Category: Communication

lâcher prise et chuter
novembre 11th, 2019 par Jérôme Duez

La première fois que l’on m’a conseillé de “lâcher prise”, une image m’a frappé l’esprit : celle d’un homme, le corps dans le vide, s’accrocher désespérément à une corniche, puis, à bout de force, lâcher et chuter.

"Lâcher prise" fait penser à ça

Cette image cauchemardesque m’a éloigné du sujet pendant quelques années. J’ai refusé de prêter attention aux gourous qui prônaient le lâcher-prise.

« Lâcher prise », une horrible expression…

Précédemment, j’ai parlé du choix de certains termes néfastes pour notre bien-être. J’ai mentionné des tics de langage à la mode, tels que « du coup » et « pas de problème ». Mais « Lâcher prise » est pire. C’est un terme aberrant, car utilisé dans le langage du développement personnel, alors qu’il n’engage pas au mieux-être.

Outre l’image morbide que cela me renvoie, « Lâcher prise » est une expression tordue. Car « prise » est le participe passé du verbe « prendre ». Donc, on peut entendre dans l’expression le double geste de lâcher et de prendre : cette antinomie freine tout mouvement, c’est le blocage assuré !

…Alors que l’exercice est merveilleux

Un jour, il y a plus de 10 ans, une amie m’a offert un livre de Guy Finley, un enseignant spirituel américain. Le livre a changé ma vie. Grâce à lui, j’ai fait mes premiers pas sur la voie de la spiritualité, et j’ai découvert cette merveilleuse pratique consistant à abandonner toute tension.

Par tension, entendez les tensions physiques, et aussi les pensées néfastes susceptibles de provoquer et d’alimenter ces tensions. Donc, s’entraîner à cette forme d’abandon provoque un délice sensoriel et inspire une nouvelle philosophie de vie.

En Anglais dans le texte

Guy Finley a publié une série de livres consacrés au lâcher-prise… Du moins, c’est ce que les titres en français laissent supposer. Voici quelques-uns de ces titres : « Lâcher prise – la clé de la transformation intérieure », « Pensées pour lâcher prise », « Vivre et lâcher prise », « Lâcher prise pour vaincre la dépendance »…

Mais en Anglais, ces mêmes titres donnent ceci : « The secret of Letting Go », « Designing your own Destiny », « Let Go and Live the Now », « Breaking Dependancy »…

Et je me demande : quel traducteur pervers a eu l’idée de traduire « let go » par « lâcher prise » ? Et surtout, pourquoi les éditeurs ont approuvé cette traduction ?

Non au “lâcher-prise”, oui au “laisser-aller”

C’est donc « Let go » que l’on a traduit par “lâcher prise”. Sans doute s’est-on interdit la traduction littérale, à cause de la connotation péjorative du « laisser-aller » en français. L’expression accuse une absence de rigueur ou de tenue.

Les profs de jadis prenaient un air pincé pour dire aux parents : « Il y a du laisser-aller dans le travail de votre fils ». Heureusement, de nos jours, les profs sont plus cool. Donc désormais, rien ne nous interdit de traduire « let go » par « laisser aller » et d’oublier le sens ancien du terme.

“Laisser aller” sonne comme une invitation à quelque chose d’agréable : un pas de danse, une glissade grisante, un mouvement de détente libératrice.

"laisser aller" au lieu de "lâcher priseé

Pour nommer cette action propre à la relaxation et à la méditation, “laisser aller” me semble l’expression idéale ! (1)

Hérésie culturelle

En privilégiant le terme « lâcher prise », la langue française ne nous aide pas. Ce n’est pas une exception. Un autre cas est le terme « remise en question », une appellation méprisable (sur laquelle je reviendrai bientôt) pour nommer une attitude remarquable.

En France, nous sommes dans la culture de l’effort et du mérite. « Passe ton bac d’abord », « Fais tes devoirs et tu auras droit au dessert ». L’idée de s’octroyer des plages de « laisser-aller » au milieu de nos travaux déplaît à l’esprit français.

C’est pourquoi les Français sont si peu talentueux pour formuler des objectifs motivants. Parce que, comme je l’ai expliqué (notamment dans mon livre à télécharger gratuitement : “Osez l’écriture !“), un objectif est une récompense. Se fixer un objectif consiste à visualiser la récompense avant de fournir l’effort pour l’atteindre. Mais on ne l’encourage pas chez nous ! Si bien que beaucoup se fixent des objectifs en termes de travaux (faire ceci, se mettre à cela…) ; en s’y prenant ainsi, ils perdent de vue la récompense et l’obtiennent rarement.

Eh bien, je dis non ! Je refuse cet état d’esprit. J’aime la culture française, mais il arrive à toutes les cultures de perdre pied, parfois. C’est donc à nous d’y remédier.

C’est pourquoi, dès que vous parlez d’une pratique délicieuse, je vous conseille de choisir des mots séduisants pour la nommer.

Alors, c’est compris ? Ne lâchez rien ! Quand la prise est bonne, tenez bon ! Et aspirez au laisser-aller !

(1) Vous pouvez trouver “laisser aller” aussi déplaisant que “lâcher prise”. Dans ce cas, quelle expression aimeriez-vous voir et entendre à la place ?

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Un bon storytelling doit toujours s'inspirer d'une vérité, même quand le résultat fourmille de fantaisie. Heureusement, nos vies pros sont de vrais romans !
octobre 22nd, 2019 par Jérôme Duez

« Je vais vous raconter une histoire », annonce le conférencier… Tout de suite, il se met à dos une partie de l’assemblée qui n’aime pas qu’on l’infantilise. « C’est l’histoire d’un… », avant la fin de sa phrase, des spectateurs soupirent. Car ce qu’il s’apprête à raconter ressemble à de la fiction, alors que l’on se trouve dans un salon professionnel, réunissant un public en attente d’informations concrètes et solides. Pauvre orateur, à côté de la plaque !

Pourtant, il l’a travaillé, son discours ! Combien de nuits blanches à soigner les tournures et à répéter ? Il a même fait appel à un consultant qui lui a vendu le storytelling comme le nec plus ultra de la com’. Mais ce consultant s’est improvisé storyteller, traduisant son titre au pied de la lettre : raconteur d’histoires. Erreur ! Un bon storytelling c’est le contraire, cela va chercher l’inspiration dans la réalité.

Un storytelling réussi repose sur une vérité

Au contraire du précédent, ce conférencier-là a tout compris. Il s’avance sur scène, les yeux fixés sur son public, il n’annonce rien encore, il est silencieux. Il sourit ou ne sourit pas, selon son caractère ; voyez comme il semble à l’aise ! Enfin, il parle : « Hier, j’ai… », et la suite sent le vécu. C’est un chef d’entreprise, on sait qu’il va faire part de son expérience, le récit est installé, l’adhésion est unanime.

Pour atteindre cette qualité de présence authentique, le plus court chemin est celui de la vérité. À l’étape de la conception de son discours, le conférencier puise en lui-même ce qui le motive et l’anime. Ensuite, transmettre cela lui demande peu d’efforts ; l’histoire illustrant son propos lui vient naturellement.

