qu’il a fait, il a sorti le livre au format Kindle et il a été dans le top 100 des ventes pendant plus d’un an.

C’est cette idée, dite du lean startup, une méthode qui vient de la Silicon Valley. Ça consiste à créer son entreprise avec le minimum d’investissement en temps et en argent, en se confrontant le plus vite possible à la réalité du terrain. Là, c’est la méthode lean startup pour les auteurs.

Plutôt que de connaître le problème de beaucoup d’auteurs, qui est d’écrire dans son coin, avoir l’impression que tout ce qu’on raconte est génial et que tout le monde va se ruer dessus, et malheureusement, la plupart du temps quand le bouquin est publié, ils se rendent compte que tout le monde s’en fout complètement. Et l’intérêt d’avoir l’approche dont je viens de parler, c’est qu’on évite d’être dans cette tour d’ivoire, on a le retour d’audience et on voit ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas, tout en se construisant son audience au fur et à mesure.

Finalement, l’Histoire nous montre que ça existait déjà, bien avant Internet. Quand on voit les grands auteurs français du XIXe siècle, par exemple Zola, Maupassant, Balzac, etc., la plupart ne publiaient pas leurs romans comme ça. Ils commençaient par publier sous forme de feuilleton dans les journaux, et ça leur permettait d’avoir exactement les mêmes avantages que ceux que j’ai décrits. Et il arrivait, en cas de mauvaise audience, de ne pas aller au bout de ce qu’ils avaient démarré. Mais ce luxe était réservé à des auteurs déjà connus, qui étaient publiés dans les journaux.

Ça me rappelle aussi l’histoire d’un auteur américain. Dans les années 70, il avait une méthode très intéressante : il écrivait des livres pratiques. Et ce qu’il faisait : il passait des petites annonces dans les journaux pour dire, « vous pouvez commander tel ouvrage sur tel sujet, à tel prix, renvoyez le bon de commande ». Et au moment où il faisait la pub, il n’avait pas écrit le bouquin. Il ne l’écrivait que s’il recevait suffisamment de commandes. Ça va tellement à contre-courant de ce que font 90 % des auteurs que voilà, c’est intéressant. Il ne faut pas forcément faire quelque chose comme cela, mais quelque chose qui va dans ce sens.

J’ai même un collègue, qui a carrément… Ce n’est pas forcément une méthode que je recommanderais, mais ça montre les possibilités qui sont à notre disposition aujourd’hui. C’est que, pendant qu’il écrivait son bouquin, il avait une vidéo de lui en direct, qu’il diffusait sur Facebook Live, avec une caméra qui le filmait en train de taper, et en même temps, on voyait son écran en temps réel, avec le texte qui apparaissait progressivement. Pourquoi pas ? Zéro euro, pourquoi ne pas le faire ? Alors, ça n’a pas des millions d’audiences, soyons clairs, mais pourquoi pas ?

 

Par rapport au style. J’ai l’impression que les bons blogueurs se distinguent par une grande clarté. C’est une caractéristique de votre livre. Il est pédagogue et clair. C’est toujours accessible, sans jargon ou à peine…

Ça, le jargon… Une caractéristique des blogueurs, c’est que l’on s’adresse à une audience relativement large. Et de toute façon comme dit la phrase de Boileau, « Ce qui se conçoit bien doit s’énoncer clairement ».

On voit bien que, de manière générale, le jargon est une forme de mécanisme de défense (par exemple les membres d’une industrie qui veulent pouvoir discuter sans que les autres ne s’en mêlent). Et aussi une forme de pédantisme, pour se valoriser.

Je ne me rappelle plus du nom de ce bouquin sur l’entrepreneuriat, que j’ai lu très jeune, où l’auteur commençait justement en annonçant : « je ne vais pas vous assommer de jargon, on va parler de trucs que la plupart des gens trouvent compliqués, on va parler de comptabilité, de gestion d’entreprise et tout ça, et vous allez voir que je vais vous parler de manière claire. Parce que la plupart des gens qui utilisent des mots compliqués, c’est juste de la frime, c’est complètement inutile ». Et il donnait un truc dans son bouquin qui m’a frappé. Il présentait plusieurs colonnes de mots qui étaient compliqués. Et tu pouvais prendre n’importe quel mot de la première colonne, n’importe quel mot de la deuxième puis de la troisième colonne et des suivantes, et ça donnait une phrase qui sonnait de façon impressionnante, une phrase qui avait l’air géniale, mais qui ne voulait rien dire. Et des gens abusent de ce genre de phrase. Les gens nous enflent avec des mots compliqués.

