Catégorie Ecrire sur le Net

écriture
septembre 19th, 2017 par JérômeDuez

Il y a quelques mois, j’ai écrit un billet enthousiaste sur le livre d’Olivier Roland : « Tout le monde n’a pas eu la chance de rater ses études ». Depuis, le livre est devenu un best-seller : 35.000 exemplaires imprimés vendus, et 25.000 exemplaires des versions numériques (ebook et audio confondus). Alors, vous imaginez ma joie, quand Olivier Roland a accepté de me parler d’écriture !

Il l’a fait, en sachant que l’interview serait uniquement destiné à une publication écrite.

Pour lui, c’était dommage de ne pas proposer l’interview sous trois supports : la vidéo (nous discutions sur Skype, ça aurait été facile), le podcast et le texte. Il m’explique : « On obtient trois fois plus de portée avec la même quantité de travail ».

Je lui réponds que je me suis lancé un défi : en tant que défenseur de l’écriture, je veux démontrer qu’il est possible de capter une audience avec le simple support du texte.

Il a dit « Ok » et on a démarré.

 

J’aimerais connaître votre rapport à l’écriture. Vous dites que vous avez commencé jeune, avec l’écriture d’un roman. Donc, vous avez toujours eu un rapport facile… ?

Ai-je une écriture facile ? Comment savoir ? En comparant avec la plupart des gens, qui ont un rapport à l’écriture plus difficile…? Alors, je dirais que oui.

J’ai toujours adoré lire. Depuis tout jeune, pendant longtemps, je me voyais écrivain de fiction, de science-fiction, plus exactement. J’ai même publié une nouvelle de science-fiction en 2006, dans un recueil de nouvelles…

Mais voilà, finalement j’ai choisi de me consacrer à ma carrière d’entrepreneur, ce qui est une manière « valorisante » de dire que j’ai procrastiné à fond sur mon projet d’écrire un bouquin de science-fiction. (Rires)

J’ai un début de roman qui est quelque part dans mon disque dur, faudrait que j’y revienne… Donc en tout cas, j’avais une certaine facilité, c’est clair.

C’est aussi ça qui m’a attiré dans le fait de lancer des blogs. Une de mes motivations, c’était justement de pouvoir me consacrer à cette passion de l’écriture, que je ne pratiquais pas assez.

 

Peut-on dire que l’écriture est une carte maîtresse dans votre réussite ?

Maintenant, je fais beaucoup plus de vidéos que d’écrits, mais c’est vrai qu’on peut dire ça.

 

Au sujet de la vidéo, parfois vous en réalisez qui peuvent atteindre ou dépasser les 20 minutes, vous parlez face à la caméra tout du long, et ça semble venir aisément. Quelle est la part d’écriture, dans la préparation d’une telle vidéo ?

Alors typiquement, sur une vidéo classique que je vais faire pour ma chaîne YouTube, une vidéo qui va durer 5 minutes, elle va me demander 10 minutes en tout et pour tout, avec la préparation, le tournage et tout ça.

C’est pour ça que j’adore ce format, c’est que pour dire la même chose par écrit, il me faudrait deux heures, alors qu’en vidéo, 10 minutes suffisent. Donc ça, c’est fantastique. Ensuite, j’ai un mode de production de vidéos qui est particulier, je ne fais pas de vidéos super chiadées. En fait, c’est comme si on me posait la question dans un événement ou dans un bar, « Ah Olivier, qu’est-ce que tu penses de ça ? », je répondrais. Là, je fais un peu pareil, mais devant une caméra.

 

Ah, aussi spontanément ?

Exactement. Le truc, c’est que ça fait des années que j’étudie des tas de sujets, que j’ai pratiqué moi-même plusieurs choses, et du coup, je peux parler assez facilement d’un grand nombre de sujets.

En termes de préparation, en général, ce sont des listes à puces. Elles pointent les points principaux et après, je sais ce que je vais dire dessus. Pour certaines vidéos, il m’arrive de préparer plus, mais c’est assez rare.