Le rapport entre l’entreprise et son image commerciale, c’est comme une union amoureuse qui dure : elle n’est pas fondée sur le mensonge. Chacun se découvre à l’autre avec ses forces et ses faiblesses, ses hauts et ses bas. En somme, de la vérité de deux individus naît l’invention du couple ; et la grande histoire peut démarrer.

Les éléments d’une bonne histoire

Comme je l’ai dit dans l’article « Suivez la trame du succès », les histoires qui fonctionnent suivent à peu près toutes la même trame : cela raconte une transformation. Or, la plupart de nos épisodes professionnels, eux aussi, racontent une transformation. Par exemple : votre client a un problème et vous allez lui apporter la solution ; donc, le passage du problème à la solution est en soi une transformation.

Vous voyez, il n’est pas besoin d’aller chercher bien loin pour raconter une histoire passionnante.

Une bonne histoire demande aussi de bons personnages, à savoir un héros et un  méchant captivants. Si l’on reprend le schéma problème/solution, le méchant de l’histoire est ledit problème. Et il faut avoir le talent pour donner du caractère à ce problème. Mais ce n’est pas le plus délicat.

Là où des storytellers se trompent parfois, c’est dans le choix du héros. Ils vont trop vite en besogne, en désignant le chef d’entreprise en tant que héros[1]. Or, tout le monde n’est pas Elon Musk ou Richard Branson, capable de communiquer sur sa vision du monde ou sur ses choix de vie.

Le héros peut être autre. Dans certains cas, il peut s’agir du client. Par exemple, les utilisateurs d’un Mac se transforment en de grands créatifs dès qu’ils think different ; et les clients de Nike se métamorphosent en super sportifs dès qu’ils just do it.

Et parfois, ce n’est ni l’entrepreneur, ni le client, mais c’est le produit qui est le héros. C’est le cas d’une belle voiture, qui transforme un trajet quelconque en voyage légendaire.

Ainsi, même quand les éléments d’un bon storytelling semblent simples, la fabrication du récit demande de la subtilité. Et ce n’est pas facile à réaliser soi-même.

Pour commencer…

Pour mettre en évidence l’image authentique d’un entrepreneur et de son produit, démarrez par une phase de questionnement. Soit vous choisissez de suivre une formation pour apprendre à vous poser les bonnes questions et à maîtriser les techniques du récit accrocheur, soit vous faites appel au storyteller compétent qui s’en chargera.

C’est à la qualité des questions de départ que vous pourrez mesurer la fiabilité de votre storytelling. Car je le répète, l’histoire produite repose sur du sérieux, c’est véritablement vous et votre entreprise, quel que soit le degré de fantaisie de la version finale.

L’enjeu est économique. Une bonne trame de storytelling dure des années. Chaque nouvelle saison, il suffit de la réactualiser légèrement, sans remettre en question la base. Tandis qu’une histoire fondée sur de l’invention pure est à revoir chaque année de fond en comble, dans l’espoir qu’un jour la com’ vise juste.

Alors, êtes-vous bien équipé.e pour réussir votre storytelling ?

* * *

[1] Si vous souhaitez incarner le héros de votre storytelling, allez plus loin dans la réflexion, et lisez ce billet : « Comment concevoir clairement ? »

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Limitez-vous à un unique message pour laisser un souvenir unique
juin 25th, 2019 par Jérôme Duez

Parfois, on veut tout dire d’un coup. Déverser tout ce qu’on a sur le cœur. Mais c’est une mauvaise idée, presque toujours.

Pour avancer, on y va pas à pas. Pour bâtir une maison, on s’y prend pierre par pierre. Je ne vous apprends rien. Eh bien, ce principe d’unicité vaut aussi en communication : pour être compris, on ne délivre qu’un message à la fois.

Voici 7 cas où cette règle d’or s’avère indispensable.

Un unique message pour laisser une image claire de soi

Dans des réunions où les gens ne se connaissent pas, chacun se présente aux autres le plus brièvement possible. Et certains coupent l’envie de les écouter. Car, en moins de deux minutes, ils trouvent le moyen de saturer d’informations leurs auditeurs.

Au lieu de se limiter à dire ce qu’ils font, les voilà qui racontent leur précédent métier, parfois sans rapport avec leur métier actuel (premier message) ; puis ils présentent leur métier actuel (deuxième message) ; et enfin, ils évoquent leurs axes de développement, soit une redéfinition de leur métier à l’avenir (troisième message). Cela fait deux messages de trop, et cela brouille leur image.

D’autres ont plusieurs activités. Par exemple, formateur, conférencier, coach et auteur. Et ils tiennent à nous présenter les quatre. Mais les auditeurs ne peuvent pas retenir l’ensemble. Donc, ils reçoivent un message confus, qu’ils finissent par oublier.

Donc, pour vous présenter à une assemblée, peu importe le temps octroyé, peu importe votre style de pitch (vous trouverez des exemples ici), ne délivrez qu’un seul message.

Un unique message par e-mail

Étant donné que chaque e-mail possède un seul objet, son contenu doit être en rapport avec cet objet.

Il arrive que je reçoive un e-mail où la personne parle de plusieurs sujets, dont certains ne sont pas en rapport avec l’objet. Et cela pose problème.

Car souvent, un sujet justifie plusieurs échanges de mails. Alors, comment retrouver l’historique de ces échanges, si le contenu de chaque e-mail n’est pas explicitement mentionné dans l’objet ?

Donc, si vous avez plusieurs sujets à aborder le même jour à l’attention d’un même destinataire, envoyez-lui plusieurs mails courts, à raison d’un mail par sujet.

Un unique sujet par slide

La logique est la même pour les slides d’un PowerPoint.

Chaque slide à un titre. Il convient donc que le contenu du slide soit en rapport avec ce titre.

Les bons slides doivent stimuler la mémoire photographique. Et c’est leur simplicité qui fait leur force.

“Une idée par paragraphe, un paragraphe par idée”

Ce slogan est une règle chère aux journalistes. Elle est valable pour les écrits professionnels (présentations commerciales, comptes rendus, rapports, etc.).

Car ces documents ne sont pas des parties de plaisir à lire. C’est pourquoi les lecteurs commencent par les survoler, et ne s’attardent que sur les passages qui les intéressent.

Cela explique l’importance de limiter chaque paragraphe à une seule idée. Car s’il y en a deux, au survol, on passe forcément à côté d’un point important.

Dans ce cas, la personne fautive n’est pas le lecteur qui n’a pas été suffisamment attentif au texte, mais le rédacteur qui n’a pas offert un confort de survol suffisant.

Pour émouvoir, un individu plutôt qu’une foule

Le récit d’un enfant qui vient de se noyer en mer est toujours plus émouvant que le constat de milliers de migrants qui se noient chaque année. C’est cruel mais c’est ainsi : le nombre n’émeut pas.

Chacun de nous est unique. Il est donc logique que l’on s’identifie mieux à l’histoire d’un être unique.