C’est comme le langage corporel, quand l’orateur fait de grands gestes, mais qu’en fait il a l’air de brasser du vent. Des mots font le même effet. C’est comme les gens qui font croire qu’ils comprennent, mais qui ne captent rien du tout. Des études scientifiques montrent qu’il y a plus de force à parler humain, et je pense que cela présente plus d’avantages que d’inconvénients.

Ça peut même être amené jusqu’au populisme…

Je vais peut-être donner un contre-exemple, mais écoutez Donald Trump, on a l’impression qu’il parle à des enfants de trois ans. En fait, c’est une technique de vente, parce que quand la personne parle plus simplement, l’autre comprend mieux. Trump, c’est sans doute trop extrême. Mais c’est pour montrer qu’un homme peut arriver jusqu’à la présidence en parlant simplement.

On n’a pas besoin de trop se compliquer la vie. Et moi, ça me fait toujours rire, quand je rencontre des gens qui sont docteurs et qui ont fait une thèse. Mon kif, c’est de leur demander le titre de leur thèse. Parce que c’est toujours à mourir de rire, en fait. Et après, je leur demande : « Et en français, ça donne quoi ? ». Et ils sont toujours capables d’expliquer de manière plus simple… Parce que dans le milieu universitaire, c’est un peu une coutume, c’est difficile de ne pas parler en jargon, sinon là, t’es exclu de la tribu.

Après bien sûr, il y a du jargon qui est important, parce que ça apporte des nuances pointues, qui n’existent pas dans le vocabulaire courant, mais plus souvent c’est de la gonflette.

Quand vous vous êtes construit sans appartenir à un milieu en particulier, vous devez vous affranchir de ça. Et de manière générale, c’est un super atout de parler simplement. Et d’écrire simplement, aussi…

 

Votre livre embrasse un spectre très large de sujets, toujours en étant très accessible. En cela, il est rare. En sortant ce livre, avez-vous le sentiment de participer à un nouveau mouvement culturel ?

Moi, je baigne là-dedans depuis déjà un moment. Ça m’arrive de lire des bouquins scientifiques, mais c’est toujours de la bonne vulgarisation.

Je n’ai pas vraiment étudié ça, est-ce que c’est un mouvement ou pas ? Il y a un mouvement, c’est clair. Mais j’ai l’impression que ça a toujours existé, des gens qui ont voulu rendre les choses claires, simples, qui ont une bonne démarche pédagogique, on peut en trouver dans tous les siècles.

Il y a toujours des bouquins mieux écrits que d’autres, et des livres où… D’ailleurs je lisais un livre de Plutarque, sur les vies parallèles des hommes illustres, et il disait : « Il y a des auteurs où on voit que tout coule naturellement, et d’autres où on voit qu’ils ont dû se forcer pour extraire ce qu’ils voulaient dire et le mettre sur le papier. » Donc, on a toujours admiré les auteurs qui savaient dire les choses, même les choses compliquées, de manière simple.

Quand tu vois Newton, la loi de la gravitation qu’il a trouvée, il faut savoir qu’il s’est appuyé sur trois lois que Kepler avait trouvées trois siècles avant lui… Il faut se le taper, le bouquin de Kepler, mon Dieu ! C’est rempli de trucs qui n’ont rien à voir, ça parle d’astrologie et de trucs qui ne sont complètement pas scientifiques. Et une chose des plus incroyables que Newton a faite, c’est d’arriver à trouver ces trois lois dans le bouquin de Kepler !

Bref, tout ça pour dire qu’on respecte les gens comme Kepler qui ont fait du bon travail, mais on respecte aussi les gens qui savent en faire quelque chose de clair et de fluide, et ça depuis longtemps.

Donc je ne crois pas que ce soit un mouvement, j’ai l’impression que ça a toujours existé.

 

J’ai l’impression que les nouveautés sont nombreuses, pourtant, depuis l’Internet. Par exemple, la pratique du work in progress. C’est-à-dire qu’on peut parfois publier, même si on n’a pas encore tout à fait « achevé » son travail, au sens classique du terme. Avant Internet, quand on présentait un livre ou un article pour une publication, c’était censé être tout de suite le produit fini. Même s’il y a avait des corrections à la deuxième ou à la troisième édition.