 

Et cette vidéo, une fois retranscrite, c’est du texte !

Exactement. Ce n’a pas la même qualité qu’un vrai texte écrit. Mais ça reste un texte, avec un contenu intéressant.

 

Et donc, pour écrire le livre « Tout le monde n’a pas eu la chance de rater ses études », comment avez-vous procédé ? Ce livre a été écrit après je ne sais combien de vidéos réalisées et de textes accumulés. Cela veut dire que vous aviez déjà une matière très riche. Avez-vous récupéré cette matière, l’avez-vous « recyclée » pour parvenir à cette forme littéraire finale ?

C’est intéressant, comme question. Parce que quand on regarde la relation que j’avais entre le livre et les vidéos de ma chaîne YouTube, en fait, parfois j’écrivais à propos de choses dont j’avais déjà parlé, mais souvent, je parlais plutôt de sujets sur lesquels j’étais en train d’écrire. Alors c’est vrai que, en tenant compte de cela, il y avait peut-être plus de préparation que ce que j’ai dit…

En fait, clairement, je pense qu’à partir des années 2010 et au-delà, écrire à l’ancienne manière, c’est-à-dire seul chez soi, en mode tour d’ivoire, moine dans son monastère, etc., c’est une erreur. Aujourd’hui, on a des outils de communication qui nous permettent de partager en temps réel le contenu de notre bouquin et de notre audience. Donc en fait, je pense que n’importe quel auteur devrait écrire en se connectant et en bâtissant son audience au fur et à mesure de l’écriture du livre.

D’abord, comment le faire ? Il y a plusieurs possibilités. Moi, ce que j’ai fait, tout simplement, c’est que, quand je voyais des choses intéressantes dont je voulais parler dans le bouquin, je commençais à écrire dessus et je faisais une vidéo sur le sujet, que je publiais à peu près au même moment sur ma chaîne YouTube. Et ça avait plusieurs avantages.

Le premier, c’est que j’avais un feed-back en temps réel de ma communauté. Et ça, c’est très intéressant. Je ne me suis pas contenté d’écrire mon bouquin dans mon coin, il a été enrichi par les apports des gens qui me suivaient sur ma chaîne YouTube, qui me disaient « je suis d’accord avec ça, ou pas d’accord avec ça, tu aurais peut-être dû parler de ça », etc. Donc, ça enrichit.

Aussi, je voyais aussi ce qui était populaire ou pas. Parfois, il y avait des choses dont je voulais parler dans le bouquin, et je me rendais compte que tout le monde s’en foutait, donc c’était un des facteurs pour les retirer du livre… qui était quand même déjà assez gros.

Et en plus de ça, l’énorme avantage, c’est que je me constituais au fur et à mesure une audience de gens déjà intéressés par le sujet du bouquin. Ce qui fait que quand je l’ai sorti, j’avais déjà une audience qui était prête pour le message de mon livre, et qui donc allait l’acheter, sans doute l’apprécier et en parler autour.

Il y a d’autres méthodes. Par exemple, le blogueur Jean-Philippe Touzeau, du blog « Révolution personnelle ». Lui a eu un modèle très intéressant.

À la base, c’est un blog sur le développement personnel, mais Jean-Philippe est un passionné de fiction, donc il voulait écrire des romans. Et il s’est dit : « Non, mais attends, on est en 2010 (c’est là qu’il a commencé), c’est fini la machine à écrire, on va essayer de faire un truc original ». Et ce qu’il a fait, c’est qu’il a commencé par écrire son roman en feuilleton, en épisodes qu’il a publiés sur son blog, au fur et à mesure. Et ça a eu tous les avantages que j’ai donnés. La communauté l’a aidé à améliorer le texte au fur et à mesure, il a eu des feed-back qui donnaient des orientations et des idées pour la suite. Et il s’est constitué une communauté de gens intéressés par son livre. Puis, arrivé à la moitié du livre, quand il a vu que ça avait du succès, il a dit : « Merci beaucoup ! Du coup pour la deuxième moitié, je vais me concentrer sur l’écriture, et je vous dirai quand le livre sortira ». C’est ce qu’il a fait, il a sorti le livre au format Kindle et il a été dans le top 100 des ventes pendant plus d’un an.