C’est pourquoi les campagnes caritatives conçoivent des affiches qui ne montrent qu’un seul visage, même quand il s’agit de financer la recherche pour éradiquer une maladie qui atteint des millions de gens.

Pour revendiquer, une réclamation à la fois

J’ai eu l’idée de cet article, en entendant s’exprimer les Gilets jaunes. Si je m’en souviens bien, l’augmentation de l’essence fut à l’origine de la crise ; et les premières revendications des Gilets jaunes étaient clairement orientées sur la hausse du pouvoir d’achat. Mais, au fur et à mesure de la crise, les revendications se sont multipliées, au point de former un magma incompréhensible.

Dès qu’un Gilet jaune intervenait dans les médias, il refaisait le monde en déroulant un inventaire de mesures sans rapport les unes avec les autres. Et l’on pensait en l’écoutant : « ils ne savent pas ce qu’ils veulent et demandent l’impossible ». En vérité, les revendications étaient trop nombreuses et disparates pour marquer les esprits.

Moralité : quand vous avez quelque chose à réclamer, ne passez qu’un message par réclamation. Tant pis si vous ne passez à la télé qu’une fois dans votre vie. La trace d’un message clair sera toujours mieux qu’un souvenir nébuleux.

En pédagogie, une leçon à la fois

Pour finir, voici un épisode du quotidien, traumatisant pour les enfants :

Toto, 5 ans, court dans la cuisine, visiblement très excité. Dans son élan, il renverse un verre posé sur le bord de la table. Son père est témoin de la maladresse et lui fait la leçon. Toto la reçoit et promet de ne plus courir dans la cuisine.

Jusque là, tout va bien.

Mais voilà que le père a la mauvaise idée de rajouter « Tiens, et tant que j’y suis… », et d’installer un climat de terreur.

Car « tant que j’y suis » introduit une prochaine leçon. Le message n’est plus « tu viens de commettre une faute », mais « tu n’arrêtes pas d’en commettre ». Et Toto ne reçoit plus une leçon, mais un jugement : il se sent nul, et c’est le message principal qu’il retient.

Donc, pour faire œuvre de pédagogie et profiter d’une maladresse de l’enfant pour lui enseigner une leçon constructive, les parents doivent se limiter à une leçon à la fois.

Est-ce si difficile ?

Nous limiter à un seul message n’est pas facile, quand on voit dans quel contexte nous évoluons.

Des messages, nous en recevons des tonnes, quotidiennement. Mails, informations, publicités (il paraît, d’après cet article très intéressant, que nos yeux reçoivent en moyenne 1.200 publicités par jour !), nous sommes matraqués !

Rien qu’un journal d’info, cela ressemble à un inventaire infernal, où les drames s’enchaînent sans transition. Au mieux, nous retenons une info ou deux, parfois aucune, nous sommes saturés.

Alors forcément, quand vient notre tour de nous exprimer, nous voulons rendre la pareille. Mais c’est la dernière chose à faire, si nous voulons « faire passer notre message ».

Je viens de décrire sept cas à titre d’exemples, vous n’avez pas besoin de les retenir tous les sept. J’espère seulement que vous retiendrez l’unique leçon à en tirer.

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faites confiance aux trames commerciales
avril 18th, 2019 par Jérôme Duez

Connaissez-vous le point commun entre Blanche-Neige, Star Wars, Le Seigneur des anneaux, Le Silence des agneaux, Spartacus, Le Parrain, Avatar, Il était une fois dans l’Ouest, Bienvenue chez les Ch’tis, et tant d’autres ?

Si vous n’avez pas la réponse, la voici :

Tous ces films à succès suivent la même trame narrative ! Oui, tous racontent la même histoire !

Une trame universelle

Cette histoire est la suivante :

« Il était une fois un garçon ou une fille qui démarrait avec pas grand-chose.

Ce personnage était animé par une quête formidable (épouser le prince charmant ; vaincre le méchant ; devenir Jedi ; réussir la mission…).

Pour atteindre l’objet de sa quête, notre personnage croise nombre d’obstacles et s’en tire grâce à des alliés.

Enfin, quand il atteint l’objet de sa quête, son aventure l’a transformé. »

Il peut exister d’autres trames dans les œuvres d’art (c’est même souhaitable, pour le maintien de notre richesse culturelle). Mais les œuvres les plus originales et novatrices, celles qui marquent l’histoire de l’art, sont rarement les plus commerciales. Si vous souhaitez créer une œuvre qui atteigne le grand public, suivez le storytelling que je viens de vous donner et n’en sortez pas !

Car le grand public est fainéant. Il n’aime pas trop ce qui « sort du cadre », parce que cela lui demande un effort de compréhension. Il préfère se trouver en terrain connu.

L’histoire que je viens de vous raconter fonctionne, parce que tout le monde la connaît. Et pour cause : elle existe depuis Homère ! Le public y retrouve ses repères, ses éléments de confort, et il reçoit avec plus de plaisir les éléments créatifs du film.

Le modèle Pixar

Les producteurs de cinéma n’aiment pas lire. Ils ne choisissent pas de financer un film à la lecture d’un scénario, ils le font à l’écoute d’un pitch de quelques secondes. Et, en ces quelques secondes, ils veulent retrouver la trame classique dont le public est familier.

Chez Pixar, la célèbre société de production de films d’animation rachetée par Disney, les producteurs sont extrêmement contraignants dans leur attente. En effet, ils exigent que le scénariste raconte son film en suivant précisément le canevas ci-dessous :

Il était une fois_____. Chaque jour, ______. Puis un jour, _______. Grâce à cela (ou à cause de cela) _______. C’est pourquoi ______. Jusqu’à ce qu’enfin_______.

Si le scénariste est incapable d’articuler son pitch sur ce modèle, son idée est rejetée, aussi géniale soit-elle. Alors, il a intérêt à raconter son film en remplissant les blancs comme on le lui demande.  

Deux exemples :

1.Pitch de « Nemo » [1]

Il était une fois un poisson veuf appelé Marin, qui se faisait beaucoup de souci pour son fils unique Nemo.

Chaque jour, Marin rappelle à Nemo que l’océan est plein de dangers et l’implore de ne pas nager au loin.

Puis un jour, par défi, Nemo ignore les mises en garde de son père et nage jusqu’à la pleine mer.

À cause de cela, il est capturé par un plongeur et se retrouve poisson d’aquarium chez un dentiste de Sydney.

C’est pourquoi Marin part en voyage pour retrouver Nemo, appelant à l’aide au passage les autres créatures de la mer.

Jusqu’à ce qu’enfin Marin et Nemo se retrouvent, repartent ensemble et découvrent que l’amour repose sur la confiance.

2. Pitch de « Organiser ses idées, structurer ses propos »

C’était un chef d’entreprise qui n’arrivait pas à se faire comprendre. Dès qu’il commençait à parler, son discours partait dans tous les sens.

Chaque jour, il se remettait en question et se corrigeait. Tantôt il en disait plus, tantôt il en disait moins, mais chaque fois les gens lui demandaient d’être plus clair. Son image en prenait un coup.