Oui, c’est vrai qu’aujourd’hui, ça ne coûte plus rien d’écrire un article qui peut être potentiellement lu par 10.000 personnes, ça a un coût de distribution de pas grand-chose, et on sait qu’on peut le modifier, etc. Ça rend le perfectionnisme moins indispensable.

 

Avez-vous des conseils à donner, à des gens qui ont des problèmes d’écriture ?

Je donne toujours l’exemple de mon ami Christophe, qui s’était inscrit à un club de développement personnel, et qui partageait des trucs sur un forum pour vaincre sa timidité, etc. Et franchement, le gars c’est mon pote alors je peux en parler, il avait une éducation scientifique, et une écriture vraiment horrible, même limite incompréhensible ! Il a pourtant continué à écrire et au fur et à mesure, il a eu un style. Ça ne sera jamais un Flaubert ou un Balzac, mais on s’en fout, on ne demande à personne d’être un Flaubert ou un Balzac. Il a eu un blog et il a publié un ebook qui a été lu par des dizaines de milliers de personnes.

Je ne dis pas que c’est facile, mais juste que c’est possible. Il ne faut pas se décourager. Mais c’est comme tout, c’est en forgeant qu’on devient forgeron, et on s’améliore petit à petit.

Et concernant certaines personnes pour qui l’écriture, ce n’est vraiment pas leur dada, d’autres possibilités existent : on peut faire de l’audio, de la vidéo, on peut utiliser des logiciels de retranscription de texte…

J’ai découvert avec stupéfaction que certains grands auteurs n’écrivaient pas de leur main. Par exemple Stendhal avec « Le rouge et le noir », il dictait à son secrétaire, ce n’était pas lui personnellement qui écrivait.

Personnellement, je n’écris pas sous forme orale. Ni en dictant, ni en utilisant des logiciels de reconnaissance vocale, parce que je trouve qu’on ne va pas assez profond. Et c’est beaucoup plus dur de structurer sa pensée juste à l’oral. L’écriture, c’est un vélo pour l’esprit. Ce n’est pas seulement une manière de communiquer, c’est une manière de réfléchir différemment.

Mais voilà, il y a des possibilités, il faut juste les explorer et ne pas lâcher l’affaire.

 

Propos recueillis le 20 juillet 2017.

 

Si cet entretien vous a plu, partagez ou… Si vous aimez ce billet, faites un geste !

Publié dans Conseil, Ecrire sur le Net, Interview Marqué avec : , , , , , ,

vente
août 29th, 2017 par JérômeDuez

Alain Muleris est un spécialiste de l’accompagnement commercial et de la formation à la vente. Ses prestations sont présentées sur son site, Vitamine V. Alain Muleris vient de publier « Trouvez vos futurs clients en 100 jours », aux éditions Eyrolles.

Si vous n’êtes pas à l’aise avec la vente, ou si vous avez un projet d’entreprise, ou si vous êtes en train de mettre au point votre stratégie commerciale, jetez-vous sur ce livre ! Il vous aidera à vous poser les questions essentielles et vous indiquera les techniques à adopter pour mener à bien votre action commerciale.

Ensemble, nous parlons d’écriture, un matin de juillet, dans un café parisien :

 

Alain Muleris, vous venez de publier un livre sur la vente, très utile, en plus d’être très agréable à lire. Pourtant, vous n’êtes pas écrivain. Quel est votre métier principal ?

Mon expertise, c’est la vente. Et mon métier, c’est d’aider des dirigeants, des consultants, des autoentrepreneurs, à faire augmenter la performance commerciale.

 

Quel était votre objectif en écrivant ce livre ?

Je voulais que ce livre, s’il trouve son lectorat, donne envie de se lancer dans la vente avec aisance.

Ce livre permet de comprendre que la vente n’est pas innée, et qu’il y a des techniques autour de la vente, qui permettent à chacun d’acquérir la compétence de vendre, avec naturel.

Il existe plusieurs formules pour apprendre. Il y a des gens qui sont faits pour lire tranquillement un bouquin à leur rythme. D’autres préfèrent se dire : « Pendant deux jours, je m’enferme dans une salle avec un formateur, et lui, il va secouer tout ça » . Et une troisième catégorie de gens dit : « Je voudrais travailler avec Alain sur six mois ou sur un an, pour qu’il m’accompagne de manière plus approfondie sur la vente. »

Et personnellement, ce qui m’intéresse, c’est de modifier le comportement commercial des dirigeants, des commerciaux, des indépendants, qui n’ont jamais appris la vente, avec l’une des trois formules énoncées.