C’est cette idée, dite du lean startup, une méthode qui vient de la Silicon Valley. Ça consiste à créer son entreprise avec le minimum d’investissement en temps et en argent, en se confrontant le plus vite possible à la réalité du terrain. Là, c’est la méthode lean startup pour les auteurs.

Plutôt que de connaître le problème de beaucoup d’auteurs, qui est d’écrire dans son coin, avoir l’impression que tout ce qu’on raconte est génial et que tout le monde va se ruer dessus, et malheureusement, la plupart du temps quand le bouquin est publié, ils se rendent compte que tout le monde s’en fout complètement. Et l’intérêt d’avoir l’approche dont je viens de parler, c’est qu’on évite d’être dans cette tour d’ivoire, on a le retour d’audience et on voit ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas, tout en se construisant son audience au fur et à mesure.

Finalement, l’Histoire nous montre que ça existait déjà, bien avant Internet. Quand on voit les grands auteurs français du XIXe siècle, par exemple Zola, Maupassant, Balzac, etc., la plupart ne publiaient pas leurs romans comme ça. Ils commençaient par publier sous forme de feuilleton dans les journaux, et ça leur permettait d’avoir exactement les mêmes avantages que ceux que j’ai décrits. Et il arrivait, en cas de mauvaise audience, de ne pas aller au bout de ce qu’ils avaient démarré. Mais ce luxe était réservé à des auteurs déjà connus, qui étaient publiés dans les journaux.

Ça me rappelle aussi l’histoire d’un auteur américain. Dans les années 70, il avait une méthode très intéressante : il écrivait des livres pratiques. Et ce qu’il faisait : il passait des petites annonces dans les journaux pour dire, « vous pouvez commander tel ouvrage sur tel sujet, à tel prix, renvoyez le bon de commande ». Et au moment où il faisait la pub, il n’avait pas écrit le bouquin. Il ne l’écrivait que s’il recevait suffisamment de commandes. Ça va tellement à contre-courant de ce que font 90 % des auteurs que voilà, c’est intéressant. Il ne faut pas forcément faire quelque chose comme cela, mais quelque chose qui va dans ce sens.

J’ai même un collègue, qui a carrément… Ce n’est pas forcément une méthode que je recommanderais, mais ça montre les possibilités qui sont à notre disposition aujourd’hui. C’est que, pendant qu’il écrivait son bouquin, il avait une vidéo de lui en direct, qu’il diffusait sur Facebook Live, avec une caméra qui le filmait en train de taper, et en même temps, on voyait son écran en temps réel, avec le texte qui apparaissait progressivement. Pourquoi pas ? Zéro euro, pourquoi ne pas le faire ? Alors, ça n’a pas des millions d’audiences, soyons clairs, mais pourquoi pas ?

 

Par rapport au style. J’ai l’impression que les bons blogueurs se distinguent par une grande clarté. C’est une caractéristique de votre livre. Il est pédagogue et clair. C’est toujours accessible, sans jargon ou à peine…

Ça, le jargon… Une caractéristique des blogueurs, c’est que l’on s’adresse à une audience relativement large. Et de toute façon comme dit la phrase de Boileau, « Ce qui se conçoit bien doit s’énoncer clairement ».

On voit bien que, de manière générale, le jargon est une forme de mécanisme de défense (par exemple les membres d’une industrie qui veulent pouvoir discuter sans que les autres ne s’en mêlent). Et aussi une forme de pédantisme, pour se valoriser.