Puis un jour, alors qu’il perdait courage, un ami lui parle de mon livre « Organiser ses idées, Structurer ses propos », qui pourrait l’aider grandement ! Il est sceptique, mais il se dit qu’il n’a rien à perdre. Alors, il se procure le livre et il plonge dedans.

Grâce à cela, il acquiert des techniques pour structurer ses prises de parole. Et soudain, quand il parle, les gens l’écoutent avec intérêt !

C’est pourquoi il communique plus souvent, à l’attention de ses collaborateurs, et aussi sur Internet.

Jusqu’à ce qu’enfin, après avoir hissé au plus haut la motivation de ses équipes et doublé ses objectifs commerciaux, il apparaisse aux yeux de tous comme un communicant né.

Une trame pour inviter à la créativité

Pixar, renommée pour ses productions d’inventivité folle, impose un carcan à ses auteurs, dès l’étape du projet ! Cela n’a rien d’étonnant.

Car nous ne sommes pas dans un monde “tout créatif”, pas plus que nous sommes dans un monde tout noir ou tout blanc. Nous sommes dans le monde du « en même temps » et du « l’un n’empêche pas l’autre ».

Ainsi, Pixar impose un plan précis à ses auteurs, ce qui n’empêche pas l’inventivité folle.

On ne peut pas monter un pur-sang sans l’avoir préalablement dressé. C’est pareil avec l’inventivité, elle a besoin qu’on lui tienne les rênes.

De plus, un plan imposé à l’auteur lui retire une épine du pied : quand il n’a plus de questions à se poser sur la trame narrative, il est plus libre de mettre son art et sa fantaisie dans les détails.

Car, le public a beau reculer devant les histoires qui sortent des sentiers battus, il attend tout de même d’une œuvre une certaine originalité dans la manière de raconter, que l’on appelle “la touche personnelle” ou “le grain de folie” de l’auteur.

Ce qui vaut pour le cinéma vaut pour nous

C’est la même chose dans la communication du quotidien. Un bon professionnel à une manière personnelle et incomparable de présenter sa solution.

Quand il est trop bon élève et qu’il suit de trop près le plan de son scénario commercial, il ne paraît pas authentique.

Mais quand il se montre inspiré par son sujet, il devient forcément créatif, et il sait placer sa touche personnelle dans sa présentation ; alors, on oublie sa technique et on perçoit la personne dans sa pleine authenticité.

Moralité : ne cherchez pas l’originalité dans votre plan, faites confiance à la trame qui fonctionne le mieux. Et réservez votre originalité au contenu.

Et si vous avez de la peine à insuffler de la créativité dans vos présentations, je peux vous y aider, à travers un programme de formation ou d’accompagnement personnalisé.


[1] L’exemple du film « Nemo » est cité par Daniel Pink dans « Vous êtes vendeur, le saviez-vous ? » (Pearson).


Pour aller plus loin sur le storytelling, lisez : “Du storytelling et pas d’histoire !

Et pour en savoir plus sur le pitch, lisez : “5 façons de réussir un pitch

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préférer le tu ou le vous ?
septembre 12th, 2017 par Jérôme Duez

Vaut-il mieux utiliser le “tu” ou le “vous” dans son blog ? Le tutoiement est courant dans la culture-blog. Alors, vais-je épouser cette tendance et changer ma façon de m’adresser à vous… Heu, à toi ?

Montre-moi ton style, je te dirai ton âge

En créant biendanssesecrits.fr et en rédigeant mes premiers billets, j’ai naturellement employé le “vous”, parce que cela m’était naturel.

J’ai succombé aux charmes du vouvoiement dès l’adolescence. J’aime la sonorité sensuelle et veloutée du “vous”.

De plus, le vouvoiement est préférable dans mon métier de formateur. Comme j’ai beaucoup de consignes à transmettre, le “vous” contribue à les faire passer plus en douceur. En l’employant, j’ai la sensation d’enfiler des gants de velours.

Question de génération?

Les premières fois que j’ai lu des blogs qui me tutoyaient, j’ai pensé : « Ils sont jeunes ! ». Ça me rappelait la lecture des magazines rock de mon adolescence. Vague sensation de régression…

J’ai laissé passer du temps, avant de me pencher sérieusement sur la question… À présent, je vais y réfléchir devant vous !

Car je ne dois pas rester fermement ancré dans le vouvoiement, au prétexte que c’est plus joli, ou que ce serait plus de mon âge… Je dois y regarder de plus près, et peser le pour et le contre.

Le “tu” pour une intimité qui coule de source

C’est un conseil répandu, à juste titre : il convient que l’auteur d’un blog traite chaque lecteur comme quelqu’un d’unique. Cette règle du marketing confère au style un ton plus personnel.

Un blog professionnel doit être créé comme une entreprise. C’est à dire que, préalablement à la création, l’auteur du blog effectue une étude de marché. Dans ce cadre, certains vont cerner le profil de leur follower privilégié, jusqu’à dessiner son portrait-robot : sexe, âge, taille, poids, métier, vie familiale, loisirs, intérêts, orientation politique, attentes et besoins, et plus encore !

Sachant tout cela de son lecteur privilégié, l’auteur le tutoie. C’est la moindre des choses.

Donc, si je veux créer un cadre intime à travers mon blog, je n’ai aucune raison valable de continuer à te vouvoyer, vois-tu ?

Pourtant, j’hésite encore.

Le “vous” ouvre le champ des possibles

À la radio et à la télé, il arrive qu’une émission réunisse des personnes qui se connaissent et qui ont l’habitude de se tutoyer. Or, au micro ou devant les caméras, ces personnes se vouvoient. C’est une règle, laquelle répond à une réalité : le public se sent exclu des échanges, quand les intervenants parlent en se tutoyant.

Je respecte cette règle dans mes interviews. Souvent, nous nous tutoyons lors de l’entretien, puis, au moment de la retranscription, j‘applique au dialogue le mode du vouvoiement (ici, par exemple)…

Nous pourrions étendre cette règle des médias à la rédaction des billets.

Parce que le tutoiement réduit le cercle d’audience. C’est une manière de faire sentir une appartenance. Donc, tout le monde n’est pas le bienvenu sur un blog qui tutoie. Tu adhères ou tu sors.

Je ne vois pas la pertinence d’adopter cette politique, pour ce qui concerne mon blog. En effet, si vous suivez ce blog, c’est parce qu’avant de le découvrir, vous vous êtes engagé à progresser en écriture.

Votre engagement est personnel, il ne concerne que vous et n’a rien à voir avec l’engagement à un collectif. Il n’y a pas d’enjeu d’appartenance à un groupe. Et je ne suis le chef d’aucun mouvement. Je suis un pédagogue, accueillant toutes celles et tous ceux qui souhaitent se perfectionner.

Derniers arguments en faveur du “tu”

Je suis donc enclin à rester fidèle au “vous”. Mais j’ai oublié de tenir compte d’une dernière petite chose : mon sujet.

Cette année, je ne vais pas vous parler simplement d’écriture, mais de l’écriture sur le Net. Et ce n’est pas pareil. Le Net impose ses propres règles.