 

Le livre m’a donné l’impression d’avoir été écrit avec une grande facilité… J’ai raison ?

C’est déjà bien que ce soit cette impression qui ressorte (rires) !

Il y a eu différentes phases d’écriture. D’abord, je me suis rendu compte que j’avais beaucoup de matériel. Et la première phase a été d’abord de construire un plan, en tenant compte de la formule de la collection d’Eyrolles, qui est : en 100 jours.

Au lieu de le faire en 100 jours, mon idée était de découper le livre en 14 semaines, soit 14 chapitres, chaque chapitre abordant un thème spécifique de la vente. C’est sa forme actuelle.

À ce moment, je me suis aperçu que, malgré toute la matière que j’avais, il m’en manquait pour coller au plan du livre. Et j’ai arrêté un moment.

Ce qui a été difficile pour moi dans l’écriture, c’était d’aller chercher de l’information, puis de structurer complètement cette information. Mais une fois tout ça en place, la rédaction proprement dite coulait. Et globalement, ce livre ne s’est pas fait dans la douleur.

Alors, c’est sûr que ça prend du temps, ça demande beaucoup de concentration. Écrire pompe pas mal d’énergie, mais en même temps, je trouve assez jouissif d’avoir écrit un chapitre, de l’avoir terminé et de me dire : « J’ai trouvé la juste expression de ce que je voulais dire ». Sachant que ce que je voulais faire, c’est un guide de vulgarisation, avec un langage très accessible. Oui, relire son chapitre et estimer qu’il tient la route, c’est un moment de grande satisfaction.

 

Et quand le livre entier est terminé, c’est la satisfaction multipliée par le nombre de chapitres… !

Oui, je suis d’accord !

 

À la lecture de votre livre, on se rend compte de l’importance de l’écriture, pour un commercial.

Pour moi, celui qui maîtrise l’écriture, il maîtrise… Je ne veux pas dire « une arme » parce que je n’aime pas ce vocable… Mais en tout cas, il possède un atout professionnel important.

C’est vrai que, quand on parle « commercial »… J’entends beaucoup de gens me dire que le commercial, c’est le tchatcheur, celui qui parle. Ça, c’est une légende. D’abord, en général, un bon commercial écoute d’abord son client, il est plutôt celui qui pose les bonnes questions, et il est ensuite celui qui va réussir à faire une synthèse.

Et la synthèse, aujourd’hui, elle se fait par l’écrit. Principalement par le mail. Elle se fait ensuite par une proposition commerciale écrite.

Ça me navre, quand je reçois des mails avec une faute d’orthographe toutes les lignes ; je vois très clairement des copier-coller de paragraphes qui ne se tiennent pas, ça n’est pas structuré. Et quand je tombe sur une offre qui est très bien écrite, eh bien oui, cela donne envie ! Le rôle du commercial, c’est ça : donner envie à son client.

 

Dans le cadre de vos interventions, vous arrive-t-il de tomber sur des personnes vraiment bloquées à l’écrit ?

Pas à ce point-là. Mais j’interviens dans deux écoles, des établissements d’études supérieures, et je suis sidéré par le manque de maîtrise de la langue française et des règles de base de l’écriture.

Et quand je leur demande de me faire un PowerPoint, ce n’est pas structuré, il y a des fautes d’orthographe. Alors qu’il existe des correcteurs orthographiques ! Et quand on échange par e-mails, c’est une catastrophe. Je leur dis : n’envoyez jamais ça à un client !

En revanche, dans le monde de l’entreprise, je rencontre moins souvent ces cas. Mais globalement, les gens n’aiment pas écrire. Je suis conscient de faire une généralité en disant cela, mais au niveau des commerciaux, beaucoup n’aiment pas cela. Et c’est dommage, parce qu’ils passent à côté d’un atout fondamental.

 

Est-ce que certains arrivent à se passer de l’écriture, et trouvent un autre moyen pour booster leurs ventes ?

Pour moi, le bon professionnel, c’est celui qui identifie ce qu’il fait bien et ce qu’il fait moins bien. Et quand tu fais moins bien quelque chose, tu travailles pour augmenter ton niveau.