Je ne me rappelle plus du nom de ce bouquin sur l’entrepreneuriat, que j’ai lu très jeune, où l’auteur commençait justement en annonçant : « je ne vais pas vous assommer de jargon, on va parler de trucs que la plupart des gens trouvent compliqués, on va parler de comptabilité, de gestion d’entreprise et tout ça, et vous allez voir que je vais vous parler de manière claire. Parce que la plupart des gens qui utilisent des mots compliqués, c’est juste de la frime, c’est complètement inutile ». Et il donnait un truc dans son bouquin qui m’a frappé. Il présentait plusieurs colonnes de mots qui étaient compliqués. Et tu pouvais prendre n’importe quel mot de la première colonne, n’importe quel mot de la deuxième puis de la troisième colonne et des suivantes, et ça donnait une phrase qui sonnait de façon impressionnante, une phrase qui avait l’air géniale, mais qui ne voulait rien dire. Et des gens abusent de ce genre de phrase. Les gens nous enflent avec des mots compliqués.

C’est comme le langage corporel, quand l’orateur fait de grands gestes, mais qu’en fait il a l’air de brasser du vent. Des mots font le même effet. C’est comme les gens qui font croire qu’ils comprennent, mais qui ne captent rien du tout. Des études scientifiques montrent qu’il y a plus de force à parler humain, et je pense que cela présente plus d’avantages que d’inconvénients.

Ça peut même être amené jusqu’au populisme…

Je vais peut-être donner un contre-exemple, mais écoutez Donald Trump, on a l’impression qu’il parle à des enfants de trois ans. En fait, c’est une technique de vente, parce que quand la personne parle plus simplement, l’autre comprend mieux. Trump, c’est sans doute trop extrême. Mais c’est pour montrer qu’un homme peut arriver jusqu’à la présidence en parlant simplement.

On n’a pas besoin de trop se compliquer la vie. Et moi, ça me fait toujours rire, quand je rencontre des gens qui sont docteurs et qui ont fait une thèse. Mon kif, c’est de leur demander le titre de leur thèse. Parce que c’est toujours à mourir de rire, en fait. Et après, je leur demande : « Et en français, ça donne quoi ? ». Et ils sont toujours capables d’expliquer de manière plus simple… Parce que dans le milieu universitaire, c’est un peu une coutume, c’est difficile de ne pas parler en jargon, sinon là, t’es exclu de la tribu.

Après bien sûr, il y a du jargon qui est important, parce que ça apporte des nuances pointues, qui n’existent pas dans le vocabulaire courant, mais plus souvent c’est de la gonflette.

Quand vous vous êtes construit sans appartenir à un milieu en particulier, vous devez vous affranchir de ça. Et de manière générale, c’est un super atout de parler simplement. Et d’écrire simplement, aussi…

 

Votre livre embrasse un spectre très large de sujets, toujours en étant très accessible. En cela, il est rare. En sortant ce livre, avez-vous le sentiment de participer à un nouveau mouvement culturel ?

Moi, je baigne là-dedans depuis déjà un moment. Ça m’arrive de lire des bouquins scientifiques, mais c’est toujours de la bonne vulgarisation.

Je n’ai pas vraiment étudié ça, est-ce que c’est un mouvement ou pas ? Il y a un mouvement, c’est clair. Mais j’ai l’impression que ça a toujours existé, des gens qui ont voulu rendre les choses claires, simples, qui ont une bonne démarche pédagogique, on peut en trouver dans tous les siècles.

Il y a toujours des bouquins mieux écrits que d’autres, et des livres où… D’ailleurs je lisais un livre de Plutarque, sur les vies parallèles des hommes illustres, et il disait : « Il y a des auteurs où on voit que tout coule naturellement, et d’autres où on voit qu’ils ont dû se forcer pour extraire ce qu’ils voulaient dire et le mettre sur le papier. » Donc, on a toujours admiré les auteurs qui savaient dire les choses, même les choses compliquées, de manière simple.