Quant au blog, c’est toute une culture ! Une culture jeune, fondée par des jeunes qui s’adressent majoritairement à des jeunes. Et d’une certaine manière, peu importe ton âge ! Si le monde du Net t’intéresse, alors tu es jeune dans ta tête !

En t’impliquant dans ta propre aventure sur le Net, la jeunesse éternelle tu gagneras. Toujours sur ta route tu évolueras, à travers tes recherches et tes échanges. Et toujours les fruits de ta connaissance et de ta créativité tu offriras.

Oui, je suis d’accord avec ça. Mais est-ce une raison pour parler geek ? Je n’ai pas cru remarquer de règlement qui me l’impose… Mieux que ça, personne n’a institué l’usage du tutoiement comme un principe de bienséance.

Je ne vais pas me mettre à vous taper dans le dos et à vous inviter à boire dans mon verre. Nous conserverons des rapports cordiaux, j’espère complices, mais jamais familiers.

À votre tour d’y réfléchir

C’est fait, j’ai pris ma décision : je conserve le “vous” !

Mais cela ne veut pas dire grand-chose, en ce qui vous concerne, vous et votre blog.

Allez-vous choisir le “tu” ou le “vous” ? C’est au cas par cas.

Cela dépend de : votre sujet ; votre âge ; votre histoire personnelle ; l’image que vous souhaitez véhiculer ; l’âge de votre lecteur privilégié ; le type de rapport que vous souhaitez instaurer avec vos followers, etc.

Si votre sujet touche à la défense d’une cause précise, et si vous attendez de vos followers un grand degré d’implication dans un projet collectif, privilégiez le tutoiement. Idem si votre blog est une sorte de club. L’esprit club impose le tutoiement.

Autrement, il n’y a pas de règle pour trouver le ton juste… Réfléchissez à la question comme je viens de le faire, et écoutez-vous intimement pour décider des réponses. Parce que c’est aussi une question de sensibilité.

Réservez un moment à cette réflexion. Cela vous aidera à façonner votre identité et à bâtir un univers cohérent.

 

Autre question cruciale : comment écrire plus vie pour votre blog ?

 

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Trouvez vos futur clients
août 29th, 2017 par Jérôme Duez

Alain Muleris est un spécialiste de l’accompagnement commercial et de la formation à la vente. Ses prestations sont présentées sur son site, Vitamine V. Alain Muleris vient de publier « Trouvez vos futurs clients en 100 jours », aux éditions Eyrolles.

Si vous n’êtes pas à l’aise avec la vente, ou si vous avez un projet d’entreprise, ou si vous êtes en train de mettre au point votre stratégie commerciale, jetez-vous sur ce livre ! Il vous aidera à vous poser les questions essentielles et vous indiquera les techniques à adopter pour mener à bien votre action commerciale.

Ensemble, nous parlons d’écriture, un matin de juillet, dans un café parisien :

 

Alain Muleris, vous venez de publier un livre sur la vente, très utile, en plus d’être très agréable à lire. Pourtant, vous n’êtes pas écrivain. Quel est votre métier principal ?

Mon expertise, c’est la vente. Et mon métier, c’est d’aider des dirigeants, des consultants, des autoentrepreneurs, à faire augmenter la performance commerciale.

 

Quel était votre objectif en écrivant ce livre ?

Je voulais que ce livre, s’il trouve son lectorat, donne envie de se lancer dans la vente avec aisance.

Ce livre permet de comprendre que la vente n’est pas innée, et qu’il y a des techniques autour de la vente, qui permettent à chacun d’acquérir la compétence de vendre, avec naturel.

Il existe plusieurs formules pour apprendre. Il y a des gens qui sont faits pour lire tranquillement un bouquin à leur rythme. D’autres préfèrent se dire : « Pendant deux jours, je m’enferme dans une salle avec un formateur, et lui, il va secouer tout ça » . Et une troisième catégorie de gens dit : « Je voudrais travailler avec Alain sur six mois ou sur un an, pour qu’il m’accompagne de manière plus approfondie sur la vente. »

Et personnellement, ce qui m’intéresse, c’est de modifier le comportement commercial des dirigeants, des commerciaux, des indépendants, qui n’ont jamais appris la vente, avec l’une des trois formules énoncées.

 

Le livre m’a donné l’impression d’avoir été écrit avec une grande facilité… J’ai raison ?

C’est déjà bien que ce soit cette impression qui ressorte (rires) !

Il y a eu différentes phases d’écriture. D’abord, je me suis rendu compte que j’avais beaucoup de matériel. Et la première phase a été d’abord de construire un plan, en tenant compte de la formule de la collection d’Eyrolles, qui est : en 100 jours.

Au lieu de le faire en 100 jours, mon idée était de découper le livre en 14 semaines, soit 14 chapitres, chaque chapitre abordant un thème spécifique de la vente. C’est sa forme actuelle.

À ce moment, je me suis aperçu que, malgré toute la matière que j’avais, il m’en manquait pour coller au plan du livre. Et j’ai arrêté un moment.

Ce qui a été difficile pour moi dans l’écriture, c’était d’aller chercher de l’information, puis de structurer complètement cette information. Mais une fois tout ça en place, la rédaction proprement dite coulait. Et globalement, ce livre ne s’est pas fait dans la douleur.

Alors, c’est sûr que ça prend du temps, ça demande beaucoup de concentration. Écrire pompe pas mal d’énergie, mais en même temps, je trouve assez jouissif d’avoir écrit un chapitre, de l’avoir terminé et de me dire : « J’ai trouvé la juste expression de ce que je voulais dire ». Sachant que ce que je voulais faire, c’est un guide de vulgarisation, avec un langage très accessible. Oui, relire son chapitre et estimer qu’il tient la route, c’est un moment de grande satisfaction.

 

Et quand le livre entier est terminé, c’est la satisfaction multipliée par le nombre de chapitres… !

Oui, je suis d’accord !

 

À la lecture de votre livre, on se rend compte de l’importance de l’écriture, pour un commercial.

Pour moi, celui qui maîtrise l’écriture, il maîtrise… Je ne veux pas dire « une arme » parce que je n’aime pas ce vocable… Mais en tout cas, il possède un atout professionnel important.

C’est vrai que, quand on parle « commercial »… J’entends beaucoup de gens me dire que le commercial, c’est le tchatcheur, celui qui parle. Ça, c’est une légende. D’abord, en général, un bon commercial écoute d’abord son client, il est plutôt celui qui pose les bonnes questions, et il est ensuite celui qui va réussir à faire une synthèse.

Et la synthèse, aujourd’hui, elle se fait par l’écrit. Principalement par le mail. Elle se fait ensuite par une proposition commerciale écrite.

Ça me navre, quand je reçois des mails avec une faute d’orthographe toutes les lignes ; je vois très clairement des copier-coller de paragraphes qui ne se tiennent pas, ça n’est pas structuré. Et quand je tombe sur une offre qui est très bien écrite, eh bien oui, cela donne envie ! Le rôle du commercial, c’est ça : donner envie à son client.