Ça passe par la formation (vous êtes bien placé pour le savoir). Ou par votre livre pour apprendre à structurer ses écrits. Ou par le simple fait de regarder comment les collaborateurs ou les confrères écrivent, et s’en inspirer ; déjà ça, ce serait bien.

 

Écrire une proposition commerciale, cela vous prend combien de temps ?

C’est le moment crucial, le moment où ça bascule avec un prospect. À chaque fois que je démarre un accompagnement commercial, je pose la question : « Pourquoi m’avez-vous choisi ? ». J’ai besoin de comprendre ce que j’ai bien fait. Et même quand un prospect ne me choisit pas, je l’appelle, parce que j’ai besoin de comprendre pourquoi il en a choisi un autre, pour savoir comment je peux m’améliorer.

Et souvent, ils me disent : « C’est par l’offre commerciale, et par la synthèse : j’ai retrouvé la discussion qu’on a eue dans ce que vous avez mis par écrit. »

Donc oui, ça prend du temps. Parce que je ne fais jamais de copier-coller. Alors en moyenne, cela me prend deux heures. Où je ne fais que ça. Où je suis totalement concentré. Le texte est court. C’est synthétique. Je dis seulement ce qui me semble devoir être dit, pas plus. Et je colle à l’entretien qu’on a eu.

 

Parmi les jeunes de la génération Internet, il y en a qui pensent : « Je connais tous les avantages du Net et en plus, j’écris bien. Alors, je vais pouvoir me passer de démarcher sur le vif ». Est-ce qu’ils sont dans le vrai ?

Oui et non. Oui, parce que les réseaux sociaux professionnels comme LinkedIn, pour moi, c’est mon principal outil de prospection. Par contre, je ne vends pas sur LinkedIn. J’attire des gens vers moi. J’écris, je publie, de temps en temps j’envoie une vidéo, mais c’est à 90 % de l’écriture.

Dans ma stratégie commerciale, j’ai décidé d’écrire mes propres articles, plutôt que republier ceux des autres. Quand on est sur LinkedIn ou sur Facebook, entre 7h30 et 9 heures du matin, tout le monde partage les mêmes articles, en fonction de son expertise. Moi qui suis dans la vente, je revois cinq, six, sept fois le même article partagé par les gens sur mon réseau. Moi, faire ça, ça ne m’intéresse pas. Ma stratégie n’est pas d’occuper le terrain, c’est de parler quand j’ai quelque chose à dire et le partager. Évidemment, ça me prend plus de temps que de « republier ».

Mais savoir écrire, c’est une vraie force sur les réseaux sociaux. Et la vidéo. Les « vlogs » fonctionnent très bien. Des métiers et des publics se prêtent mieux à la vidéo, d’autres mieux à l’écrit. Je pense qu’au niveau des commerciaux, on peut très bien communiquer en vidéo. Cela touche un public plus large. Pour certains, c’est plus facile de cliquer et attendre que ça déroule, que de lire.

 

Il paraît que Beaumarchais, en plus d’être l’écrivain que l’on connaît, était aussi un aventurier, un peu espion, et fin négociateur. Eh bien, ce grand nom des Belles Lettres prétendait qu’on ne conclut aucune vente par l’écriture, que tout passe par l’échange physique. Alors vraiment, Internet va-t-il bouleverser cela ?

Je ne sais pas si je suis de poids à me lancer dans un débat avec Beaumarchais… Mais je ne suis pas totalement de son avis.

Avec les réseaux sociaux, je pense qu’émergent de plus en plus l’apport et le partage de contenus pertinents. Et c’est en partageant ces contenus pertinents que l’on attire des gens vers soi.

C’est une règle anthropologique d’un réseau : vous montrez votre expertise, vous donnez aux autres, pour peut-être, à un moment, éventuellement, recevoir. Mais d’abord, vous donnez.

En revanche, ce qui ne change pas par rapport à l’époque de Beaumarchais, c’est au niveau de la négociation. C’est sûr, elle ne se fait pas par écrit. La négociation se fait en face à face, dans l’action.

 

(Propos recueillis le 21/07/17)

Si cet entretien vous a plu, partagez ou… Si vous aimez ce billet, faites un geste !

Publié dans Conseil, Interview, Livre Marqué avec : , , , ,