Quand tu vois Newton, la loi de la gravitation qu’il a trouvée, il faut savoir qu’il s’est appuyé sur trois lois que Kepler avait trouvées trois siècles avant lui… Il faut se le taper, le bouquin de Kepler, mon Dieu ! C’est rempli de trucs qui n’ont rien à voir, ça parle d’astrologie et de trucs qui ne sont complètement pas scientifiques. Et une chose des plus incroyables que Newton a faite, c’est d’arriver à trouver ces trois lois dans le bouquin de Kepler !

Bref, tout ça pour dire qu’on respecte les gens comme Kepler qui ont fait du bon travail, mais on respecte aussi les gens qui savent en faire quelque chose de clair et de fluide, et ça depuis longtemps.

Donc je ne crois pas que ce soit un mouvement, j’ai l’impression que ça a toujours existé.

 

J’ai l’impression que les nouveautés sont nombreuses, pourtant, depuis l’Internet. Par exemple, la pratique du work in progress. C’est-à-dire qu’on peut parfois publier, même si on n’a pas encore tout à fait « achevé » son travail, au sens classique du terme. Avant Internet, quand on présentait un livre ou un article pour une publication, c’était censé être tout de suite le produit fini. Même s’il y a avait des corrections à la deuxième ou à la troisième édition.

Oui, c’est vrai qu’aujourd’hui, ça ne coûte plus rien d’écrire un article qui peut être potentiellement lu par 10.000 personnes, ça a un coût de distribution de pas grand-chose, et on sait qu’on peut le modifier, etc. Ça rend le perfectionnisme moins indispensable.

 

Avez-vous des conseils à donner, à des gens qui ont des problèmes d’écriture ?

Je donne toujours l’exemple de mon ami Christophe, qui s’était inscrit à un club de développement personnel, et qui partageait des trucs sur un forum pour vaincre sa timidité, etc. Et franchement, le gars c’est mon pote alors je peux en parler, il avait une éducation scientifique, et une écriture vraiment horrible, même limite incompréhensible ! Il a pourtant continué à écrire et au fur et à mesure, il a eu un style. Ça ne sera jamais un Flaubert ou un Balzac, mais on s’en fout, on ne demande à personne d’être un Flaubert ou un Balzac. Il a eu un blog et il a publié un ebook qui a été lu par des dizaines de milliers de personnes.

Je ne dis pas que c’est facile, mais juste que c’est possible. Il ne faut pas se décourager. Mais c’est comme tout, c’est en forgeant qu’on devient forgeron, et on s’améliore petit à petit.

Et concernant certaines personnes pour qui l’écriture, ce n’est vraiment pas leur dada, d’autres possibilités existent : on peut faire de l’audio, de la vidéo, on peut utiliser des logiciels de retranscription de texte…

J’ai découvert avec stupéfaction que certains grands auteurs n’écrivaient pas de leur main. Par exemple Stendhal avec « Le rouge et le noir », il dictait à son secrétaire, ce n’était pas lui personnellement qui écrivait.

Personnellement, je n’écris pas sous forme orale. Ni en dictant, ni en utilisant des logiciels de reconnaissance vocale, parce que je trouve qu’on ne va pas assez profond. Et c’est beaucoup plus dur de structurer sa pensée juste à l’oral. L’écriture, c’est un vélo pour l’esprit. Ce n’est pas seulement une manière de communiquer, c’est une manière de réfléchir différemment.

Mais voilà, il y a des possibilités, il faut juste les explorer et ne pas lâcher l’affaire.

 

Propos recueillis le 20 juillet 2017.

 

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préférer le tu ou le vous ?
septembre 12th, 2017 par JérômeDuez

Vaut-il mieux utiliser le « tu » ou le « vous » dans son blog ? Le tutoiement et la familiarité sont courants dans la culture-blog. Alors, je m’interroge : vais-je épouser cette tendance et changer ma façon de m’adresser à vous… Heu, à toi ?

Montre-moi ton style, je te dirai ton âge

En créant biendanssesecrits.fr et en rédigeant mes premiers billets, j’ai naturellement employé le « vous », parce que cela m’était naturel.

