1 unique message pour 1 souvenir unique

Limitez-vous à un unique message pour laisser un souvenir unique

Parfois, on veut tout dire d’un coup. Déverser tout ce qu’on a sur le cœur. Mais c’est une mauvaise idée, presque toujours.

Pour avancer, on y va pas à pas. Pour bâtir une maison, on s’y prend pierre par pierre. Je ne vous apprends rien. Eh bien, ce principe d’unité vaut aussi en communication : pour être compris, on ne délivre qu’un message à la fois.

Voici 7 cas où cette règle d’or s’avère indispensable.

Un unique message pour laisser une image claire de soi

Dans des réunions où les gens ne se connaissent pas, chacun se présente aux autres le plus brièvement possible. Et certains coupent l’envie de les écouter. Car, en moins de deux minutes, ils trouvent le moyen de saturer d’informations leurs auditeurs.

Au lieu de se limiter à dire ce qu’ils font, les voilà qui racontent leur précédent métier, parfois sans rapport avec leur métier actuel (premier message) ; puis ils présentent leur métier actuel (deuxième message) ; et enfin, ils évoquent leurs axes de développement, soit une redéfinition de leur métier à l’avenir (troisième message). Cela fait deux messages de trop, et cela brouille leur image.

D’autres ont plusieurs activités. Par exemple, formateur, conférencier, coach et auteur. Et ils tiennent à nous présenter les quatre. Mais les auditeurs ne peuvent pas retenir l’ensemble. Donc, ils reçoivent un message confus, qu’ils finissent par oublier.

Donc, pour vous présenter à une assemblée, peu importe le temps octroyé, peu importe votre style de pitch (vous trouverez des exemples ici), ne délivrez qu’un seul message.

Un unique message par e-mail

Étant donné que chaque e-mail possède un seul objet, son contenu doit être en rapport avec cet objet.

Il arrive que je reçoive un e-mail où la personne parle de plusieurs sujets, dont certains ne sont pas en rapport avec l’objet. Et cela pose problème.

Car souvent, un sujet justifie plusieurs échanges de mails. Alors, comment retrouver l’historique de ces échanges, si le contenu de chaque e-mail n’est pas explicitement mentionné dans l’objet ?

Donc, si vous avez plusieurs sujets à aborder le même jour à l’attention d’un même destinataire, envoyez-lui plusieurs mails courts, à raison d’un mail par sujet.

Un unique sujet par slide

La logique est la même pour les slides d’un PowerPoint.

Chaque slide à un titre. Il convient donc que le contenu du slide soit en rapport avec ce titre.

Les bons slides doivent stimuler la mémoire photographique. Et c’est leur simplicité qui fait leur force.

« Une idée par paragraphe, un paragraphe par idée »

Ce slogan est une règle chère aux journalistes. Elle est valable pour les écrits professionnels (présentations commerciales, comptes rendus, rapports, etc.).

Car ces documents ne sont pas des parties de plaisir à lire. C’est pourquoi les lecteurs commencent par les survoler, et ne s’attardent que sur les passages qui les intéressent.

Cela explique l’importance de limiter chaque paragraphe à une seule idée. Car s’il y en a deux, au survol, on passe forcément à côté d’un point important.

Dans ce cas, la personne fautive n’est pas le lecteur qui n’a pas été suffisamment attentif au texte, mais le rédacteur qui n’a pas offert un confort de survol suffisant.

Pour émouvoir, un individu plutôt qu’une foule

Le récit d’un enfant qui vient de se noyer en mer est toujours plus émouvant que le constat de milliers de migrants qui se noient chaque année. C’est cruel mais c’est ainsi : le nombre n’émeut pas.

Chacun de nous est unique. Il est donc logique que l’on s’identifie mieux à l’histoire d’un être unique.

C’est pourquoi les campagnes caritatives conçoivent des affiches qui ne montrent qu’un seul visage, même quand il s’agit de financer la recherche pour éradiquer une maladie qui atteint des millions de gens.

Pour revendiquer, une réclamation à la fois

J’ai eu l’idée de cet article, en entendant s’exprimer les Gilets jaunes. Si je m’en souviens bien, l’augmentation de l’essence fut à l’origine de la crise ; et les premières revendications des Gilets jaunes étaient clairement orientées sur la hausse du pouvoir d’achat. Mais, au fur et à mesure de la crise, les revendications se sont multipliées, au point de former un magma incompréhensible.

Dès qu’un Gilet jaune intervenait dans les médias, il refaisait le monde en déroulant un inventaire de mesures sans rapport les unes avec les autres. Et l’on pensait en l’écoutant : « ils ne savent pas ce qu’ils veulent et demandent l’impossible ». En vérité, les revendications étaient trop nombreuses et disparates pour marquer les esprits.

Moralité : quand vous avez quelque chose à réclamer, ne passez qu’un message par réclamation. Tant pis si vous ne passez à la télé qu’une fois dans votre vie. La trace d’un message clair sera toujours mieux qu’un souvenir nébuleux.

En pédagogie, une leçon à la fois

Pour finir, voici un épisode du quotidien, traumatisant pour les enfants :

Toto, 5 ans, court dans la cuisine, visiblement très excité. Dans son élan, il renverse un verre posé sur le bord de la table. Son père est témoin de la maladresse et lui fait la leçon. Toto la reçoit et promet de ne plus courir dans la cuisine.

Jusque là, tout va bien.

Mais voilà que le père a la mauvaise idée de rajouter « Tiens, et tant que j’y suis… », et d’installer un climat de terreur.

Car « tant que j’y suis » introduit une prochaine leçon. Le message n’est plus « tu viens de commettre une faute », mais « tu n’arrêtes pas d’en commettre ». Et Toto ne reçoit plus une leçon, mais un jugement : il se sent nul, et c’est le message principal qu’il retient.

Donc, pour faire œuvre de pédagogie et profiter d’une maladresse de l’enfant pour lui enseigner une leçon constructive, les parents doivent se limiter à une leçon à la fois.

Est-ce si difficile ?

Nous limiter à un seul message n’est pas facile, quand on voit dans quel contexte nous évoluons.

Des messages, nous en recevons des tonnes, quotidiennement. Mails, informations, publicités (il paraît que nos yeux reçoivent en moyenne 1.200 publicités par jour !), nous sommes matraqués !

Rien qu’un journal d’info, cela ressemble à un inventaire infernal, où les drames s’enchaînent sans transition. Au mieux, nous retenons une info ou deux, parfois aucune, nous sommes saturés.

Alors forcément, quand vient notre tour de nous exprimer, nous voulons rendre la pareille. Mais c’est la dernière chose à faire, si nous voulons « faire passer notre message ».

Je viens de décrire sept cas à titre d’exemples, vous n’avez pas besoin de les retenir tous les sept. J’espère seulement que vous retiendrez l’unique leçon à en tirer.

juin 25th, 2019 by