 

Dans le cadre de vos interventions, vous arrive-t-il de tomber sur des personnes vraiment bloquées à l’écrit ?

Pas à ce point-là. Mais j’interviens dans deux écoles, des établissements d’études supérieures, et je suis sidéré par le manque de maîtrise de la langue française et des règles de base de l’écriture.

Et quand je leur demande de me faire un PowerPoint, ce n’est pas structuré, il y a des fautes d’orthographe. Alors qu’il existe des correcteurs orthographiques ! Et quand on échange par e-mails, c’est une catastrophe. Je leur dis : n’envoyez jamais ça à un client !

En revanche, dans le monde de l’entreprise, je rencontre moins souvent ces cas. Mais globalement, les gens n’aiment pas écrire. Je suis conscient de faire une généralité en disant cela, mais au niveau des commerciaux, beaucoup n’aiment pas cela. Et c’est dommage, parce qu’ils passent à côté d’un atout fondamental.

 

Est-ce que certains arrivent à se passer de l’écriture, et trouvent un autre moyen pour booster leurs ventes ?

Pour moi, le bon professionnel, c’est celui qui identifie ce qu’il fait bien et ce qu’il fait moins bien. Et quand tu fais moins bien quelque chose, tu travailles pour augmenter ton niveau.

Ça passe par la formation (vous êtes bien placé pour le savoir). Ou par votre livre pour apprendre à structurer ses écrits. Ou par le simple fait de regarder comment les collaborateurs ou les confrères écrivent, et s’en inspirer ; déjà ça, ce serait bien.

 

Écrire une proposition commerciale, cela vous prend combien de temps ?

C’est le moment crucial, le moment où ça bascule avec un prospect. À chaque fois que je démarre un accompagnement commercial, je pose la question : « Pourquoi m’avez-vous choisi ? ». J’ai besoin de comprendre ce que j’ai bien fait. Et même quand un prospect ne me choisit pas, je l’appelle, parce que j’ai besoin de comprendre pourquoi il en a choisi un autre, pour savoir comment je peux m’améliorer.

Et souvent, ils me disent : « C’est par l’offre commerciale, et par la synthèse : j’ai retrouvé la discussion qu’on a eue dans ce que vous avez mis par écrit. »

Donc oui, ça prend du temps. Parce que je ne fais jamais de copier-coller. Alors en moyenne, cela me prend deux heures. Où je ne fais que ça. Où je suis totalement concentré. Le texte est court. C’est synthétique. Je dis seulement ce qui me semble devoir être dit, pas plus. Et je colle à l’entretien qu’on a eu.

 

Parmi les jeunes de la génération Internet, il y en a qui pensent : « Je connais tous les avantages du Net et en plus, j’écris bien. Alors, je vais pouvoir me passer de démarcher sur le vif ». Est-ce qu’ils sont dans le vrai ?

Oui et non. Oui, parce que les réseaux sociaux professionnels comme LinkedIn, pour moi, c’est mon principal outil de prospection. Par contre, je ne vends pas sur LinkedIn. J’attire des gens vers moi. J’écris, je publie, de temps en temps j’envoie une vidéo, mais c’est à 90 % de l’écriture.

Dans ma stratégie commerciale, j’ai décidé d’écrire mes propres articles, plutôt que republier ceux des autres. Quand on est sur LinkedIn ou sur Facebook, entre 7h30 et 9 heures du matin, tout le monde partage les mêmes articles, en fonction de son expertise. Moi qui suis dans la vente, je revois cinq, six, sept fois le même article partagé par les gens sur mon réseau. Moi, faire ça, ça ne m’intéresse pas. Ma stratégie n’est pas d’occuper le terrain, c’est de parler quand j’ai quelque chose à dire et le partager. Évidemment, ça me prend plus de temps que de “republier”.

Mais savoir écrire, c’est une vraie force sur les réseaux sociaux. Et la vidéo. Les “vlogs” fonctionnent très bien. Des métiers et des publics se prêtent mieux à la vidéo, d’autres mieux à l’écrit. Je pense qu’au niveau des commerciaux, on peut très bien communiquer en vidéo. Cela touche un public plus large. Pour certains, c’est plus facile de cliquer et attendre que ça déroule, que de lire.

 

Il paraît que Beaumarchais, en plus d’être l’écrivain que l’on connaît, était aussi un aventurier, un peu espion, et fin négociateur. Eh bien, ce grand nom des Belles Lettres prétendait qu’on ne conclut aucune vente par l’écriture, que tout passe par l’échange physique. Alors vraiment, Internet va-t-il bouleverser cela ?

Je ne sais pas si je suis de poids à me lancer dans un débat avec Beaumarchais… Mais je ne suis pas totalement de son avis.

Avec les réseaux sociaux, je pense qu’émergent de plus en plus l’apport et le partage de contenus pertinents. Et c’est en partageant ces contenus pertinents que l’on attire des gens vers soi.

C’est une règle anthropologique d’un réseau : vous montrez votre expertise, vous donnez aux autres, pour peut-être, à un moment, éventuellement, recevoir. Mais d’abord, vous donnez.

En revanche, ce qui ne change pas par rapport à l’époque de Beaumarchais, c’est au niveau de la négociation. C’est sûr, elle ne se fait pas par écrit. La négociation se fait en face à face, dans l’action.

 

(Propos recueillis le 21/07/17)

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Privilégier la synthèse pour parler d'un film
juillet 11th, 2017 par Jérôme Duez

Quand vous racontez un film pour donner aux autres envie de le voir, plutôt que résumer l’œuvre, il vaut mieux pratiquer la synthèse.

Différence entre le résumé et la synthèse

La synthèse et le résumé sont deux techniques qui permettent de raccourcir un texte.

La différence entre les deux réside dans l’ordre du discours :

– le résumé respecte l’ordre du discours d’origine ;

– la synthèse bouscule l’ordre initial pour « cadrer les informations », en partant de l’information la plus générale pour progresser vers la plus spécifique.

Donc, présenter un film par son résumé équivaut à le raconter. Or, comme le montre l’exemple suivant, un résumé est rarement bienvenu.

Résumé du film Titanic 

Un groupe de chercheurs de trésors fouille l’épave du Titanic dans l’espoir de mettre la main sur un gros diamant. Mais à la place, ils trouvent le dessin d’une jeune femme portant le diamant.

À présent, la femme est nonagénaire. Elle rencontre les chercheurs pour leur raconter comment elle a vécu la catastrophe du Titanic et, incidemment, comment elle en est venue à porter le diamant.

Elle voyageait en première classe, en compagnie de son riche fiancé, quand elle est tombée amoureuse d’un jeune artiste qui voyageait en troisième classe… Etc.

Le résumé crée une tension : vous savez quand je commence à raconter l’histoire, mais vous ignorez jusqu’où j’ai l’intention d’aller. Cela risque de provoquer votre impatience.

Un autre problème se pose : que vous vouliez voir le film ou non, et que vous connaissiez l’histoire ou non, vous ne souhaitez pas que je la raconte.