J’ai succombé aux charmes du vouvoiement dès l’adolescence. J’aime la sonorité sensuelle et veloutée du « vous ».

De plus, le vouvoiement est préférable dans mon métier de formateur. Comme j’ai beaucoup de consignes à transmettre, le « vous » contribue à les faire passer plus en douceur. En l’employant, j’ai la sensation d’enfiler des gants de velours.

Question de génération?

Les premières fois que j’ai lu des blogs qui me tutoyaient, j’ai pensé : « Ils sont jeunes ! ». Ça me rappelait la lecture des magazines rock de mon adolescence. Vague sensation de régression…

J’ai laissé passer du temps, avant de me pencher sérieusement sur la question… À présent, je vais y réfléchir devant vous !

Car je ne dois pas rester fermement ancré dans le vouvoiement, au prétexte que c’est plus joli, ou que ce serait plus de mon âge… Je dois y regarder de plus près, et peser le pour et le contre.

Le « tu » pour une intimité qui coule de source

C’est un conseil répandu, à juste titre : il convient que l’auteur.e [1] d’un blog traite chaque lecteur ou lectrice comme quelqu’un d’unique. Cette règle du marketing confère au style un ton plus personnel.

Un blog professionnel doit être créé comme une entreprise. C’est à dire que, préalablement à la création, l’auteur.e du blog effectue une étude de marché. Dans ce cadre, certain.e.s vont cerner le profil de leur follower privilégié.e, jusqu’à dessiner son portrait-robot : sexe, âge, taille, poids, métier, vie familiale, loisirs, intérêts, orientation politique, attentes et besoins, et plus encore !

Sachant tout cela de son lecteur ou de sa lectrice privilégié.e, l’auteur.e tutoie. C’est la moindre des choses.

Donc, si je veux créer un cadre intime à travers mon blog, je n’ai aucune raison valable de continuer à te vouvoyer, vois-tu ?

Pourtant, j’hésite encore.

Le « vous » ouvre le champ des possibles

À la radio et à la télé, il arrive qu’une émission réunisse des personnes qui se connaissent et qui ont l’habitude de se tutoyer. Or, au micro ou devant les caméras, ces personnes se vouvoient. C’est une règle, laquelle répond à une réalité : le public se sent exclu des échanges, quand les intervenant.e.s parlent en se tutoyant.

Je respecte cette règle dans mes interviews. Souvent, nous nous tutoyons lors de l’entretien, puis, au moment de la retranscription, j‘applique au dialogue le mode du vouvoiement …

Nous pourrions étendre cette règle des médias à la rédaction des billets.

Parce que le tutoiement réduit le cercle d’audience. C’est une manière de faire sentir une appartenance. Donc, tout le monde n’est pas le bienvenu sur un blog qui tutoie. Tu adhères ou tu sors.

Je ne vois pas la pertinence d’adopter cette politique, pour ce qui concerne mon blog. En effet, si vous suivez ce blog, c’est parce qu’avant de le découvrir, vous vous êtes engagé.e à progresser en écriture.

Votre engagement est personnel, il ne concerne que vous et n’a rien à voir avec l’engagement à un collectif. Il n’y a pas d’enjeu d’appartenance à un groupe. Et je ne suis le chef d’aucun mouvement. Je suis un pédagogue, accueillant toutes celles et tous ceux qui souhaitent se perfectionner.

Derniers arguments en faveur du « tu »

Je suis donc enclin à rester fidèle au « vous ». Mais j’ai oublié de tenir compte d’une dernière petite chose : mon sujet.

Cette année, je ne vais pas vous parler simplement d’écriture, mais de l’écriture sur le Net. Et ce n’est pas pareil. Le Net impose ses propres règles.

Quant au blog, c’est toute une culture ! Une culture jeune, fondée par des jeunes qui s’adressent majoritairement à des jeunes. Et d’une certaine manière, peu importe ton âge ! Si le monde du Net t’intéresse, alors tu es jeune dans ta tête !

En t’impliquant dans ta propre aventure sur le Net, la jeunesse éternelle tu gagneras. Toujours sur ta route tu évolueras, à travers tes recherches et tes échanges. Et toujours les fruits de ta connaissance et de ta créativité tu offriras.

Oui, je suis d’accord avec ça. Mais est-ce une raison pour parler geek ? Je n’ai pas cru remarquer de règlement qui me l’impose… Mieux que ça, personne n’a institué l’usage du tutoiement comme un principe de bienséance.

Je ne vais pas me mettre à vous taper sur le dos et à vous inviter à boire dans mon verre. Nous conserverons des rapports cordiaux, j’espère complices, mais jamais familiers.

À votre tour d’y réfléchir

C’est fait, j’ai pris ma décision : je conserve le « vous » !

Mais cela ne veut pas dire grand-chose, en ce qui vous concerne, vous et votre blog.

Allez-vous choisir le « tu » ou le « vous » ? C’est au cas par cas.

Cela dépend de : votre sujet ; votre âge ; votre histoire personnelle ; l’image que vous souhaitez véhiculer ; l’âge de votre lecteur ou lectrice privilégié.e ; le type de rapport que vous souhaitez instaurer avec vos followers, etc.

Si votre sujet touche à la défense d’une cause précise, et si vous attendez de vos followers un grand degré d’implication dans un projet collectif, privilégiez le tutoiement. Idem si votre blog est une sorte de club. L’esprit club impose le tutoiement.

Autrement, il n’y a pas de règle pour trouver le ton juste… Réfléchissez à la question comme je viens de le faire, et écoutez-vous intimement pour décider des réponses. Parce que c’est aussi une question de sensibilité.

Réservez un moment à cette réflexion. Cela vous aidera à façonner votre identité et à bâtir un univers cohérent.

[1] Si cette manière d’inclure le féminin vous surprend, lisez ce billet sur de nouvelles règles d’écriture en matière de parité des sexes.

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avril 20th, 2017 par JérômeDuez

Chronophage, la tenue d’un blog ? Oui et non. Avant l’existence d’Internet, le seul moyen pour faire connaître votre activité était le démarchage physique. Ce qui représentait l’embauche de commerciaux à plein temps. À présent, vous pouvez atteindre ce résultat en consacrant dix fois moins de temps, grâce à vos publications sur le Net.

Quelle estimation réaliste ?

Ne nous voilons pas la face :  tenir un blog prend du temps. Au démarrage et pendant la période de rodage (variable selon la fréquence de vos publications), un article (ou billet, ou post) de qualité prendra environ 4 à 6 heures. Ce temps est décomposé comme suit :

– Un bon quart d’heure pour trouver l’idée et élaborer le plan

– 20 à 40 minutes consacrées à l’écriture proprement dite. La vitesse d’écriture tourne autour des 800 mots/20-30 minutes.

– 1 heure réservée à la correction.

Pour le moment, ça ne fait que deux heures… Disons trois, tant que vous n’êtes pas rodé.e.

Mais la fin de la rédaction n’est pas la fin de l’histoire. Il s’agit maintenant de diffuser votre post. Les pros du référencement s’accordent à estimer que le temps consacré à la diffusion est supérieur ou égal au temps consacré à la rédaction.

Ils ont raison. Car si vous vous contentez d’écrire et de publier, votre post aura peu de visibilité. Pour avoir une valeur commerciale, la nouvelle de sa publication doit être relayée sur les réseaux sociaux, susciter des commentaires auxquels vous vous devez de répondre, etc.

Je n’en dis pas plus sur ce travail de référencement et de promotion, n’étant pas un spécialiste en la matière. Je préfère vous diriger vers trois billets sur des blogs que j’aime beaucoup :

– celui de Sophie Gauthier, bourré de conseils précieux et plein d’humour : contentologue.com/faire-connaitre-son-blog/

– celui d’André Dubois, complémentaire et plus technique : traficmania.com/comment-augmenter-trafic-blog/

– sans oublier celui de Mehdi, qui vous propose une mine d’idées : blogbooster.fr/augmenter-trafic-blog/

Compartimenter les tâches pour gagner du temps

Bonne nouvelle : vous pouvez atteindre une vitesse moyenne divisée par deux !