Synthèse du film Titanic 

Titanic est un film romantique et un film-catastrophe. En reconstituant l’épisode du naufrage du Titanic, le film aborde le thème des inégalités sociales, en montrant ses conséquences tragiques, aux niveaux individuel et collectif. 

À l’échelle collective, le film montre que seuls les passagers les plus fortunés ont eu une chance de survivre à la catastrophe. Et à l’échelle individuelle, nous suivons la romance d’une jeune femme riche avec un jeune homme pauvre, un récit dramatique qui renforce la cruauté des inégalités.

Ici, je ne fais qu’aborder le genre, le thème et les grandes lignes du film.

Si je m’y suis bien pris, vous voudrez des détails. Dans ce cas, je raconterai des éléments du film, à votre demande, alors que ça vous aurait ennuyé si je l’avais fait d’emblée.

La clé des bons conteurs

On dit d’une personne qui pratique seulement le résumé, qu’elle ne sait pas raconter.

Un « bon conteur » tarde au maximum à raconter l’histoire, pour donner envie au public de la connaître. Il annonce les éléments forts, il fait miroiter l’émotion à venir, sans rien dévoiler du récit.

Suivez son exemple : entraînez-vous à faire la synthèse d’un film que vous venez de voir (ou d’un livre que vous venez de lire).

Commencez par identifier le genre et le thème du film. Puis développez l’idée phare liée au thème, en vous efforçant de garder l’histoire pour plus tard.

 

Cet autre article vous propose une technique d’entraînement à la synthèse.

Pour aller plus loin, lisez « Organiser ses idées, structurer ses propos », un ouvrage qui vous fera progresser autant à l’écrit qu’à l’oral.

Pour développer plus vite votre esprit de synthèse, pensez à la formation !

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Résoudre les problème d'écriture pro
avril 11th, 2017 par Jérôme Duez

J’entends souvent des gens dire « pas de souci » ou « pas de problème ». C’est la mode. Ils le disent à la place de « ça marche ! », « c’est ok », « ça sera fait » ou simplement « oui ». S’ils le disent une fois exceptionnellement, ce n’est pas grave. Mais si cela devient un tic de langage, je m’inquiète : ils sont en train de s’auto-hypnotiser dans l’échec. Vous en doutez ? Lisez donc la suite…

Mécanisme de l’échec

Notre subconscient est incapable de comprendre les expressions négatives.

Si je vous demande de ne pas penser à un éléphant – à tout ce que vous voulez mais surtout pas à un éléphant ! –, aussitôt le pachyderme envahit votre esprit.

Et si vous vous donnez l’ordre d’arrêter de fumer (« arrêter » étant un verbe d’action négative), seul le mot « fumer » vous hante et il devient quasiment impossible d’arrêter dans ces conditions. Pour arrêter de fumer, il est préférable de visualiser le résultat séduisant et se dire : « je vais raffermir mon cœur, améliorer mon souffle, etc. ».

Quand « pas de problème » est répété à longueur de temps, seul le mot « problème problème problème » s’inscrit dans le cerveau, façon méthode Coué.

Quand je passe une commande au café et que le serveur me répond « pas de problème », je prévois un contretemps, un café froid ou une bière éventée… ce qui ne manque pas d’arriver. Je renvoie alors ma commande – à condition de ne pas être pressé…

Pas plus tard que la semaine dernière, au téléphone, je demande à une standardiste de me passer Untel. « Pas de problème ! », dit-elle ; et je tombe sur la tonalité occupée, comme si elle venait de raccrocher.

C’est quasiment systématique, cet affreux tic de langage produit le contraire de ce qu’il annonce !

Prévenir ou guérir ?

Un ami provocateur prend plaisir à violenter la personne qui laisse échapper un « pas de problème ». Il réplique avec un soupçon d’agressivité : « Pourquoi parlez-vous d’un problème ? Vous voyez un problème ? Oubliez ce que je vous ai demandé, je ne veux pas de problèmes ! »

Il est persuadé de vacciner l’autre de cette façon. Il a peut-être raison… Moi, je ne dis rien… jusqu’à ce que le problème survienne. Car c’est un fait : il survient très souvent.

Vérifiez par vous-même et dites-m’en des nouvelles. Que vous est-il arrivé la dernière fois que quelqu’un vous a annoncé une absence de problème ? Et avez-vous un truc pour remédier à la situation ?

***

Ces deux articles soulignent le lien entre d’autres expressions toxiques et leurs conséquences sur notre attitude :

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Aime Globe cordialement
mars 21st, 2017 par Jérôme Duez

La nouvelle écriture, c’est la fin des phrases longues et du style ampoulé. À la place, ce sont des mises en page plus aérées pour faciliter le survol et un style plus simple. De quand date la nouvelle écriture ? Elle a émergé avec le numérique et j’ai l’impression qu’elle s’est affirmée avec l’emploi généralisé du mot « Cordialement ».

Évolution de la pratique du survol

Le survol d’un texte permet d’en repérer les points principaux. C’est aujourd’hui une pratique naturelle, alors qu’elle n’était pas courante il y a quelques années. La gymnastique oculaire a commencé dans les années 80, à l’apparition de la télécommande.

On peut dire que le zapping est à l’audiovisuel ce que le survol est au texte. En zappant, l’homme s’est habitué à décrypter rapidement l’information et à choisir aussi vite son programme.

Par ailleurs, le montage des films est devenu plus rapide, avec l’arrivée de la vidéo puis du numérique. Le montage façon clip est devenu un jeu d’enfant.

Ainsi, à partir des années 90, l’enchaînement rapide des plans est devenu la nouvelle écriture audiovisuelle et nos yeux se sont habitués à distinguer les plans brefs.

Les conséquences de cette évolution sur les pratiques de la lecture et de la rédaction ont été immédiates.

La nouvelle écriture, de son apparition à son affirmation

Les premiers ordinateurs à l’attention du grand public sont apparus au milieu des années 80. Une petite dizaine d’années plus tard, tout le monde a eu un PC à la maison. Le traitement de texte, avec sa mise en page rapide et son précieux correcteur d’orthographe, a facilité l’écriture. Mais il faudra attendre la fin des années 90 pour être témoin d’une simplification du style, avec l’Internet et l’e-mailing.

Les premiers e-mails se terminaient comme des courriers : « je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression na-na-na ».

Puis un jour, ce mot qui me fit sursauter : « Cordialement », émanant d’une personne que je ne connaissais qu’à peine ! Cela semblait déplacé. Dans le doute, j’allai chercher la définition dans le dico, qui me confirma l’aberration : « Cordial : qui vient du cœur. V. Affectueux, amical, bienveillant, chaleureux, (…) ». Logiquement, nous dirions « cordialement » à une personne que nous aurions envie de serrer contre nous.

Mais ce n’est pas nouveau. Quand nous disons je t’embrasse avec l’intention d’échanger de chastes bises, alors que le sens premier de l’expression est je te serre dans mes bras, quelle différence ? Dans les deux cas, les expressions Je t’embrasse et Cordialement dépassent souvent notre pensée… Qu’importe, elles font plaisir !

Ces dix dernières années, la société a été divisée en deux camps : les pro et les anti-cordialement. Le débat dure mais il devrait bientôt cesser. Car dans les grandes entreprises, des mauvais échanges d’e-mails génèrent des conflits (ce sujet est développé ici). Entre autres sales pratiques menant au clash, l’absence de formule de politesse. Ne serait-ce que le mot « cordialement » et la discorde serait évitée ! 

Ainsi, ce mot devient indispensable. C’est comme un bouton sur lequel il convient d’appuyer pour conditionner la bonne entente.

À partir de ce moment, nous pouvons considérer que la nouvelle écriture – fonctionnelle avant tout – a atteint l’âge de la maturité.

Après la nouvelle écriture, quel nouveau monde ?

Ce que privilégie la nouvelle écriture, ce n’est pas la belle tournure de phrase mais la justesse des informations. C’est livrer le contenu attendu à l’endroit attendu. Il n’est plus besoin d’y mettre les formes (sauf situations et destinataires spéciaux). Pour le rédacteur, l’effort est concentré sur la pertinence et l’ordre des informations.

Nous serons toujours libres de nous ressourcer dans la littérature pour savourer le beau style enchanteur et enrichissant. Mais en ce qui concerne les écrits professionnels, que la qualité du contenu l’emporte sur la qualité du style, cela me réjouit. C’est une victoire de la démocratie, car le beau style est élitiste.

Et je me prends à espérer de tout cœur (cordialement) l’apparition d’une société nouvelle, où le travailleur le plus compétent ne sera plus reconnu pour avoir reçu la meilleure éducation, avoir suivi les meilleures études ou appartenir au meilleur milieu, mais pour son esprit de jugeote, sa créativité et son efficacité…

A quand cette nouvelle ère ? La nouvelle écriture en est peut-être le signe précurseur…

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Questionnement
mars 7th, 2017 par Jérôme Duez

La question a tout gâché.

Décrocher le rendez-vous, c’est déjà une petite victoire. Il est arrivé à l’heure. Son look était impeccable. Une charmante hôtesse lui a demandé de patienter, ce n’est plus qu’une question de minutes.

Le recruteur a pris la peine de venir le chercher. La poignée de main était sympathique. Autant de signes encourageants.

Et en effet, tout s’est bien passé, jusqu’au moment fatal où le recruteur a posé la question qui a déstabilisé le candidat : « Qui êtes-vous ? »

Quelle est la nature de cette question ?

Il aurait dit « Parlez-moi de vous », cela aurait produit le même effet. Le candidat est bousculé par la question.

Il se demande s’il n’a pas affaire à un pervers, il a envie de dire « pouvez-vous préciser la question ? » mais il n’ose pas, il bafouille un début de réponse stupide. Il en veut à l’autre de lui avoir posé cette question, et sa grimace n’est pas belle à voir.

Pourquoi vivre aussi mal un simple « Qui êtes-vous ? » ? Il s’agit d’une question ouverte, à laquelle chacun est libre de répondre comme il l’entend.

Il est vrai que dans le cadre d’un recrutement, le candidat doit se vendre. Et tous les vendeurs vous le diront, soi-même est l’article le plus difficile à vendre. « Qui êtes-vous ? » donne l’impression de mettre soi-même en avant, sans garde-fou, cela peut faire peur… Mais ce n’est pas une raison pour perdre ses moyens.

D’une certaine façon, la réponse à « Qui êtes-vous ? » n’est pas l’élément le plus intéressant. Ce qui prime, c’est la façon dont le candidat interprète la question.

Si la question le met mal à l’aise, cela signifie qu’il soupçonne l’autre d’avoir l’esprit mal tourné. Et dans ce cas, alors que la question est neutre, ne serait-ce pas le candidat lui-même qui fait du mauvais esprit ?

Mais s’il ne perd pas de vue le contexte et l’objectif de l’entretien, il a tous les atouts pour s’en sortir.

Attachons-nous aux faits : un recruteur veut en connaître plus sur lui parce qu’il semble intéressé. Vue ainsi, la question part d’une saine curiosité. Elle peut signifier simplement : « Qui êtes-vous, sur le plan professionnel ? »  Répondre à cette question ne pose pas de problème.

Moralité : à partir de cette simple question, le candidat ignore si le recruteur est bien ou mal intentionné à son égard. Donc, dans le doute, autant prendre les choses positivement ou mieux, objectivement.

À question simple, réponse simple

Posez-vous la question : « Qui suis-je, en tant que professionnel ? ». Avez-vous trouvé une réponse ? Si ce n’est pas le cas, je vous souffle la trame, mais c’est à vous d’y mettre les termes.

Voici : en milieu professionnel, je me présente comme une vitrine d’expériences et de connaissances, d’aptitudes et de compétences, de savoir-être et de savoir-faire, le tout acquis et développé dans les cadres professionnel et extra-professionnel (bénévolat, loisirs, famille : tout épisode contribuant à révéler une qualité est bon à prendre).

Vous pouvez rétorquer que ces mots-clés apparaissent dans votre CV, et que vous avez l’impression de vous répéter en racontant cela. Sauf qu’il manque un élément essentiel dans le CV : c’est la ligne du récit. En lisant le CV, j’ignore si les faits rapportés sont le fruit du hasard, d’une volonté extérieure ou de la vôtre. Cela n’indique pas d’où vous venez et ce qui vous a conduit à devenir la personne que vous êtes aujourd’hui.

En somme, répondre à la question « Qui êtes-vous, sur le plan professionnel ?”, cela revient à raconter le récit suivant : « Je me suis dirigé vers tel secteur, en raison de telles aptitudes et compétences de départ, ainsi qu’un goût prononcé pour telle matière. Dans le cadre de cette expérience, j’ai enrichi mes connaissances en ceci et cela, et j’ai développé telle et telle nouvelles compétences. Cela m’a incité à acquérir cette nouvelle expérience pour enrichir tel volet. (…) Tout cela a fait de moi la personne que je suis aujourd’hui. »

En traçant cette ligne de récit, vous n’avez pas besoin de répéter les détails de l’expérience, visibles dans le CV, ou d’aborder vos objectifs, visibles dans la lettre de motivation.

Ce qui importe est de faire ressortir une cohérence entre vos aptitudes, vos connaissances, vos compétences et les choix professionnels, en rapport avec le poste que vous visez.

Le point de départ d’un dialogue

Ainsi, quand vous vous limitez au niveau professionnel, le « Qui êtes-vous ? » du recruteur devient une invitation à raconter votre aventure. Vous pourrez lui être reconnaissant de vous avoir posé cette question, preuve de son intérêt pour vous.

Évitez le monologue. N’oubliez pas que votre récit est un bon point de départ pour, à votre tour, vous montrer curieux de l’autre. Initiez le dialogue au plus tôt.

Si vous le sentez, vous pouvez oser un “Et vous, qui êtes-vous ?” sur un ton cordial. Vous pouvez poser des questions à tout moment, portant à la fois sur le recruteur et sur l’entreprise au sein de laquelle, je vous le souhaite, lui et vous serez bientôt collègues.

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