3 heures au lieu de 6, cela reste long mais vous allez voir qu’il est possible de vous organiser, afin d’assurer une production de qualité en n’y consacrant que 30 minutes par jour.

Cela consiste à compartimenter les étapes et à grouper plusieurs billets pour chacune.

Tel jour est consacré à trouver des sujets et à faire de la veille. Les deux vont de pair. Vous pouvez vous inspirer des autres blogs (autant qu’ils s’inspireront de vous). Il est possible d’avoir trouvé 3 à 5 sujets à la fin de chaque séance.

Un autre jour, vous rédigez plusieurs brouillons sans vous relire. Bon, d’accord, ce jour-là, vous y passez plus d’une demi-heure. Mais quand on est inspiré, on ne voit pas le temps passer, c’est du pur plaisir.

Les jours suivants, vous relisez et corrigez vos brouillons.

Surtout, évitez de rédiger et de corriger un texte dans un même élan. En faisant cela,  vous serez moins performant. Car ce ne sont pas les mêmes parties du cerveau qui travaillent à la correction et à la rédaction. Passer d’une partie à l’autre, c’est perdre du temps à s’échauffer de nouveau. Il vaut mieux profiter d’une partie du cerveau qui carbure à plein régime, et la solliciter sur un autre texte.

Consacrez plusieurs séances à la correction. Car, à moins d’être un Mozart du français, nous ne voyons jamais l’intégralité des faiblesses d’un texte en une seule lecture. Personnellement, je consacre entre 3 et 6 relectures de 10 à 15 minutes par texte, avant d’être satisfait.

Enfin pour la diffusion, vous faites la même chose : vous communiquez sur plusieurs articles à la fois. Ce sont des journées à programmer, comme on programme sa démarche commerciale. L’approche est différente mais l’esprit est le même. Ces jours-là, vous êtes tourné vers les autres, et vous communiquez sur vos articles dans un style empathique et convivial.

3 options pour aller encore plus vite

Les conseils qui précèdent s’appliquent à des articles de 700 mots minimum.

Vous pouvez décréter que vos textes ne feront pas plus de 350 mots. Du genre « 7 idées pour réussir vos afterworks », avec 4-5 lignes réservées à chaque idée. C’est souvent déconseillé, car ces articles manquent d’espace pour vous laisser affirmer votre différence.

Mais tout dépend de votre statut. Si vous êtes déjà une personnalité, vous pouvez écrire court et vos fans sont toujours heureux de recevoir de vos nouvelles. En revanche, si vous écrivez pour vous faire connaître, mieux vaut multiplier les efforts et offrir un texte généreux et pertinent.

Quelle que soit la longueur de vos textes, vous pouvez décider que chacun ne vous prendra que trente minutes au maximum. Comment ? En le dictant puis en envoyant votre fichier audio à une personne chargée de le retranscrire et de le peaufiner. Si vous êtes doué à l’oral, le résultat sera à la fois un article écrit et un podcast, voire un petit film sur YouTube.

Vous pouvez aussi rédiger un brouillon et déléguer le peaufinage, la publication et la diffusion. C’est une question de budget.

Et si vous préférez lire plutôt qu’écrire, vous pouvez faire de la curation, c’est-à-dire une veille quasi quotidienne sur le Net et ailleurs, en repérant les meilleurs articles de presse et les meilleurs billets de la blogosphère qui parlent de votre secteur d’activité, et en diffusant votre sélection. Par exemple à travers la création d’une page sur Scoop.it, un des sites de curation les plus populaires actuellement. Ainsi, vous pouvez devenir une référence dans votre domaine, en ne publiant que des liens.

Et vous, avez-vous d’autres astuces pour gagner du temps sur la tenue de votre blog ?

 

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